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Théâtre. Trois hommes dans un salon : c'est extra !

23 mai 2008

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En 1969, un jeune journaliste, François-René Cristiani, décide de réunir Brel, Ferré et Brassens pour un moment unique. Anne Kessler a décidé d'en tirer une pièce de théâtre. Quand le rideau s'ouvre, un nuage de fumée de cigarettes envahit la scène. Quatre hommes sont assis autour d'une table, tabac et bières à portée de mains : Jacques Brel (1929-1978), Léo Ferré (1916-1993), Georges Brassens (1921-1981) et le journaliste. Anne Kessler a choisi de mettre en scène, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, la rencontre mythique entre les trois chanteurs, en 1969.

Aucune rivalité

L'entretien commence : « Vous êtes les plus grands poètes de la chanson... ». « J'ai surtout l'impression d'être avec deux copains », répond Léo Ferré qui, pourtant, rencontre Jacques Brel pour la première fois. « Je suis un artisan de la chanson », dit ce dernier, le plus rugueux des trois, celui qui parlera le moins, un peu en retrait. Brassens tapote sa pipe dans le cendrier en verre. Il dégage une bonhomie et un bon sens naturel. Léo Ferré plus littéraire, s'investit dans la conversation et intellectualise le débat. Pas un ne se prend au sérieux. Aucune rivalité, mais un grand respect et une évidente connivence les lient. Tous les sujets sont abordés. L'artiste ? C'est un homme inadapté, un timide qui n'arrive pas à dire les choses en face. Ils ne sont pas des adultes, mais « des gosses » qui refusent l'autorité. Les femmes ? Brel pouffe de rire. « On est tous les trois trop féminins pour apprécier follement les femmes », dit-il. Léo Ferré se compare à une putain qui vend son corps et son âme au public.

De l'anarchie à la vieillesse

L'argent ? Il permet l'indépendance et la liberté. L'anarchie ? Difficile à expliquer. Brassens a été un anarchiste militant pendant quelques années, mais n'a aucune « ambition collective ». Gainsbourg ? Un érotomane doué. Les Beatles ? Brassens aime beaucoup, mais il ne comprend pas l'anglais. Pour Brel, c'est du Fauré popularisé. L'amour ? « Ça ne réussit pas à la plupart des gens ». Et Dieu ? Ferré a été enfant de choeur, Brel et Brassens ont été scouts. La vieillesse ? Brel n'a pas peur de vieillir, alors que Ferré est obsédé par la mort. Les acteurs - Eric Ruf, Laurent Stocker, Grégory Gadebois, Stéphane Varupenne - réussissent à être très justes, alors même que le physique n'est pas ressemblant. La chanson de Charles Trenet : « Longtemps, longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues... » clôt le spectacle. C'est extra.

Studio-Théâtre de la Comédie-Française. Tél. 01. 44.58.98.58. Jusqu'au 30 juin.

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