18 juin 2008
Devant 3.000 militaires réunis hier à Paris, Nicolas Sarkozy a fixé le cap. Il « assume » dit-il la réforme qui ne se fera pas sans douleurs.
Dans les rangs, certains ne cachent pas leurs états d'âme.
Ils étaient plus de 3.000 militaires à avoir mis hier le cap sur la porte de Versailles. Une marée d'uniformes qui a, dans le silence, écouté pendant trois quarts d'heure un président de la République qui avait enfilé son costume de chef des armées et fixé le cap.
« Dire la vérité »
Il se voulait hier l'homme qui ne mentirait pas à la communauté militaire, celui qui tranche et fait des choix, puisque selon lui, il n'y a plus le choix. Il a fait sien le Livre blanc. Normal diront des persifleurs puisqu'il s'est quasiment fait sous la dictée de l'Elysée...
Son devoir de chef des armées ? « Dire la vérité » martèle le président. La vérité passe par une baisse des effectifs qu'il qualifie de « substantielle ». Il est vrai que 54.000 postes civils et militaires de moins, ce n'est pas rien !
« J'assume »
« Je sais parfaitement qu'avec le Premier ministre, nous serons confrontés à des manifestations, des protestations », a-t-il indiqué. Mais il s'en est dit persuadé : « Il faut choisir entre une armée qui fait de l'aménagement du territoire et qui n'est pas opérationnelle et une armée qui assure la sécurité des Français ». Il a cité plusieurs fois hier François Fillon car il aura besoin de lui pour aller au charbon...
« Beaucoup de déception dans les équipages »
Il a voulu rassurer, hier, les militaires : certes, il y aura moins d'hommes, mais ils pourront faire plus avec leurs matériels. Applaudissements plutôt brefs, avant que le président n'entonne la Marseillaise. « Allons enfants » : on a vu des choeurs plus ardents... Le coeur n'y était pas ?
La grande muette sait aussi parler. Impressions dans les rangs. « Les équipements, il faut les changer ; certains bateaux ont plus de 30 ans ! » estime un jeune engagé toulonnais. L'avenir ? Il ne lui fait pas peur. La réforme, il est « pour » mais illico, il avoue : « Dans mon entourage, ce n'est pas le cas ». Appelons le Benoît. Il vient de la base de Landivisiau. Le quartier-maître estime aussi que cette réforme, il la fallait mais, « je ne m'attendais pas, dit-il, à des coupes aussi fortes dans les effectifs ! Selon lui, « il y a beaucoup de déception dans les équipages... »
« Tout le monde
doit se sentir concerné »
« Chez nous, personne ne chôme », estimait pour sa part le Chef d'Etat-major, l'amiral Forrissier. « Mais depuis Colbert, nous avons accumulé des strates administratives, et nous, bons élèves, on applique lois et règlements. Il faut quinze autorisations pour la moindre opération » déplore l'amiral qui prône la modernisation. « Cette réforme sera ce qu'on en fera. ! Il faut que tout le monde se sente concerné. Si les marins se disent : on attend de voir ce que font les chefs à Paris, ça ne marchera pas ! » C'est clair : il souhaite que la réforme vienne de la base. L'amiral met cartes sur table : « C'est notre réforme et moi, mon boulot, c'est de fédérer ! »
Morlaix ville. Sous-officiers en retraite. Baisse alarmantedes effectifs
Crozon. Nécrologie. Joseph Birien