19 avril 2008
Livre blanc, loi de programmation militaire, réduction des effectifs : l'inquiétude monte chez les militaires, les civils et les industriels. Le second porte-avions et les frégates multimissions Fremm tanguent... Illustration de cette crainte au
CELM de Gâvres.« Nous ne pouvons accepter le scénario-catastrophe dont la chronique est annoncée » : les six fédérations du ministère de la Défense (FO, CFDT, CGT, Unsa, CFTC, CGC) viennent d'adresser une lettre ouverte au président de la République, « Chef des Armées ». Un SOS pour l'alerter sur les conséquences très lourdes que va avoir la réforme de la Défense sur l'emploi et l'économie des collectivités territoriales. Elles appellent « solennellement » le Président à changer son fusil d'épaule. Elles ne veulent pas payer le prix fort : la suppression d'un tiers des effectifs de personnels civils...
Un moral au plus bas
Les civils peuvent donner de la voix. Pas les militaires ! Le moral des troupes est pourtant au plus bas. Le 19 juin prochain, les choix seront rendus publics. Une certitude : tout le monde va payer.
Il y a le concret. Sur les effectifs, la RGPP (révision générale des politiques publiques) se traduira par 42.000 suppressions de postes sur sept ans. Le chiffre dépassera les 50.000.
L'armée de Terre va souffrir le plus avec des dizaines de fermetures de régiments et de garnisons.
L'armée de l'Air devra fermer neuf bases.
La Marine, qui a déjà recentré ses activités sur deux pôles, Brest et Toulon, verra - ce qui n'est pas encore dit - ses effectifs réduits aussi de 3.000 postes.
Des grands coups
de sécateur
La commission du Livre blanc a du mal à rédiger sa copie... Elle risque d'ailleurs de décevoir : on n'y trouvera que des grandes orientations stratégiques et en fonction de ces options, il faudra aligner les équipements. C'est tout le travail des États-majors qui planchent sur les scénarios possibles de la loi de programmation militaire 2009-2014. Une chose est sûre : il y aura de grands coups de sécateur dans les programmes ou des étalements dans le temps.
Terre, Air, Mer : les trois armées se battent dans l'ombre pour défendre leur boutique. C'est de bonne guerre !
Les industriels inquiets se battent aussi pour défendre leurs matériels. Pour financer les programmes déjà en cours, le ministère de la Défense devrait consacrer cinq à six milliards d'euros supplémentaires par an. Impensable, impossible.
La Marine risque de trinquer le plus sur les équipements. Dans les coursives, les infos - ou intox - circulent. Puisqu'il n'y a pas d'argent, c'est simple : il n'y aura pas de deuxième porte-avions, un abandon qui signifie une économie de plus de trois milliards d'euros. De quoi faire sourire l'armée de l'Air. Ou la maison Dassault, qui rit moins quand on rappelle que trois ans du programme Rafale, c'est le prix du porte-avions !
« Le porte-avions n'est pas mort », assurent encore certains militaires. On pourrait annoncer que le porte-avions ne serait pas lancé tout de suite... Une façon comme une autre d'enterrer un programme.
Un « effet Ponant » ?
L'inquiétude est très forte sur les Fremm, les frégates multimissions commandées à huit exemplaires sur un programme qui devait en compter 17. Il risque d'y avoir là aussi des coupes, ou un programme décalé dans le temps. Ce qui ne sera pas sans conséquences pour les sites de DCNS comme Lorient ou Brest.
A moins qu'il n'y ait un « effet Ponant » qui change la donne... La Marine a montré qu'il n'était pas inutile d'être présente sur les mers du monde. En attendant, l'inquiétude monte chez les industriels et tous les personnels. La Défense entre dans une phase de turbulences.
