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Syrie. Une journée décisive

1 juin 2012

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Malgré l'escalade des violences en Syrie, la Russie continue à s'opposer à toute résolution au Conseil de sécurité des Nations Unies. Les États-Unis tentent de faire pression sur Vladimir Poutine, qui sera, ce soir, en visite à Paris.

Point de vue : Hollande, de la Corrèze à la Syrie

À 12h, fin de l'ultimatum «plan Annan».

La journée s'annonce décisive, aujourd'hui, en Syrie. Les rebelles ont, en effet, donné, jusqu'à midi, au régime de Bachar al-Assad pour appliquer le plan Annan, à défaut de quoi ils n'y seront plus tenus. «Si le régime syrien ne respecte pas ce délai, (...) notre devoir sera de défendre les civils», a indiqué l'Armée syrienne libre. Le plan Annan prévoit, notamment «un cessez-le-feu immédiat, l'arrêt de toutes les formes de violences, le retrait de toutes les troupes, les chars et les véhicules du régime des zones résidentielles, l'entrée de l'aide humanitaire dans toutes les régions sinistrées, la libération des prisonniers, l'accès des médias au pays, la liberté de manifestations pacifiques». Cet ultimatum avait été lancé «après le massacre barbare de femmes et d'enfants à Houla», dans le centre du pays, samedi, faisant au moins 108morts, dont 49 enfants.


Spectre d'une guerre civile, voire plus.

Face à cette escalade de violences,
le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-Moon, a mis en garde, hier, contre le risque d'une «guerre civile catastrophique». Un conflit civil, qui, pour Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, pourrait «même se transformer en une guerre avec une intervention extérieure en raison du soutien de l'Iran au régime syrien de Bachar al-Assad».

L'Onu paralysée sur le terrain.

Les quelque 300 observateurs de l'Onu déployés
dans le pays, dans le cadre du planAnnan, n'arrivent, en effet, pas à faire respecter le cessez-le-feu. La répression menée par le régime continue, de même que les combats entre soldats et rebelles, faisant des dizaines de morts tous les jours. Face à cette «paralysie», l'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie, Kofi Annan, cherche à étendre son mandat afin de pouvoir traiter plus efficacement avec Damas. Mais quelle est sa marge de manoeuvre? Difficile, sans grande décision du Conseil de sécurité des Nations Unies. Or, sur ce sujet, la Chine et la Russie s'opposent, depuis plus d'un an, à toute mesure coercitive contre le régime d'Assad. Une attitude qui pourrait changer...

Washington pointe la position de Moscou.

La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a critiqué, hier, l'attitude de la Russie: «Les Russes me disent qu'ils ne veulent pas voir une guerre civile en Syrie. Mais je leur ai dit que leur politique allait (y) contribuer». De leurs côtés, l'Allemagne et la France, qui reçoivent, aujourd'hui, Vladimir Poutine, ont, chacun à leur manière, mis hier, une «certaine» pression sur le chef d'État russe. Si Angela Merkel a déclaré qu'elle allait «naturellement parler de la Syrie» avec le chef du Kremlin, François Hollande a, lui, expliqué que «nous devons le convaincre que ce n'est pas possible de laisser le régime de Bachar al-Assad massacrer son propre peuple». L'autre pays qui s'oppose à toute mesure coercitive en Syrie, la Chine, pourrait faire évoluer sa position au sein du Conseil de sécurité. Pour cause de pétrole, d'après les experts. Selon François Heisbourg, de la Fondation pour la recherche stratégique, «Pékin souhaite (en effet) réorienter ses achats de pétrole de l'Iran vers le Golfe». En échange, Pékin «se doit d'assouplir sa position à l'égard de la Syrie».

Une action internationale hors Onu.
L'option n'avait pas encore été évoquée ouvertement. Mais, hier, l'ambassadrice américaine aux Nations Unies, Susan Rice, a franchi le pas en parlant de la possibilité de mettre en place «des actions hors du cadre du plan Annan et de l'autorité de l'Onu» si les divisions venaient à persister au Conseil de sécurité.

Moscou campe sur ses positions

De notre correspondante à Moscou. La déclaration de François Hollande, mardi, évoquant l'éventualité d'une « intervention militaire en Syrie avec l'aval du conseil de sécurité » n'a guère été appréciée par les Russes.

«Opposés à toute action militaire»

La réponse ne s'est pas faite attendre. « Nous sommes catégoriquement opposés à toute action militaire en Syrie », a ainsi déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov. Ces propos ont été repris et étayés par Dimitri Peskov, porte-parole du président Poutine. «La position de la Russie est bien connue. Elle est équilibrée, constante et absolument logique», a-t-il déclaré avant d'ajouter que « dire que cette position changera sous la pression de qui que ce soit n'est guère correct ». Une allusion directe aux propos du président français qui n'a pas caché son intention de convaincre Poutine de « ne pas laisser Bachar al-Assad martyriser son propre peuple ». Depuis la période soviétique, la Syrie a toujours été le partenaire privilégié de Moscou au Proche-Orient. Au cours des dix dernières années, les plus gros contrats d'armement, signés par la Russie, l'ont été avec Damas et Tripoli. La Syrie est le seul pays de la région à accueillir des navires de guerre russes, à Tartous. Cette base a été réaménagée pour servir de centre d'approvisionnement à la flotte de la mer Noire. Reste que le soutien indéfectible de la Russie à Bachar al-Assad s'explique, avant tout, par des considérations géopolitiques et géostratégiques.

La chute d'Assad un second échec russe

Pour le Kremlin, la chute d'Assad constituerait le second échec cuisant de sa politique étrangère après l'affaire libyenne. Par ailleurs, elle priverait l'Iran, allié de la Russie, de son seul appui dans la région et renforcerait les monarchies du Golfe et la Turquie, soupçonnées par Moscou d'aider les groupuscules islamistes dans le Caucase et en Asiecentrale. En fait, la Syrie, qui a l'oreille de l'Iran, du Hamas et du Hezbollah, constitue un allié de choix pour la diplomatie russe qu'elle appuie dans ses efforts pour demeurer présente sur les dossiers chauds (Israël-Palestine, nucléaire iranien, tensions religieuses au Liban). Dans ce contexte, la partition de la Syrie, selon des critères ethniques, l'installation à Damas d'un gouvernement proaméricain ou dominé par les islamistes sunnites, remettrait en cause les grands équilibres régionaux et réduirait à néant les efforts de la Russie pour jouer un rôle de premier plan dans les affaires du monde.
  • Nathalie Ouvaroff
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