Syrie. Le veto russe et chinois paralyse l'action de l'Onu
Les forces syriennes ont bombardé, hier, la ville de Homs, tuant plus de 230civils, selon l'opposition. Mais la Russie et la Chine ont opposé leur veto à un projet de résolution de l'Onu.
Plus de 230 civils, dont des dizaines de femmes et d'enfants, ont été tués, dans la nuit de vendredi à samedi, à Homs, dans un bombardement «aveugle» par les forces du régime, selon les groupes de l'opposition. Il n'était pas possible, hier soir, de confirmer l'information de source indépendante, en raison des fortes restrictions imposées à la presse étrangère dans le pays, alors que les autorités syriennes ont démenti tout bombardement sur Homs et affirmé que les violences avaient été le fait de «groupes armés», comme elles le font depuis le début, mi-mars2011, de la révolte dont elles refusent de reconnaître l'ampleur. Toujours hier, les forces du régime ont tiré sur une foule participant aux funérailles de victimes de la veille à Daraya, près de Damas, faisant 12 morts et 30 blessés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
«Un pas supplémentaire dans la sauvagerie»
Le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition d'opposants, a pour sa part exhorté la Russie à «clairement condamner le régime et à le tenir pour responsable pour les massacres». Le régime syrien a «franchi un pas supplémentaire dans la sauvagerie», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. Cela souligne «l'urgence que le Conseil de sécurité sorte de son silence», a-t-il ajouté. Mais tandis que Londres accusait Bachar al-Assad de «cynisme sans pitié», la Chine et la Russie ont opposé leur veto, hier, à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Les 13 autres pays du Conseil ont voté en faveur du texte condamnant les «violations continues» des droits de l'Homme par le régime syrien et appelant à une transition démocratique après près de 11 mois de violences qui ont fait au moins 6.000 morts. Le président Nicolas Sarkozy a, hier soir, «déploré vivement» le double veto et affirmé que «la tragédie syrienne doit cesser». Pour la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, le veto russo-chinois revient «à endosser la responsabilité des horreurs qui se produisent en Syrie (...). Sans une action commune, avec la communauté internationale, je crains que la fin de partie ne soit la guerre civile».
1 réaction
-
jeanot
la planète des hommes
Le peuple syrien est massacré par qui et dans quel but, c'est cela qu'il faudrait savoir. Les médias "mainstream" montrent certes de la fumée, parfois à la sauvette des cadavres et des cercueils, des manifestations anti-régime et se basent sur des chiffres émanant d'organisations sujettes à caution. On a trouvé une photo de nouveau tyran à petite moustache qu'on se complait à passer en boucle, forcément ça rappelle des souvenirs. Mais il y a aussi dans le pays des bandes d'opposants bien structurées, armées et conseillées par l'Occident et ses projections dans le Golfe, Arabie Saoudite et Qatar en tête, qui veulent faire plier Damas pour que la Syrie devienne en Méditerranée orientale la tête de pont de l'Occident et de ses quelques copains douteux du Golfe. Moscou et Pékin sont tombés dans le piège libyen en laissant courir les choses dans un pseudo printemps arabe mais les Russes et les Chinois sont désormais échaudés tant par la façon dont l'ONU a trituré les "feuilles de route" de l'OTAN que par l'aboutissement de l'affaire qui ne voit au final qu'une victoire des islamistes ne convenant d'ailleurs à personne. Pour la Syrie, les Occidentaux proposent donc un "CNS" à composante majoritaire d'islamistes qui n'est qu'un "copier-coller" du CNT libyen. Il y a peut-être mieux pour le bonheur des peuples.
D'autant qu'on prétend constamment qu'il faut combattre l'islamisme sans relâche, alors il faut tirer les leçons de ses erreurs surtout qu'en l'occurrence il n'est pas nécessaire d'avoir une mémoire éléphantine. L'intervention de l'Occident dans les "printemps" tunisien, égyptien, libyen a finalement amené dans ces pays un intégrisme qui n'y avait jamais été de mise. Que les journalistes occidentaux aillent faire un peu de radio-trottoir dans les pays gagnés par la révolution arabe, sur les quais du Nil ou dans les souks de Tunis et de Sidi Bou Saïd. Ce sont désormais des "no-man's lands" désertés par les touristes qui faisaient vivre ces pays du temps où on y pratiquait un islam modéré, détaché de la vie publique. Qu'ils aillent encore à Syrte, en Libye, l'une des plus belles villes d'Afrique, transformée en Oradour sur Glane sous les bombardements de l'OTAN et où l'on n'entend plus guère désormais au milieu des ruines que les appels des muezzins appelant aux cinq prières quotidiennes. On comprendra alors ce qu'ont apporté l'intervention ou les applaudissements de l'Occident dans le pseudo printemps arabe.
Objectivement donc, dans les trois pays arabes où la pseudo-révolution a soi-disant vaincu, on a en fait abouti à un islamisme rétrograde, à l'obscurantisme d'une politique dédiée à l'application de la charia islamique, c'est écrit en toutes lettres dans les constitutions qui s'élaborent et qui déboucheront sur l'anéantissement de toute forme de tolérance, au rejet des impies que sont tous les autres croyants et a fortiori les incroyants, à l'humiliation de la femme, à la négation de tout cheminement temporel ou spirituel autre que celui exprimé dans le Coran ou pire dans ses commentaires. Des textes souvent fumeux dits "Hadiths", où l'on trouve tout et son contraire, et qui véhiculent fréquemment un message crapuleux ou criminel, mais que des prêcheurs habiles sauront faire entendre à des naïfs.
Et c'est pourquoi de plus en plus nombreux sont ceux qui, de la place Tahrir aux rues de Tripoli et de Tunis, s'aperçoivent à présent de l'horrible supercherie et retournent dans la rue. Oui certes à des réformes nécessaires, oui à un Islam tolérant, respectueux de toutes les formes de pensée et qui s'exonère comme doit le faire toute religion de la moindre interférence dans la sphère publique. Oui aux "lumières" surgies de la seule raison des hommes pour une conduite de la cité hors de toute "révélation", si respectable soit-elle. Et oui surtout à la "règle d'or" de plus en plus oubliée du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes sans que les éternels moralistes autoproclamés de l'Occident s'érigent en permanence en vertueux Commandeurs seuls à même de décider éternellement du sort de la planète des hommes.
Ajouté le 5 février 2012 à 09h34
Dans la même rubrique