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Russie. Des primaires entre Medvedev et Poutine

5 septembre 2010

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Contre toute attente, l'actuel Président de la Russie, Dimitri Medvedev, est tenté par un second mandat alors que la présidentielle de 2012 était considérée comme la chasse gardée de Vladimir Poutine. Mais les écueils sont nombreux sur la route de l'ambitieux.

>> Le Président rééquilibre la diplomatie russe

Malgré le soutien d'une partie des élites, la décision de Dimitri Medvedev de s'engager dans la course à la présidence apparaît comme un combat perdu d'avance dans la mesure où ce n'est pas lui, mais son rival, Vladimir Poutine, qui contrôle «la verticale du pouvoir» et la majorité des «ressources administratives». Une chose au moins est claire: la campagne électorale a commencé et risque d'être fertile en rebondissements de toutes sortes. À dix-huit mois de l'échéance, prévue pour avril2012, Dimitri Medvedev et Vladimir Poutine ont tous deux dit implicitement qu'ils envisageaient de briguer le suffrage des électeurs.Ce développement qui, semble-t-il, n'était pas prévu dans le scénario élaboré en 2008, a provoqué une forte polarisation des élites, accompagnée d'une activation de la vie politique inhabituelle en cette période de l'année.

Un scénario bouleversé

En 2008, lorsque Poutine renonce à amender la constitution pour briguer un troisième mandat, malgré l?avis de certains de ses conseillers et les voeux de la population, il propose Medvedev pour le remplacer et accepte d'être son Premier ministre. Pour l'ensemble des observateurs et de la population, le message est clair: Vladimir Poutine reste aux commandes, il a choisi comme successeur le plus insignifiant et le moins ambitieux de tous ses collaborateurs, une marionnette dont il pourra tirer les ficelles et qui s'effacera docilement en 2012 pour lui permettre de reprendre son poste... Reste qu'il n'avait pas pensé que son poulain prendrait goût au pouvoir et qu'une partie des élites pencherait en sa faveur...

Le Président joue une partition...

Dès son arrivée à la tête de l'État, en mai2008, Dimitri Medvedev, juriste de formation, tente timidement de se démarquer de son mentor tout en affichant pour la galerie une parfaite complicité avec ce dernier. Dans le même temps, le nouveau Président s'entoure d'un aréopage d'économistes libéraux qui prônent des réformes structurelles, multiplie les déclarations sur la nécessité de respecter davantage les droits de l'Homme, donne des interviews à des journaux d'opposition. Il prend aussi quelques initiatives: il annonce à grand renfort de publicité une réforme de la police, limoge des gouverneurs, fait de la lutte contre la corruption sa priorité.

... contrée par son Premier ministre

Toutefois, otage d'un système vicié à la base dans la mesure où la «verticale» instituée et contrôlée par Poutine engendre la paralysie du système de décisions et l'irresponsabilité des cadres chargés de les mettre en oeuvre, il n'a pas les moyens de sa politique. Dans ce contexte, ses décisions demeurent lettre morte, bloquées par le Premier ministre et les membres de son cabinet sur lesquels il n'a aucune prise. La décision de Dimitri Medvedev de briguer un second mandat a été bien accueillie par une partie des élites, sensibles au discours du Président sur la modernisation nécessaire de la société et favorables au rapprochement avec les États-Unis que Dimitri Medvedev a initié. Par ailleurs, les incendies de forêts qui, une fois de plus, ont mis en lumière l'incurie, la corruption de l'administration et les failles grossières de la gestion de Poutine, qui avait présenté le nouveau Code forestier, ont servi de prétexte à de très violentes attaques contre le Premier ministre que son hyperactivité n'a fait que nourrir...

«La guerre des grands couteaux»

Les rumeurs selon lesquelles la campagne de presse serait orchestrée du Kremlin par Vladislav Sourkov, idéologue du Kremlin, père de la démocratie souverainiste, ancien chaud partisan de Poutine passé dans le camp de Medvedev, donnent à penser que «la guerre des grands couteaux» ne fait que commencer. Quant aux chances de Dimitri Medvedev de sortir vainqueur de la course à la présidence, elles sont infimes. «Les initiatives de Medvedev sont une tempête dans un verre d'eau, déclare Nicolas Petrov, expert au Fonds Carnegie pour la paix internationale. Il n'a pas de stratégie, ce qui n'est pas le cas de Poutine». Et d'ajouter: «Medvedev s'agite, multiplie les discours, et pendant ce temps-là, Poutine sillonne le pays, entretient sa forme et son image de héros, histoire de montrer qu'il n'y a rien de nouveau et qu'il est prêt à assumer les plus hautes charges du pays».

  • De notre correspondante à Moscou, Nathalie Ouvaroff
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