13 juin 2011
«Nous avons commencé à éliminer les requins des océans à un rythme jamais vu dans l'histoire de cet animal, longue de 400millions d'années», tel est le cri d'alarme lancé par Matt Rand, chargé du programme de protection des requins au sein de l'association écologiste Pew Environment Group (Peg). D'après lui, au moins trente espèces de requins sont directement menacées d'extinction. En cause: la surpêche, responsable de la disparition de 73millions de ces grands prédateurs marins chaque année, recherchés principalement pour leur aileron: la nageoire est coupée sur l'animal encore vivant, qui est ensuite relâché dans l'eau où il meurt. Consommés dans une soupe traditionnelle chinoise, les ailerons de requins représentent un commerce très lucratif, en hausse ces dernières années: les importateurs qui écument les villages de pêcheurs, revendent jusqu'à 700dollars le kilo d'ailerons. Sensibilisée, la Californie a du mal à faire cesser ce commerce juteux. Cet État américain, qui veut faire voter une loi proposant un embargo sur l'importation d'ailerons, se heurte, en effet, à l'opposition de son importante communauté chinoise. «La soupe à l'aileron est un mets délicat servi dans les grandes occasions, notamment religieuses», explique Fiona Ma, représentante démocrate de San Francisco. Quant à la Chine, principale accusée, elle n'est pas pressée de prendre des initiatives, à l'exception notable du milliardaire et député Ding Liguo, qui a proposé, cette année, un embargo total sur le commerce d'ailerons de requins, car l'opinion publique chinoise n'y est pas prête.
Quelques victoires
Leurs défenseurs des requins ont néanmoins remporté récemment quelques victoires. Ainsi, l'archipel de Palau (océan Pacifique), suivi par les Maldives (océan Indien) et le Honduras, en Amérique centrale, ont interdit, entre2009 et2010, la pêche aux requins dans leurs eaux territoriales. Si les Bahamas s'engagent à suivre leur exemple, l'archipel situé au large de la Floride «deviendra un fleuron de la protection des requins dans l'Atlantique», selon Matt Rand. Pour parvenir à ce résultat, les défenseurs des animaux jouent avec un argument clé: selon une étude commandée par Peg et publiée le mois dernier, un requin de récif peut, en effet, engendrer deux millions de dollars de revenus liés au tourisme au cours de sa vie.
Proches des dauphins
La course contre la montre est toutefois lancée, car à la différence des autres poissons, les requins sont fragilisés par leur cycle biologique, plus proche de celui des baleines ou des dauphins: ils n'atteignent, en effet, leur maturité sexuelle qu'après une dizaine d'années et n'ont que peu de petits à la fois.
25 mai 2012
25 mai 2012