14 février 2012
Il y a deux jours, Aliki Mouriki passait la soirée au cinéma Attikon, une institution du centre d'Athènes. Hier matin, cette sociologue athénienne contemple, consternée, les ruines fumantes du bâtiment néoclassique. La vision saisissante de l'édifice noirci, éventré, autour duquel s'activent une dizaine de pompiers, fige les passants et ralentit le trafic sur la grande avenue Stadiou, qui part de la place du Parlement. Beaucoup immortalisent le spectacle avec leur téléphone portable. Le cinéaste Nikos Kavoukidis grave les images sur un petit caméscope. «C'est la culture qui part en fumée», se désole ce directeur de la photographie dont la filmographie court sur plus d'un demi-siècle. «Il n'y a plus de culture, plus d'éducation dans ce pays. Que va-t-il nous rester? La télévision et le football?», interroge-t-il.
Édifices symboliques
À quelques mètres, un «site de mémoire» célébrant la résistance antinazie des Grecs et aménagée dans l'ancienne prison de la Kommandantur allemande n'a pas été épargné: vitres de l'entrée brisées, graffiti rouge appelant au «soulèvement» sur la façade. L'édifice où se trouvait le cinéma Attikon abritait également plusieurs commerces, dont celui de Makis, 46 ans, qui s'inquiète pour ses quatre employées qui vont se retrouver en inactivité forcée dans un pays où le chômage bat des records à 20,9%. Il fait remarquer qu'à quelques dizaines de mètres sur le même trottoir, un incendie criminel contre les bureaux d'une banque avait coûté la vie à trois employés, en marge d'une grande manifestation contre l'austérité, au début de la crise grecque en mai2010. «Je ne peux pas croire que ce sont des Grecs qui ont fait ça. On sait qu'il y a des traîtres dans ce genre de situation», avance Fay, 46 ans.
«Hooligans? Casseurs?»
«S'il n'y avait pas ces violences, il y aurait encore plus de monde dans les rues», assure Aliki Mouriki, qui s'interroge sur l'identité des fauteurs de trouble : «Des gens exaspérés? Des hooligans? Des casseurs? Des gens de l'extérieur?» «Est-ce qu'on aurait laissé le Louvre brûler? Est-ce qu'un État organisé aurait laissé faire ça?», s'interroge un couple de passants, en s'engouffrant dans la station de métro Syntagma, au pied du Parlement. Hier, en fin de matinée, la place emblématique de la capitale était toutefois déjà rendue aux Athéniens affairés: engins de nettoyage en action, planches de bois fraîchement clouées sur les bancs consumés en brasero, débris de marbres dégagés, evzones (gardes en tenue traditionnelle) et agents de circulation en lieu et place des forces antiémeute.
25 mai 2012
25 mai 2012