Pays de Galles. Toujours plus d'autonomie
Longtemps attachés aux autorités nationales, les Gallois semblent opter pour plus d'autonomie. Une autonomie qui devrait encore grandir, l'Assemblée venant de se prononcer en faveur d'un référendum pour accroître son pouvoir législatif.
On dit souvent des Britanniques qu'ils sont des Islanders. Car, sur leur île, rien n'est comme ailleurs en Europe. Au plan politique, l'organisation du pouvoir est à l'image de leur originalité: ni un royaume unificateur, ni un gouvernement centralisé, ni un système fédéral, mais une monarchie parlementaire qui concède une autonomie d'envergure à ses régions.
Un statut récent
La Devolution - le transfert de compétences du centre vers la périphérie - est ainsi à l'origine d'un processus par lequel le Pays de Galles a acquis une véritable existence régionale. Cependant, elle est récente. Car, longtemps, les Gallois se sont opposés à un détachement des autorités nationales. De tradition travailliste, et donc favorable à un concept d'État-providence, ce terroir aux paysages battus par les vents est un des plus pauvres du Royaume-Uni. Là, l'idée d'une décentralisation a toujours fait craindre la levée du filet retenant la manne économique et financière venant de Londres. D'où des vox populi mitigées sur la perspective de s'affranchir. En 1979, la population a massivement rejeté l'opportunité qui lui était offerte de prendre en charge une partie de ses affaires courantes. En 1997, elle en a accepté le principe seulement à 50,3% des suffrages exprimés.
L'Assemblée, pilier de l'entité galloise
Attachement britannique au modèle parlementaire oblige, c'est l'Assemblée nationale qui, depuis 1999, est au centre du système de gouvernement. Au sein d'une architecture audacieuse - une feuille d'ardoise géante posée sur une structure en verre -, elle réunit une Chambre de 60 membres renouvelée tous les quatre ans et représentative de la démocratie politique. Le pouvoir législatif confère autorité aux élus en matière d'éducation, de santé, de culture et d'environnement. Les fonctions régaliennes comme la défense, les affaires étrangères, la justice et les finances publiques, restent l'apanage des députés de la Couronne. L'organe exécutif piloté par le First minister a vu ses pouvoirs renforcés en 2006, mais reste néanmoins «le gouvernement de l'Assemblée galloise». Le découpage administratif local est simple, les interlocuteurs sont facilement identifiables, et Cardiff est une capitale.
L'ombre de Whitehall
Est-ce que ça marche? Car rien ne sert au Pays de Galles d'avoir la bride sur le cou si son rapport à l'infrastructure nationale ne fait pas sens. À Whitehall, le secrétariat d'État dirigé par Peter Hain, ancien ministre démissionnaire rattrapé par Gordon Brown pour gérer les affaires galloises, a essuyé des accrochages. Comment faire accepter son rôle de filtre de la région vers l'État et vice versa? Beaucoup se plaignent de ce qu'il faille passer par la case de son ministère pour, par exemple, travailler sur les questions de santé, et les rouages de la navette fonctionnaires gallois/fonctionnaires nationaux ne sont pas toujours bien huilés. À Westminster, quarante députés remontent à la Chambre des Communes les doléances de leur circonscription, tandis que l'expertise d'une commission parlementaire scrute l'évolution de cet échafaudage politico-juridique. Le processus de régionalisation entamé il y a un peu plus de dix ans est jeune et perfectible! C'est en tout cas ce qui ressort des derniers rapports qui font notamment le bilan de la mécanique dite du LCO(Legislative competence order): le mouvement législatif du Parlement britannique vers la national Assembly for Wales, qui permet aux lois galloises de voir le jour, doit gagner en consistance.
Un vote historique
Le 9février dernier, le Pays de Galles a franchi une étape importante: à l'unanimité, l'Assemblée s'est prononcée en faveur de l'organisation d'un référendum sur la perspective d'accroître son pouvoir législatif dans les domaines où Westminster a déjà concédé une large autonomie. Un scrutin où, cette fois, le «oui» devrait l'emporter au moment où la campagne des élections générales confirme la percée des conservateurs, autonomistes régionaux dans l'âme et en chasse sur les terres galloises. Reste que les voix perdues du Labour peuvent encore tomber dans l'escarcelle des libéraux-démocrates...
Le gallois, vitrine d'une identité culturelle
Au Pays de Galles, la langue précède le politique. Ancrée dans la gestion d'une culture autonome, elle est le vecteur d'une identité qui fait de la région britannique au symbole du dragon rouge une nation.
«Un trésor commun»
Un tournant décisif a été pris en 1993 avec le Welsh Language Act qui met la langue galloise sur un pied d'égalité avec l'anglais dans le traitement des affaires publiques. Rien n'avait été décidé depuis 1967. Le Welsh Language board, hier en coopération avec le secrétariat d'État à Londres, aujourd'hui dans un travail de proximité avec l'Assemblée nationale, surveille le terrain et promeut l'usage de la langue. Une enquête de 2004 indique ainsi que 21,7% de la population galloise parle welsh. Parmi eux, 62% l'utilise quotidiennement. Pour le parti gallois Plaid Cymru, dont un récent rapport s'intitule «La langue galloise, notre trésor commun», favoriser le bilinguisme, l'étendre au secteur privé, combattre la discrimination par la langue, sont des thèmes de campagne privilégiés.
Une langue bien vivante
Il y a moins de cent ans, les enfants gallois étaient punis s'ils parlaient la langue de leur pays à l'école et déambulaient un écriteau à leur cou estampillé des initiales WN, pour «Welsh Not». En 2008, le ministre Alun Ffred Jones, profitant de la haute technicité des instances de l'Union européenne en matière d'interprétariat, s'est adressé en gallois à ses collègues du Conseil de l'Union. Que de chemin parcouru! Le welsh aux origines indo-européennes et d'identité celte est bien vivant, et se retrouve jusqu'en Patagonie. Obligatoire jusqu'à l'âge de seize ans, il fait partie d'une éducation bilingue pour 20% des élèves. Géographiquement, il est davantage parlé sur la façade maritime ouest-nord-ouest du pays, la curieuse pratique du wenglish s'étant développée plus à l'intérieur des terres, à la frontière de l'Angleterre. Toujours est-il que de plus en plus de supports favorisent son développement: des logiciels microsoft en gallois, le site web mondial Wikipedia en gallois, le réseau Facebook, le très récent téléphone portable Samsung... Les médias eux-mêmes sont des relais essentiels de cette langue: outre la presse écrite traditionnelle, l'édition électronique Walesonline.co.uk, la chaîne S4C, Radio Cymru, l'édition régionale de la BBC entretiennent l'écoute et la pratique.
Culture rime avec futur
Et pour demain? Le festival annuel National Eisteddfod est une institution qui, pour longtemps encore, garantira la pérennité de la culture galloise. Au plan politique, la décision, dans le cadre du One Wales Delivery Plan 2007-2011, de renforcer les pouvoirs législatifs de l'Assemblée en matière linguistique, invite à consolider la manifestation de cette langue dans la vie des Gallois. Le welsh reste ainsi une priorité pour les années à venir. Avec le rugby bien sûr.
7 réactions
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Gambetta
C'est du BLAIR (c'hwez vad)
On peut rappeler que c'est pendant la période prospère du gouvernement de gauche de TONY BLAIR que cette autonomie dans le cadre de l'UK a été offerte aux gallois.
Tony BLAIR, honni par une part de la gauche française, est aussi celui qui a rénové les services publics détruits par les conservateurs.
Je voterai aux régionales pour ceux qui sont proches d'une telle politique émancipatrice.
Lannig al Louarn
Ajouté le 7 mars 2010 à 14h21
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NEGUS
comparaison
En France, Une et Indivisible, l'universalisme est un nationalisme, dixit Senghor, on est plus républicain que démocrate. En Grande-Bretagne, on est plus démocrate que monarchiste, moins
unificateur et plus concret : le principe
de subsidiarité est naturel.
Ajouté le 8 mars 2010 à 15h10
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jean yves
Pour y avoir vécu et travaillé
C'est le plus beau pays que je connaisse avec la Bretagne. On a tellement de chose en commun. En plus, ils sont d'accord de nous aider... Les gallois sont des gens gentils, bienveillants et courtois. J'adore ce pays
Ajouté le 7 mars 2010 à 22h50
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step...
Le modernisme a choisi son camp
Excellent article du Télégramme, très pertinent ! Pour une fois que l'on ne critique pas la régionalisation politique dans la presse française ...
Il est clair que l'identité est aujourd'hui devenue un formidable levier pour moderniser nos institutions en renforçant la conscience collective d'une population. Car pour avancer ensemble, il faut penser et agir ensemble ... d'oû le besoin d'institutions réeellement efficaces : parlement et gouvernement régional.
CQFD
Ajouté le 10 mars 2010 à 02h04
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j.an...
le chemin à suivre pour la Bretagne
Merci pour ces articles qui permettent de montrer au plus grande nombre la faisabilité de la dévolution et de l'autonomie pour des "régions" comme le Pays de Galles . La Bretagne aurait tout à gagner à suivre cette voie . Espérons que les électeurs bretons en prendront conscience en votant pour ceux qui prônent cette évolution pour notre pays, la Bretagne.
Ajouté le 7 mars 2010 à 10h02
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LG
Bretagne, région d'Europe!
Un doux rêve pour la Bretagne qui semble impossible à obtenir dans cette france jacobine et hyper-centralisé. C'est pourtant la seule solution qui semble envisageable sur le long terme...
Nos futurs dirigeants bretons devront être beaucoup plus exigeant face au pouvoir central parisien.
Ajouté le 7 mars 2010 à 18h40
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Llaf Nongaval
Oui mais...
... les Bretons ont un immense chemin à parcourir avant de pouvoir toucher du bout des doigts ce système... Les Gallois parlent leur langue, le Gallois, qu'ils ne rejettent pas, ils ne regardent pas vers Londres mais vers Cardiff, ils ont pas de tabou à parler d'assemblée nationale galloise, au contraire... bref, ils sont gallois, là est la clef de leur réussite.
En Bretagne, je pense qu'on a loupé plein d'occasions, déjà trop attiré vers Paris, on n'a pas pu s'en émanciper, au niveau de la langue, on a une langue muette défendue en partie par des personnes qui n'ont pas la légitimité aux yeux des locuteurs de breton, peut-être à juste titre, mais qu'ont ils fait eux pour sauver leur langue? La réunification de la Bretagne ne fait pas l'unanimité, pire, on trouve des personnes niant l'identité bretonne du Pays Nantais.
Alors aux Bretons de se réveiller!
Ha mersi bras da'n Telegram evit ar pennad-mañ, mat eo gwelet penaos ema an traoù ba lec'h all evit gwelet petra ne ya ket mat ba du-mañ.
Ajouté le 7 mars 2010 à 14h04
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