17 octobre 2009
Depuis 12 jours, les talibans sèment la terreur au Pakistan. Au rythme d'un attentat tous les deux jours, ils tentent de faire pression sur le gouvernement pour le dissuader d'envahir leur bastion du Sud Waziristan, à la frontière afghane.
C'est une vague d'attentats comme le Pakistan n'en a jamais connu. En moins de deux semaines, six attaques ont tué 176personnes. Les premières victimes sont les policiers. Hier, à Peshawar, dans le nord-ouest, un kamikaze a précipité sa voiture bourrée d'explosifs contre un immeuble de l'agence fédérale d'investigation, l'équivalent de la police judiciaire.
Revendiqués par les talibans pakistanais
C'est la deuxième fois en deux jours que les forces de l'ordre sont attaquées. Jeudi, trois commandos ont pris d'assaut trois bâtiments de la police à Lahore, la capitale culturelle. Bilan: 28 morts. La plupart de ces attentats ont été revendiqués par le mouvement des talibans pakistanais, le TTP. Pourtant, lorsque leur chef, Baitullah Mehsud avait été tué, le 4août, par un drone américain, le gouvernement pakistanais avait assuré que sa mort allait désorganiser le mouvement. Or, avec les attaques de jeudi à Lahore, c'est la première fois que plusieurs commandos terroristes frappent simultanément dans une grande ville pakistanaise. «Pour mener des attaques aussi coordonnées à Lahore, les talibans se sont appuyés sur des groupes terroristes islamistes qui sont très implantés dans cette région», estime Ayesha Siddiqa, chercheuse pakistanaise spécialiste des questions militaires et de terrorisme.
Toujours actifs même sans chef
Une analyse que partage Rifaat Hussain, professeur au département d'études stratégiques de l'université Quaid-i-Azam d'Islamabad. Pour lui, «les talibans veulent montrer que, malgré la mort de leur chef, ils peuvent frapper où ils veulent. D'ailleurs, depuis 12 jours, ils ont commis des attentats dans trois principales villes: Peshawar, Rawalpindi et Lahore.» Et il ajoute: «Ils veulent faire pression sur le gouvernement qui annonce qu'il va attaquer le Sud Waziristan.» C'est dans cette région, à la frontière afghane, que les talibans pakistanais préparent leurs attaques et se réfugient. En commettant ces attentats, ils veulent décourager l'armée. Mais pour Rifaat Hussain, le gouvernement n'a pas le choix: «s'il cède à la pression, ce sera un aveu de faiblesse et cela encouragera les talibans.» Les prochaines semaines pourraient donc être sanglantes au Pakistan.