13 décembre 2010
De notre correspondante en Italie.
Aux abords du stade où Maradona faisait rêver les meutes sportives, des monceaux de sacs-poubelle éclatés dépareillent les devantures des magasins. Derrière le théâtre San Carlo, des personnes froncent le nez en regardant avec dégoût les ordures qui s'entassent devant l'arrêt de l'autobus. Le long de la mer en colère, des détritus salissent le sable mouillé par la pluie qui tombe sans interruption depuis plusieurs jours. Le décor est planté. Bienvenue à Naples, la cité coincée entre le Vésuve, qui pourrait se réveiller d'un moment à l'autre, et les poubelles malodorantes. «Nous autres Napolitains, nous sommes devenus les damnés des poubelles. Depuis des années, nos dirigeants jurent de régler le problème. Et depuis des années, nous vivons dans la saleté», lâche une ménagère. Cachée sous son parapluie, elle raconte la vie à Naples, avec les mouettes qui picorent les restes devant les beaux immeubles anciens, les rats et les cafards qui courent au milieu des sacs écrasés.
Bruxelles expédie ses inspecteurs
À Naples, les crises des ordures se suivent et se ressemblent toutes. Cela fait maintenant dix-sept ans que la population cohabite avec les poubelles. Lorsque la situation devient explosive, la presse pointe ses réflecteurs sur la cité vésuvienne. Tout comme l'Union européenne qui demande régulièrement à Rome de mettre en place un plan de ramassage et de triage sélectif sur le long terme, sous peine de sanctions économiques plutôt lourdes. Il y a deux semaines, Bruxelles a expédié ses inspecteurs sur le terrain. Sommé d'agir rapidement, le gouvernement Berlusconi cherche des solutions tandis que la mafia, qui a creusé la Campanie façon gruyère pour créer des décharges illégales où elle déverse des tonnes de déchets toxiques, compte ses billets en silence.
Un sous-sol contaminé
À côté du port, une équipe d'éboueurs est à pied d'oeuvre. Entre deux coups de balai sous la pluie, ils racontent le centre-ville dont la propreté dépend des jours. Ils évoquent une situation «désormais irréversible». Ils décrivent des décharges pleines à craquer, et le dernier site - celui de Chiaiano - qui devra être fermé dans quatre mois. Ils parlent des politiciens et des industriels qui ont partie liée avec la Camorra, la mafia locale, pour faire «leur beurre» sur les ordures. «Les ordures sont partout, le sous-sol est contaminé par les cochonneries que la mafia a enterrées depuis des années. Quoi qu'il en soit, même si la Campanie est foutue, il faudrait apprendre aux gens à trier leurs ordures. Ce serait au moins cela», crache Luigi. Au même moment, de l'autre côté de la rue, un homme jette en vrac sur le trottoir des sacs remplis d'ordures et de carton. Les mouettes attirées par l'odeur du festin vont vite crever les sacs.
L'exemple allemand
À Naples, les habitants sont devenus fatalistes. Comme Luigi l'éboueur qui a couru le monde et admire l'Allemagne où tout est propre. Ou Lisa qui caresse du regard ses babas napolitains en indiquant les tas d'ordures entassés en face de sa pâtisserie. À Naples, les gens disent qu'ils auront toujours deux mêmes sortes de craintes: l'éruption du Vésuve et la puanteur des ordures.
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