Génocide arménien. La Turquie vent debout
Le Sénat a adopté, définitivement, hier soir, le texte pénalisant la négation du génocide arménien de 1915, passant outre les menaces réitérées de représailles diplomatiques et économiques brandies par la Turquie.
Le Sénat français a adopté, hier soir, par 127voix contre 86, la proposition de loi de la députée UMP Valérie Boyer, qui prévoit un an de prison et 45.000euros d'amende en cas de négation de génocides reconnus par la loi française, soit ceux visant les Arméniens en 1915 et les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré les menaces d'Ahmet Davutoglu, le chef de la diplomatie turque, qui avait annoncé un nouveau train de représailles contre la France en cas d'approbation de ce texte. Il avait averti que «la Turquie n'est plus la Turquie de 2001», lorsque le Parlement français avait reconnu le génocide arménien, perpétré en 1915 sous l'Empire ottoman. «Penser que la Turquie imposera des sanctions et qu'ensuite elle les révisera revient à ne pas connaître la Turquie, acteur régional et pays émergent», avait-il menacé.
Représailles économiques
L'adoption du texte par les députés français, le 22décembre, avait entraîné le rappel, pour quelques semaines, de l'ambassadeur de Turquie en France. Surtout, la Turquie, pays membre de l'Otan, avait gelé sa coopération militaire et politique avec Paris, qui voit dans Ankara un partenaire essentiel pour dénouer la crise en Syrie, où la France tente d'être en pointe. Cette fois, la Turquie pourrait rappeler sine die son représentant à Paris, réduire son ambassade et prendre des mesures de représailles dans le domaine commercial et économique, selon des sources à Ankara.
Les sénateurs mal à l'aise
La proposition de loi avait divisé profondément les sénateurs, beaucoup plus que les députés, tous partis confondus. Mais, portée par le président Nicolas Sarkozy, elle bénéficiait du soutien des deux principaux groupes de la Haute assemblée, l'UMP et le PS. Le Sénat était d'autant plus mal à l'aise qu'il y a à peine quelques mois, alors à majorité UMP, il avait rejeté une proposition de loi similaire, votée par les députés en 2006 et que le groupe PS avait inscrit à l'ordre du jour à la demande express de la patronne du PS, Martine Aubry. Le RDSE (Radicaux de gauche et valoisiens essentiellement), dont les 16 membres étaient hostiles au texte, tout comme les sénateurs écologistes, avait défendu, en vain, deux motions de procédure dans l'après-midi, largement rejetées. À quelques mois d'échéances électorales majeures, l'UMP et le PS ne comptaient pas se passer des voix de la communauté arménienne, la plus importante d'Europe occidentale (environ 600.000 membres). Le président Sarkozy, comme le candidat socialiste François Hollande, avaient promis à cette communauté de soutenir cette proposition et leurs troupes ne veulent pas «plomber» leur campagne.
3 réactions
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Papi19
Le massacre de 150 000 Harkis
En ce moments il est de bon ton de déclamer sur le massacre des Arméniens, certainement avec raison. Dans nos livres d’histoire de France, il n’y a pas que la bataille de POITIERS et Vercingétorix qui y manquent. Il y a aussi le massacre par les algériens de 150 000 Harkis après les accords du 19 mars 1962. Le gouvernement français les avait lâchement abandonnés bien que sachant ce qu’ils risquaient.
Je demande donc à notre Président d’être équitable, donc de s’intéresser à ce massacre qui à eu lieu en Algérie et de faire voter la même loi que pour celui des Arméniens.
Ajouté le 24 janvier 2012 à 19h23
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Jacobin75
Mémoire électoraliste !
Les 600 000 arméniens résidant en France sont une réserve de voix pour qui sait les flatter... la politique électoraliste et communautariste du gouvernement se base uniquement sur un calcul cynique et à très court terme.
Les Turcs sont fiers, comme tout le monde, et n'accepteront pas qu'on vienne, chez nous, leur faire la leçon et leur dire ce qui est bien ou pas . De quel droit ?
Accepterait-on que le gouvernement turc vote une loi au sujet du "génocide" des protestants, en France, lors des guerres de religion ?
Balayons devant notre porte, encore une fois, au lieu d'aller provoquer un pays particulièrement sensible actuellement, et de l'inciter à aller dans la voie de la radicalisation anti-occidentale !!
double erreur, encore une fois, de la part de ce gouvernement qui , décidément, n'en rate pas une !
Ajouté le 24 janvier 2012 à 15h15
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jeanot
coulage pitoyable
La France a multiplié les erreurs grossières en matière de politique étrangère depuis le début du mandat sarkozien. Remontons seulement Il y a un peu plus d'une année, nos plus hauts dirigeants se baladaient en Égypte, s'asseyaient dans les avions des dirigeants tunisiens, profitaient des palaces marocains.
Pour détourner désormais le regard de tous ces pays qui ont basculé dans l'islamisme. Après avoir gaffé criminellement en tentant de se racheter une conduite dans une funeste expédition libyenne qui a abouti à faire 50 000 morts et installer la charia. Des ratés en pagaille et n'oublions pas l'Afghanistan et la morbide comptabilité de nos pertes humaines ou encore nos otages qui croupissent encore en Afrique où nous sommes de plus en plus honnis.
Mais ne comprenant toujours rien, on s'escrime et on va exhumer les cadavres dans un pays souverain pour le désigner à la vindicte mondiale. A ce train là, il y du travail avec tous les génocides qui ont scandé l'histoire de l'humanité, ont été une des plus sinistres marques du 20ème siècle, avec des épisodes dont hélas la France a parfois été complice voire auteur, de l'Algérie au Rwanda.
Se polariser soudain sur le massacre des Arméniens relève de la plus grande erreur de "timing" dans un moment où toutes les tensions se cristallisent en Méditerranée dont la Turquie est l'une des portes. Une initiative malheureuse de plus de Paris qui conclut un calamiteux mandat présidentiel qui avait démarré, tout le monde a oublié, par une conférence somptuaire à Paris "l'Union pour la méditerranée", qui devait être le symbole de notre expertise concernant notre vision du monde. L'organisation a coulé corps et biens avec tous les avatars de la pseudo révolution arabe. Et le vote inconscient condamnant la Turquie n'est que la remontée en surface d'un remugle de bulles répugnantes qui valident dramatiquement le coulage pitoyable de notre politique étrangère.
Ajouté le 24 janvier 2012 à 09h55
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