22 septembre 2009
Même si la voix de la France est aujourd'hui moins audible dans le monde qui se met en place, Nicolas Sarkozy compte bien se faire entendre cette semaine au G-20, en matière de régulation financière.
«Nous avons tiré la conclusion de la crise que la pire des choses, c'est la concurrence entre places financières et des normes comptables différentes», estime benoîtement l'un des conseillers de Nicolas Sarkozy qui semble découvrir la mondialisation. Fort de son accord avec AngelaMerkel et du ralliement de Gordon Brown, le président français, arrivé hier soir à New York pour l'assemblée générale de l'Onu, entend bien peser sur le G-20 de Pittsburgh qui se tient dans la foulée.
En guerre contre le capitalisme dévoyé
Les Français se veulent à la pointe de la régulation financière car avec la reprise naissante aux États-Unis, la spéculation repart de plus belle. Au risque de créer de nouvelles bulles financières dont l'éclatement provoquera des crises de plus grande ampleur. D'où la posture française consistant à partir en guerre contre le capitalisme dévoyé et ce retour à un certain étatisme avec lequel Nicolas Sarkozy voulait justement rompre. La France n'est pourtant qu'un petit joueur dans cette partie mondiale où l'Amérique doit revoir ses comportements et établir de nouvelles règles du jeu avec la Chine. Mais Paris n'en pousse pas moins ses pions, en particulier le Fonds monétaire international, dirigé par le Français Dominique Strauss-Kahn dont les pouvoirs d'interventions ont été accrus.
«Notre place n'est plus ce qu'elle était»
L'Élysée explique ainsi que le G-20 doit s'appuyer sur l'expertise du FMI car la coopération intergouvernementale a marqué ses limites. Selon un diplomate, le G-20 doit être le lieu de confrontation des politiques économiques et le FMI apparaître comme le centre du dispositif. La France plaide d'ailleurs pour son élargissement aux pays émergents. L'idée qu'un nouveau mode de croissance puisse se mettre en place, qui ne repose plus uniquement sur la consommation américaine, laquelle était jusqu'alors la locomotive du monde, comme le rappelait, la semaine passée, DSK dans une interview au journal Le Monde. À cet égard, les pays asiatiques qui ont les plus forts taux de croissance devraient davantage se tourner vers la demande intérieure en développant des politiques sociales encore insuffisantes, juge-t-on à l'Élysée. «Nous savons que notre place n'est plus ce qu'elle était», reconnaît néanmoins, avec une modestie inhabituelle, le conseiller du président de la République. Pour tirer aussitôt des plans sur la comète en incitant les pays émergents à être plus vertueux. Tant sur les normes comptables, les paradis fiscaux que les produits titrisés (titrisations).
Séduire sa propre opinion
Avec la faible croissance qui est la sienne et une sortie de crise sans doute délicate, la France ne renonce donc pas à donner des leçons à la terre entière. Le but étant, avant tout, de séduire sa propre opinion publique en déplaçant l'éternel débat entre capitalisme et socialisme, jadis hexagonal, à la planète. Ce qui est nettement moins risqué. «Il faut prendre des sanctions contre les États qui en matière de fraude fiscale ne jouent pas le jeu», entend-on après qu'une liste des pays concernés a été établie. Le sommet de Londres, puis celui de Bruxelles ont avancé laborieusement dans cette direction. Toutefois, même si l'administration américaine est plus sensible que la précédente aux thèses européennes et singulièrement françaises, elle fait remarquer que la limitation des bonus des traders n'entre pas dans sa culture du profit. Qu'à cela ne tienne, répond-on côté français, où l'on évoque l'augmentation des capitaux disponibles sur les opérations spéculatives afin de les rendre moins rentables. Et l'étalement des bonus dans le temps en fonction du résultat...
Un nouveau partage du monde
Ces nobles intentions auront sans doute du mal à être transformées en acte tant la frénésie de consommation paraît forte dans les pays émergents dont l'heure semble venue. Le nouveau partage du monde qui se met en place s'opère au détriment des vieux pays industrialisés. Lesquels, à l'exemple de la France, ne renoncent pas pour autant à faire entendre la voix de la raison.
