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G-20. Les nouvelles règles du jeu

3 avril 2009

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Le sommet de Londres débouche sur de vraies décisions. Les chefs d'Etat et de gouvernement du G-20 sont tombés d'accord hier sur une action concertée de grande ampleur face à la crise et sur une refonte du système financier. Reste à savoir quand ces mesures seront effectives.

Peu d'observateurs avaient parié sur une telle issue. Mais hier soir le communiqué final du sommet du G-20, adopté après des discussions tendues, donnait satisfaction aussi bien aux Américains qu'aux Européens, qu'aux grands pays émergents et qu'aux pays développés. Ce G-20 marque «un tournant dans notre poursuite du redressement économique mondial», a estimé le président américain Barack Obama.

1.000milliards de dollars pour les institutions

Première décision, les moyens des institutions financières internationales (Fonds monétaire international, Banque mondiale...) vont être accrus de 1.000milliards de dollars, dont la moitié pour le FMI qui verra ses ressources triplées. Sur la régulation financière, la France et l'Allemagne ont obtenu une déclaration solennelle, qui reconnaît que les «défaillances graves du secteur financier et de la régulation» sont à l'origine de la crise. Mais surtout, des mesures concrètes ont été décidées. Les hedge-funds (fonds spéculatifs), appréciés pour leur opacité par les investisseurs institutionnels et qui échappaient jusque-là à la régulation, vont être soumis à une obligation d'immatriculation et de transparence dans la gestion.

Deux listes de paradis fiscaux

L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a publié hier soir deux listes de paradis fiscaux. Costa Rica, Malaisie, Philippines et Uruguay figurent sur la liste noire. La seconde, grise, contient 38 pays, dont Monaco et la Suisse. Tous ces pays risquent désormais des sanctions s'ils ne coopèrent pas avec le fisc ou la Justice. Les gouvernements ont mis beaucoup d'argent sur la table et ne veulent pas voir des impôts leur échapper.

Les banques devront faire des réserves

Des principes communs ont été également définis pour la rémunération des traders, qui sera contrôlée par les autorités de régulation. Les agences de notation, sévèrement critiquées pour avoir attribué de bonnes notes à des titres qui se sont révélés risqués, seront également soumises à un code de bonne conduite. La définition des fonds propres des banques sera modifiée. Elles devront accumuler davantage de fonds propres dans les périodes fastes pour amortir les crises. Enfin, un pas a été fait en direction d'une organisation mondiale de la finance avec la décision de mettre en place un «conseil de stabilité financière» afin de détecter les problèmes qui pourraient menacer le système financier mondial.

Nouveau sommet en septembre

Les chefs d'Etat et de gouvernement ne cachaient pas leur satisfaction hier. «Aujourd'hui les principaux pays du monde sont d'accord sur un plan global pour la reprise économique et la réforme», s'est réjoui Gordon Brown.



Reste à savoir si ces décisions, bien accueillies hier par les marchés qui ont clôturé en hausse, vont rétablir la confiance. Le succès dépendra de l'application concrète des mesures, confiée aux ministres des Finances. Un premier bilan sera fait en septembre prochain lors d'un nouveau sommet du G-20 à New York.

Barack et Michelle Obama, superstars mais pas divas

En affirmant dans sa conférence de presse hier soir qu'il était venu pour «écouter, comprendre et diriger», Barack Obama a évité de tomber dans le piège du «donneur de leçons», un qualificatif souvent utilisé pour désigner George W.Bush. Les chroniqueurs londoniens qui avaient vu débarquer Barack Obama au mois de juillet dernier estiment qu'il n'a pas changé, qu'il n'a pas pris la grosse tête. Lorsqu'il serre la main au policeman qui garde la porte du 10 Downing Street ou lorsqu'il discute de l'avenir des dinosaures avec les enfants de Gordon Brown, le président de la première puissance mondiale est toujours aussi «cool». Mais il ne s'agit pas uniquement d'une posture. Comme le disent deux de ses conseillers diplomatiques en coulisses, «il ne s'agit pas pour lui d'être copain-copain avec les grands de ce monde», mais de rester lui-même. C'était assez évident lors de la rencontre avec le président russe Medvedev à la résidence de l'ambassadeur américain (un ancien relais de chasse d'Henri VIII): Barack Obama a, dès le départ, demandé à son homologue russe de se mettre d'accord sur un langage commun, celui «de la franchise». C'est ce qui lui a permis quelques minutes plus tard de demander des nouvelles d'un dissident russe important tabassé le matin même dans les rues de Moscou sans que cela ne remette en question la volonté commune des deux dirigeants de s'attaquer avec ambition au plus vaste démantèlement de leurs arsenaux nucléaires depuis plus de vingt ans. Autre test, la visite à Buckingham. Rencontrer une reine qui a déjà vu passer sous ses yeux onze chefs d'Etat américains depuis Eisenhower l'obligeait à respecter des règles strictes. A bord d'Air Force One la veille, le président et la First Lady avaient longuement consulté le nouveau chef du protocole de la Maison Blanche. Est-ce lui qui a eu l'idée d'offrir un i-Pod à Elizabeth pour qu'elle puisse visionner les images de son séjour en Virginie en 2007? A-t-il mis en garde Michelle Obama de tenir ses distances par rapport à la Reine? Toujours est-il que si certains spécialistes de la famille royale ont été choqués par la main affectueuse que l'épouse de Barack Obama a passée dans le dos de la souveraine, la plupart des commentaires soulignaient au contraire la «simplicité et la fraîcheur» de la First Lady. Au point que le Chicago Tribune qui suit le périple en Europe de l'ex-sénateur de l'Illinois écrivait hier: «De même que les Beatles étaient quatre, Michelle Obama a rejoint le club très fermé des trois femmes qui ont révolutionné la mode des temps modernes, Jackie Kennedy, la princesse Diana et Carla Bruni-Sarkozy». Les Français auront le temps aujourd'hui et demain à Strasbourg de s'en rendre compte par eux-mêmes.
  • De notre envoyé spécial à Londres, François Clemenceau

Une manif des altermondialistes, sans paralysie de la City

Hier, quelque 400personnes ont protesté aux abords du centre de conférence ExCel, où se tenait le sommet du G-20. D'autres manifestants avaient préféré rendre un hommage au Londonien de 47ans qui a trouvé la mort mercredi après avoir fait un malaise. Marchand de journaux habitant dans la City, il regagnait son domicile après son travail en traversant la manifestation lorsqu'il aurait eu une défaillance cardiaque. Au plus fort des manifestations, 35.000 personnes ont manifesté. Les associations tablaient sur des centaines de milliers de participants.

Analyse. Il faudra compter sur la Chine

En claironnant l'avènement d'un «nouvel ordre mondial», le Premier ministre britannique aurait dû se souvenir que le système actuel a été le résultat d'une victoire des Etats-Unis sur la vieille Europe car le prochain devrait être dominé par les Etats-Unis et la Chine. Après le G-20 de Londres, seule la Chine émerge comme puissance capable de limiter les inconvénients de la domination monétaire américaine. Elle dispose de deux atouts que ni l'Union européenne, ni aucune autre économie au monde ne peuvent brandir:une formidable créance sur la dette américaine et un potentiel économique de plus en plus surprenant. La pharamineuse dette américaine, ce sont des dépenses militaires et un niveau de vie que les Etats-Unis s'octroient avec l'épargne des autres. Ceux qui prêtent aux Américains l'argent qu'ils n'ont pas en achetant leurs bons du Trésor sont le Japon (1.197milliards de dollars) puis, tout de suite derrière, la Chine (922milliards de dollars). Il suffirait que Pékin oriente l'épargne du pays vers une autre monnaie pour que cesse la suprématie du dollar. Hypothèse que l'Europe n'est pas en mesure d'envisager. La Chine jouera le rôle de banquier des Etats-Unis tant que l'argent qu'elle prête aux Américains permettra à ceux-ci d'acheter des produits chinois. [/A_JOANNES-N] Premiers signes de sortie de crise L'hypothèse est de plus en plus probable car c'est en Chine que se manifestent les premiers signes de sortie de crise: achats de matières premières, demande intérieure en hausse pour compenser la baisse des exportations, reprise de la production industrielle. Cette économie très contrôlée a mieux traversé la crise que les économies libérales trop déréglementées. Elle fournit, par ailleurs, un effort sans équivalent au monde dans la recherche et développement, c'est-à-dire dans les innovations qui structureront l'économie d'après-crise. Elle dépassera l'Europe dans les technologies de pointe, dont les futures motorisations automobiles. Le processus enclenché par le G-20 de Londres durera plusieurs mois. Le temps de roder le duopole sino-américain en charge de la nouvelle architecture financière mondiale.
  • Alain Joannès
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