15 novembre 2009 - 2 réactions
 «Voter, ça m'a pris deux minutes, sans bouger de mon salon.» Pour ce jeune fonctionnaire propre sur lui, le vote par internet, c'est une évidence. Aux élections locales d'octobre, ils sont plus de 100.000 Estoniens (9,5% du corps électoral) à avoir choisi ce nouveau mode d'expression démocratique, proposé en plus et non à la place des autres (*). Résultat, pour un coût de mise en place annoncé à environ 300.000euros, un coup d'arrêt à la baisse de participation.
Une carte à puce et deux codes secrets
Concrètement, rien de plus simple. Dans la semaine qui précède le jour J, on s'identifie grâce à sa carte d'identité à puce, on entre un premier code personnel, similaire à celui d'un téléphone portable, pour accéder au site des élections, on choisit son candidat, on signe électroniquement grâce à un deuxième code personnel et c'est fait. Si l'on change d'avis, si l'on a été victime de pressions au moment du choix, il suffit de réitérer l'opération, chaque nouveau vote annulant le précédent. Dernier verrou pour garantir le libre choix des électeurs, ceux-ci peuvent se rendre à l'isoloir le dimanche, et leur vote papier remplace les précédents. Les problèmes de sécurité et de confidentialité une fois le vote effectué? Les autorités semblent sûres d'elles et de leurs programmes informatiques, jusqu'à minimiser les risques de «cyber-attaques» comme celle dont elles ont été victimes en mai2007 (lire ci-contre). Quant aux citoyens, à l'image de Kaisa et Jaan, jeune couple branché, ils ne s'inquiètent pas plus que ça: «Si on peut gérer notre compte en banque comme ça, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas voter.»
Le portable et le marteau
Car en Estonie, internet est plus qu'un outil, c'est un des poumons du développement. Au début des années 1990, à peine indépendante après 50ans de joug soviétique, la toute jeune république s'équipe au pas de charge et mise sur les nouvelles technologies pour son développement économique. La «singing revolution» («révolution en chantant») est passée, l'e-révolution peut commencer. «On est un petit pays avec de petits moyens, on est obligés d'être efficaces», explique Sten Hansson, un conseiller du Premier ministre. En 2000, un nouveau cap est franchi: le gouvernement abandonne le papier. Le symbole est fort: autour de la grande table ovale du Conseil des ministres, dans la vieille ville de Talinn, 18 places, 18 ordinateurs portables, pas un stylo. La seule concession à la tradition est le marteau de bois avec lequel le chef du gouvernement met fin aux débats, retranscrits en temps réel sur internet avant de l'être à partir de l'an prochain sur Twitter, le réseau de micro-blogging. Tous les sujets sont publics, jusqu'aux négociations entre membres de l'hétéroclite coalition gouvernementale. «Seule la sécurité nationale échappe à la règle», promet Sten Hansson. Impossible, bien sûr, de le vérifier. «Nous avons le potentiel pour être un exemple d'e-démocratie dans le monde», souligne Kristina Reinsalu, directrice de l'Académie estonienne d'e-gouvernance, une ONG qui forme les élus estoniens à l'utilisation des nouvelles technologies et accueille des délégations du monde entier (des représentants indiens, mongols ou maliens sont venus... mais pas de Français).
Bientôt la télé-démocratie
Car il ne s'agit pas seulement de communiquer du haut vers le bas: depuis 2002, un site d'Etat recueille les propositions des citoyens. Et l'administration est légalement obligée d'y apporter une réponse dans le mois. Parmi les sujets de cet automne, la création d'un lieu pour stocker les feuilles mortes ou le changement de législation sur les associations. «Bien sûr, ce n'est possible que parce que peu de gens s'en servent. Il y a la barrière de l'expression écrite», reconnaît Kristina Reinsalu, qui veut y remédier en multipliant les séminaires de sensibilisation du public: «Le coeur de l'e-démocratie, ce n'est pas la technologie, c'est sa mise à la disposition des citoyens.» Prochaine étape, l'e-démocratie portable, avec le vote par téléphone, qui devrait être techniquement possible dès 2011.
* La Suisse et la Corée du Sud, notamment, mènent des expériences similaires. La France en a fait l'essai pour l'élection de l'Assemblée des Français de l'étranger en2003 et2006. Seuls quelque 14.000 électeurs sur plus de 500.000 ont utilisé ce moyen.
23 mai 2012 Ã 18h15