26 janvier 2012
De notre envoyée spéciale au Caire.
En ce matin férié, les rues aux abords de la place Tahrir sont quasi désertes. Pas encore de drapeau ni de bruits de klaxons célébrant les « un an de la révolution». Mais sur la place, les Frères Musulmans-grands vainqueurs des législatives et de cette révolte-ont savamment orchestré ces festivités et occupent massivement les lieux. «La révolution est un jour de liberté et de dignité. Nous remercions tous Dieu pour nous avoir montré le chemin»,hurle un des leaders des Frères dans un micro saturé depuis un grand podium installé au milieu de la place. Quelques très rares«révolutionnaires»sont parmi les barbes longues. Sur leurs écriteaux, on peut lire:« Attention, la révolution recule»ou«Ne faire qu'une demi-révolution, c'est creuser sa tombe».
«La révolution volée !»
«C'est honteux!Les frères s'approprient une révolution qu'ils n'ont pas lancée!»,peste Rama, outrée comme tant d'autres de se faire«voler la révolution par les Frères». À l'After Eight, un café populaire culte du Caire, derrière la place Tahrir, anarchistes, libéraux, sociologues, activistes, femmes... Personne ne semble avoir l'humeur de célébrer quoi que ce soit. «Je reviens aujourd'hui avec la même pancarte que l'an dernier parce que rien n'a changé. C'est la fête de quoi?Ce sont les militaires et les musulmans qui nous gouvernent!C'est pas ça qu'on a demandé!». Les activistes ont, en effet, prévu de se rendre plus tard dans l'après-midi sur la Place. En attendant, ils fument le narguilé dans des cafés.«Quand la Confrérie aura fini son show, ce sera notre tour. Et personne ne nous dégagera de la Place tant que l'armée ne dégagera pas»,lance Shadi, l'un des fondateurs du«Mouvement du 25janvier». Comme beaucoup, il veut le départ immédiat du CSFA-le Conseil supérieur des forces armées qui dirige le pays et doit laisser le pouvoir aux civils le 30 juin, à l?issue des présidentielles.
Un air de déjà-vu
Plus l'heure avance et plus il consulte Twitter et Facebook sur son portable.«Mes gars convergent maintenant vers Tahrir. Tout à l'heure, on sera plus d'un million!». Alors que la nuit approche, la place Tahrir, avec ses stands de pop corn et de souvenirs, se remplit à vue d'oeil. Les familles affluent en masse et les enfants se font peindre les joues aux couleurs de l'Égypte. Drapeaux, chants révolutionnaires, slogans anti-CSFA, revendications de leur liberté... Les activistes eux, affichent, un an après, comme un air déjà-vu...
23 février 2012 à 08h06 - 1 réaction(s)
23 février 2012
23 février 2012
