14 septembre 2009
Lawrence McDonald ne passe jamais sans un frisson devant l'immeuble new-yorkais de Wall Street qui abritait naguère la banque Lehman Brothers, dont il était l'un des meilleurs traders. «Le sort de 20.000 salariés a été décidé au 31e étage de cet immeuble», rappelle-t-il. Le 15septembre 2008, après 158ans d'activité et un week-end d'ultimes tractations au sommet, Lehman Brothers annonce son dépôt de bilan. La chute de l'établissement a été précipitée par son incapacité à se refinancer après la crise des subprimes - des placements adossés à des créances immobilières à risque - et du crédit. La banque a également été «lâchée» par les autorités américaines, réticentes à intervenir dans le système bancaire.
Un système lacunaire
Cette annonce provoque une onde de choc qui débouchera sur une crise financière d'ampleur mondiale. Les images des employés qui ressortent du siège de la banque sous le choc avec leurs affaires sous le bras font le tour du monde. Les marchés financiers paniquent. Résultat, dès le lendemain, les autorités américaines font volte-face. Elles nationalisent de facto l'assureur AIG pour lui éviter la faillite, entamant une série d'interventions au capital d'établissements financiers. Mais la faillite de Lehman Brothers a aussi exposé les défauts du système de régulation et de surveillance bancaire américain, qui reste toujours lacunaire, un an plus tard. Et depuis, plus de cent banques américaines ont mis la clef sous la porte.
Des signes dès 2005
Reste que Lawrence McDonald est persuadé que la banque Lehman aurait pu être sauvée si ses dirigeants avaient pris en compte de nombreux avertissements précoces. «La direction, affirme-t-il, nous a fait foncer à 250km/h droit vers le plus gros iceberg de subprimes qu'on n'ait jamais vu». Selon lui, les patrons avaient été alertés dès 2005 d'un risque d'effondrement du marché immobilier, sur lequel «ils avaient misé la maison, les meubles et la vaisselle», mais ils n'en ont pas tenu compte, explique celui qui est devenu le co-auteur de «A Colossal Failure of Common Sense» («Un échec monumental du bon sens»), l'un des best-sellers de l'été aux Etats-Unis, assurant ainsi sa reconversion.
23 mai 2012 à 18h15