11 janvier 2010 - 4 réactions
De notre correspondante à Rome.
Rosarno brûle, les Calabrais organisent la chasse à l'homme et tirent à bout portant sur les Africains. En quelques heures, plusieurs centaines d'immigrés arrivent de toute la région et envahissent la petite cité agricole. A la nuit tombée, Rosarno est mis à sac, des centaines de voitures sont incendiées, les vitrines des magasins volent en éclat. La population, terrorisée, incite les policiers à chasser les immigrés. «Tirez-leur dessus!» hurlent les habitants armés de bâton et de barre de fer.
Intimidation
Tout a commencé jeudi soir, lorsque des jeunes Italiens ont tiré à deux reprises avec une carabine à air comprimé sur un groupe d'immigrés africains employés pour la récolte des oranges. Deux expéditions punitives organisées pour «flanquer la frousse aux ?nègres? qui ont probablement refusé de payer ?le pizzo? à la Ndrangheta», ont rapporté plusieurs témoins. Il y a un mois et demi d'ailleurs, un épisode analogue s'était produit. «C'est chose habituelle dans une ville où il y a plus de pistolets que d'habitants», note Don Pino Masi, fondateur de l'association Libera. «Ce sont sûrement les hommes de la Ndrangheta qui ont tiré sur les Africains pour montrer qu'ils contrôlent le territoire», déclare pour sa part Alberto Cisterna, procureur de la direction générale antimafia. Dans cette partie de la Calabre, spécialisée dans la récolte saisonnière des agrumes et des olives, 4.000immigrés d'origine africaine triment dans les champs contrôlés par la Ndrangheta, la mafia locale. Moyennant une vingtaine d'euros par jour, ces damnés de la terre qui ont fui la misère africaine travaillent 15heures d'affilée, dorment avec les rats dans des baraques insalubres, sans eau, sans gaz et électricité. La vie est dure sous les ordres des «caporaux» qui prélèvent cinq euros par jour sur chaque salaire de misère, plus les frais d'hébergement. «Nous sommes des hommes, pas des bêtes», ont d'ailleurs hurlé les manifestants en incendiant les voitures durant le week-end.
En fuite ou cachés
Après deux jours de guérilla urbaine, la révolte de Rosarno a été matée. Les renforts expédiés sur le terrain ont déplacé quelque 700immigrés. D'autres sont partis à pied, en train, en autobus pour fuir cette région qui ne veut plus d'eux. D'autres sont cachés dans les campagnes et attendent que la chasse à l'homme finisse. Mais cet épisode à la fois raciste et mafieux pourrait faire boule de neige dans un pays de plus en plus intolérant.
23 mai 2012 à 18h15