22 octobre 2010
Les richesses marines sont moins connues que les terrestres. Et, pour elles, le champ d'investigation reste énorme, les océans couvrant 70% de la surface du globe. De surcroît, la diversité biologique qui en est attendue est plus grande que sur la terre car la vie en mer est plus ancienne. Que, sur cette toile de fond, 680brevets à caractère international soient associés à des gènes d'origine marine, n'est pas anodin. 18.000 produits naturels sont aussi issus de ressources marines. Sophie Arnaud-Haon, biologiste à Ifremer-Brest, qui a publié ses recherches, avec deux collègues espagnols, sur le site internet de la revue Procedings of the National Academy of Sciences (PNAS) situe le décollage dans les années 2000, quand les
techniques moléculaires se sont «démocratisées».
Des enjeux financiers
De multiples organismes marins apportent leur obole, comme les coraux, éponges, concombres de mer, tuniqués, cônes tropicaux, pour n'en citer que quelques-uns. «Les agents anticancéreux tirés d'espèces marines représentaient en 2005 un chiffre d'affaires d'unmilliard de dollars», relève au passage Sophie Arnaud-Haon. Si, dans les applications issues des ressources marines, la santé humaine, la biologie moléculaire figurent en bonne place, l'agroalimentaire, les cosmétiques et l'environnement ont aussi leur importance. Des bactéries sont ainsi utilisées dans la fabrication de biocarburants.
Meilleur partage
Tous les États ne sont pas égaux vis-à-vis de l'exploitation des ressources génétiques, surtout au-delà des Zones économiques exclusives (ZEE). «C'est la règle du premier arrivé, premier servi», observe la chercheuse. À ce jeu, les pays en voie de développement ont moins de chances. D'où certains efforts, mais ce n'est pas gagné, pour aboutir à un meilleur accès et partage des bénéfices, un peu comme ce qui a été fait pour les activités minières en haute mer. Une réunion importante de la Convention sur la diversité biologique, qui se tient à Nagoya (Japon), jusqu'au 29octobre, doit y travailler. Dans le domaine des ressources génétiques, comme dans d'autres, la transparence n'est pas non plus la vertu cardinale. Quand Sophie Arnaud-Haon s'est attaquée aux banques de données pour recenser les brevets déposés, elle s'est aperçue que 20% de ceux à caractère international ne divulguaient pas le nom d
e l'espèce à partir de laquelle le gène a été isolé, alors que ce devrait être normalement le cas.
23 mai 2012 à 18h15