Bain de sang en Guinée. Le chef de la junte met en cause l'opposition
Scènes d'horreur lundi, dans un stade à Conakry, en Guinée. Le carnage a fait plus de 150 morts. Alors que les exactions se sont poursuivies hier, la France a donné des consignes de prudence à ses 2.500 ressortissants. Le chef de la junte s'en est pris ce matin à l'opposition.
Tirs dans la foule, femmes violées, opposants tabassés: de nombreux témoignages soulignent la violence inouïe des militaires guinéens, qui ont écrasé dans le sang une manifestation pacifique de l'opposition, lundi, dans un stade de Conakry.
Au moins 157 personnes ont été tuées et plus de 1.200 blessées. Il s'agit d'un des pires carnages commis en une seule journée depuis un quart de siècle dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, dirigé depuis son indépendance, en 1958, par des militaires et où l'armée est régulièrement accusée de graves exactions.
Des femmes violées
Les opposants s'étaient réunis dans le stade pour dire «non» à l'éventuelle candidature à la présidentielle, prévue en janvier, du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, arrivé au pouvoir il y a neuf mois. Abdoulaye Bineta Diallo se trouvait dans le stade parmi plusieurs dizaines de milliers de personnes lorsque les militaires ont tiré.
Il raconte: «L'armée a encerclé le stade, les Bérets rouges (garde présidentielle) ont commencé à tirer. Au départ, on a pensé que c'était pour intimider. Mais les gens ont commencé à tomber, il y a eu panique.» «Les militaires ont publiquement, et en pleine journée, violé des femmes, ont tiré par balles sur leur sexe», poursuit-il, bouleversé par ces actes de barbarie.
Des témoignages recueillis par l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch confirment ces scènes insoutenables. Selon Mamadi Kaba, président d'une ONG basée à Dakar, les viols des femmes arrêtées se sont poursuivis dans les casernes et les commissariats. Les dirigeants de l'opposition, qui étaient dans le stade, n'ont pas échappé à la furie des militaires. Cellou Dalein Diallo, leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée, a reçu des coups de crosse sur la tête.
2.500 Français sur place
Les exactions se sont poursuivies hier, trois jeunes ont été tués. Comble de l'horreur : des militaires sont allés enlever les blessés en traitement à l'hôpital de Conakry pour les emmener vers une destination inconnue. Condamnant cette répression «sauvage et sanglante», la France, ex-puissance coloniale, a donné des consignes de prudence à ses quelque 2.500 ressortissants sur place. Elle a décidé la suspension immédiate de sa coopération militaire avec la Guinée.
Guinée: la junte veut "faire taire toutes les contestations"
La junte au pouvoir en Guinée veut faire taire toutes les contestations en interdisant les regroupements "subversifs". Elle a déclaré mercredi et jeudi "journées de deuil national", a estimé le responsable d'une association guinéenne des droits de l'Homme. Mamadi Kaba, président de la branche guinéenne de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho) déclare qu'il y a là "une volonté de faire taire toutes les contestations pour empêcher toute manifestation et pour arrêter tous ceux qu'ils estiment être les leaders de la manifestation" de lundi.
Le chef de la junte s'en prend à l'opposition
Le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir en Guinée, a tenté de minimiser sa responsabilité dans la sanglante répression d'une manifestation à Conakry sur Europe 1 en déclarant qu'il avit été "débordé" par l'événement et il a mis en cause l'opposition : "ce sont les responsables de l'opposition qui ont commandité un acte criminel, qui ont conduit les hommes à la boucherie au profit de leurs propres ambitions".
Paris: "les responsables des massacres doivent répondre de leurs actes"
Bernard Valéro, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, a rappelé que la France a "condamné dans les termes les plus fermes ces violences inqualifiables. Les responsables de ces massacres doivent répondre de leurs actes". La France, ex-puissance coloniale, a décidé la suspension immédiate de sa coopération militaire avec la Guinée et réexamine l'ensemble de son aide bilatérale.
Un bilan difficile à effectuer
Le bilan de 157 morts et 1253 blessés, annoncé par l'organisation guinéenne des droits de l'homme (OGDH), reste difficile à vérifier. 57 victimes ont été reconnues par le ministère de l'Intérieur, le reste des corps étant introuvable.
Selon certaines déclarations, les militaires auraient emporté des corps dans les hôpitaux pour les dissimuler. La télévision nationale déclare de son côté qu'il s'agirait d'évacuations sanitaires, vers l'étranger, décidées par la junte.
Isabelle Bourges, porte-parole de la délégation guinéenne du Comité internationale de la Croix-rouge (CICR), déclare sur Libération.fr qu'"une cinquantaine de corps avaient été rassemblés au camp militaire de Samory, dans une zone plus calme de Conakry. Pour le reste, nous tentons encore de recueillir des informations."
3 réactions
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franc suisse
Afrique, continent de paix et de tolérence
Pourquoi tant de conflits pour faire de l'homme-bon par nature- des germes de vengeance et de mépris pour ses propres frères, pour ses soeurs qui ne cherchent que la paix, cette paix qu'ils ont bien du mal à trouver...
Je suis venu en Afrique, j'ai aimé ces populations qui ne rêvent que de paix, et qui pensent qu'un bon président est celui qui évite tout conflit, alors que c'est insuffisant... et pourtant, ça semble suffire! Mais il faudrait vraiment qu'ils se réveillent, que leurs besoins deviennent des aspirations légitimes et que ceux qui les dirigent s'occupent aussi de leur pain quotidien plutôt que de les dépouiller. Les citoyens sont les véritables propriétaires de leur pays, pourquoi leur a-t-on pris ce qui leur appartient, au nom de quel Dieu? La démocratie se gagne dans les urnes, mais j'ai le sentiment que les opposants au pouvoir n'ont qu'une préoccupation: celle de prendre une place pour faire exactement la même chose que ceux qu'ils veulent évincer....Et dire que c'est l'exemple des colons qui a été suivi, il y a un demi siècle, des colons dont j'ai honte parce qu'ils ont été aussi méprisables de la démocratie que vos présidents: des êtres vils sans foi ni loi dont les états coloniaux ignoraient la versatilité, tout comme aujourd'hui les Africains ignorent celle de leurs dirigeants..
Africains, si vous tous vous criez, chaque jour que dieu fait, que votre pays, c'est le vôtre, que votre village c'est le vôtre, que le pétrole, les diamants, le plantain sont aussi vôtre, la révolution peut être pacifique...
Faites passer le message à travers les médias, même si c'est difficile, car ceux qui ont des postes, à la TV, à l'Armée, dans les Administrations, sont aussi ceux qui veulent garder leurs avantages. Mais, cent fois sur le métier, il faut remettre l'ouvrage.....
Ajouté le 30 septembre 2009 à 15h51
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PARFAIT
MALEDICTION DE LA GUINEE ET DE L'AFRIQUE
LA MALEDICTION DE LA GUINEE ET DE L'AFRIQUE
Le monde a appris avec consternation pour certains, agacement pour d'autres une nouvelle bien africaine : des « hommes en tenue » ont tiré à balles réelles sur des civils venus participer à une manifestation de l'opposition. Bilan : 150 morts et des milliers de blessés.
150 africains, parmi eux, de misérables citoyens qui rêvaient d'une vie meilleure et que le système politique méprise politiquement, socialement et économiquement, comme c'est souvent le cas en Afrique.
150 africains dont le système politique a exigé des impôts de leurs misérables revenus ; des impôts qui ont servi à acheter les armes et à payer la solde des hommes qui les ont assassinés.
Une fois encore, les africains ont honte ; honte de leurs dirigeants dont on se demande quelles valeurs ils partagent avec leurs populations.
Dans toutes les traditions africaines, tuer un frère est un acte tellement odieux qu'il est supposé apporter la malédiction à toute la communauté.
S'il est aujourd'hui admis que le monde est un village planétaire, on peut dire que tous les hommes de la terre ont perdu 150 frères et soeurs. Qu'une autre malédiction pèse, selon nos traditions, sur l'Afrique à cause de cette énorme tuerie. Et que cela exige à la fois repentance, et réparation...
Toute communauté africaine, plus que toutes les autres communautés, devrait méditer profondément sur ce drame. L'indifférence face à ce genre de barbarie est contraire à toutes nos traditions qui sont basées sur l'harmonie.
Si les évêques africains n'expriment pas au minimum leur compassion face à cet inqualifiable drame, alors, dimanche prochain, j'irai dans une cathédrale prier le Christ de les délivrer de la surdité, de la cécité et du mutisme.
Si les Imams africains se taisent, alors j'irai dans une mosquée supplier Le Très Haut de leur faire parvenir les pleurs et la détresse des veufs qui auront perdu un conjoint, des parents qui auront perdu un fils ou une fille.
Que Dieu bénisse un pays nommé la France, dont je me suis demandé dans quelle partie de l'Afrique il se trouve ! Ce pays, à l'annonce de cette tuerie, a décidé de suspendre toute coopération militaire avec ce régime assassin.
Les français devraient être fiers de leurs dirigeants qui ont adopté une position morale digne et respectueuse de la vie des africains.
On attend maintenant de comprendre celles des dirigeants des autres pays dont on peut facilement déterminer la situation géographique sur le continent africain. La réaction de chaque dirigeant africain face à cette tuerie sera révélatrice du degré de son mépris ou de son respect envers son propre peuple.
Que la communauté internationale trouve le moyen d'enseigner aux dirigeants africains que les armées sont faites pour protéger les citoyens ; une armée qui retourne ses armes contre le peuple qu'elle est sensée protéger est incompétente, inconsciente et stupide. Est-ce difficile à comprendre ?
Est-ce exagéré de considérer que quiconque sème la terreur pourrait valablement être qualifié de terroriste ?
La communauté internationale devrait tirer des leçons de l'histoire du terrorisme ; elle commence toujours par la naissance et la consolidation de régimes oppressants pour la population.
La différence entre la terreur afghane par exemple et celle qui est entrain de se développer en Afrique relève de la subtilité et du degré de consolidation. On ne devrait pas attendre devoir mobiliser d'énormes contingents et des missiles sophistiqués pour neutraliser ces groupes voyous.
L'équité recommanderait, ce n'est pas exagéré, que de nombreux régimes africains reçoivent le traitement actuellement infligé à certains groupes terroristes.
Ce serait moins coûteux pour la communauté internationale : militairement, politiquement et financièrement.
Jusqu'à quand l'humanité acceptera que d'authentiques terroristes occupent de vastes territoires de plusieurs kilomètres carrés sur le continent africain, prennent en otage des millions d'hommes, de femmes et d'enfants et les persécutent impunément plusieurs années durant?
Nkoulou Mfoulou Parfait Roger
Africain
Yaoundé
Ajouté le 30 septembre 2009 à 11h09
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Kobikisa
France : tu me fais honte !
La colonisation de l'Afrique noire par les européens a donné libre cours à l'exploitation des ressources naturelles et humaines. Elle a aussi tenté d'annihiler les cultures, bouleversé les chefferies et généré des conflits en divisant pour régner (l'exemple du Rwanda en est une preuve flagrante).
La décolonisation a en plus tracé des frontières créant des conflits prétendument ethniques... mais l'exploitation des ressources naturelles n'a pas cessé pour autant : Elf et Total, par exemple, se taillent la part du lion et le Japon s'en est mêlé en pillant les ressources des pêcheurs sénégalais. Tout cela en versant force pots-de-vin aux dirigeants africains.
Comment s'étonner que règnent la corruption et la loi du plus fort ?
Maintenant que l'occident et l'Asie ont déjà fait main basse sur tout, on laisse les Africains à leur bien triste sort...
Les Guinéens connaissent la dictature depuis 1958. Qu'a donc fait la France sinon fournir des armes aux assassins ? Et on ose nous faire croire que la "coopération militaiire" va cesser ? Quelle tartufferie !
Je vais maintenant devoir expliquer au jeune Guinéen dont j'ai la tutelle en France que sa famille risque d'être anéantie par la lâcheté du pays qui l'héberge...
Ajouté le 30 septembre 2009 à 14h15
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