14 février 2012
De lourdes peines d'emprisonnement ont été prononcées, hier, à Turin, à l'encontre de deuxanciens hauts responsables de la société Eternit Italie, spécialisée dans la production de matériaux à base d'amiante et de ciment. Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, 65 ans, et le baron belge Jean-Louis de Cartier de Marchienne, 90 ans, jugés par contumace, ont été considérés responsables de la mort de près de 3.000 personnes, ouvriers ou habitants de villes où Eternit Italie avait des usines. Ils sont condamnés à 16 ans de prison. Stephan Schmidheiny, ex-propriétaire du groupe suisse Eternit a été un important actionnaire d'Eternit Italie de 1976 à 1986, tandis que le baron belge a été actionnaire et administrateur d'Eternit Italie, au début des années1970. Matériau miracle qui a tourné au cauchemar, l'amiante a été utilisé massivement, en particulier dans le secteur de la construction en raison notamment de sa résistance à la chaleur et au feu, avant son interdiction dans certains pays, notamment européens.
6.000 parties civiles
Hier, à Turin, des proches de victimes ont éclaté en sanglots en entendant le verdict de condamnation, lu dans un silence de plomb alors que toute l'assistance était debout. C'est ainsi que s'est achevé le plus grand procès - ouvert en 2009 - jamais organisé sur la fibre tueuse avec plus de 6.000 parties civiles. Les dédommagements devraient se monter à plusieurs dizaines de millions d'euros. Les avocats des accusés ont annoncé qu'ils feront appel. La défense affirmait que les deux hommes n'avaient pas de responsabilité directe dans la gestion de la société italienne qui a fait faillite en 1986, soit six ans avant l'interdiction de l'amiante dans la péninsule. Les épaules recouvertes d'un drapeau italien sur lequel est inscrit «Eternit Justice», des centaines de proches des victimes, venus pour la plupart de Casale Monferrato - ville où ont été dénombrés le plus grand nombre de morts -, avaient fait le déplacement au tribunal de Turin.
«Aucune prévention»
«Il n'y avait aucune prévention, les gens allaient travailler dans les usines sans aucune protection», a dénoncé Piero Ferraris, dont le père, Evasio, est mort en 1988, à63 ans, d'un mésothéliome après avoir été ouvrier de l'usine de Casale Monferrato de 1946à1979. Habitante de cette même localité, Piera Barbonaglia, âgée de 67ans, qui a perdu son mari il y a dix ans, estime que «c'est une grande satisfaction, une décision historique pour tous car on produit encore de l'amiante dans le monde». Aurelio Lussu, 44 ans, qui a perdu son oncle, s'attendait, en revanche, «à beaucoup plus», «au moins» les 20 ans de prison requis en juillet par le procureur contre les deux accusés. Beaucoup plus virulent, son ami Luca Cavallero, 38 ans, juge même cette peine «ridicule».
23 mai 2012 à 18h15