L'exposition, intitulée «Rivalités à Venise», retrace les trente années prolifiques durant lesquelles trois peintres de générations différentes - Titien, Tintoret et Véronèse - travaillent sur des sujets similaires, souvent en concurrence. Une émulation qui crée pour le spectateur un jeu passionnant de comparaisons flamboyantes et splendides.
Le trio vénitien du siècle d'or
Les 86 chefs-d'oeuvre exposés influenceront tous les grands artistes dans les siècles suivants. Au XVIesiècle, Venise est une ville culturelle qui vit dans une atmosphère de fêtes colorées et de parades nautiques où viennent, des quatre coins du monde, des invités aux tenues somptueuses. Les reflets irisés des palais dans les eaux de la lagune inspirent les plus grands peintres. Jusqu'en 1540, Titien règne sur la cité des Doges, travaillant pour le pape et les cours princières. La peinture à l'huile, venue du Nord, lui permet d'apporter une luminosité nouvelle à ses couleurs déjà fort riches. L'artiste innove en peignant directement le modèle, sans dessins préparatoires. Peintre officiel de la République, il est attentif aux talents émergents, comme Tintoret et Véronèse. A cette époque, Titien a 50 ans, alors que Tintoret n'en a que 22et Véronèse 12. Les artistes s'observent du coin de l'oeil. Le patriarche est le modèle à suivre, mais aussi à dépasser dans l'espoir de gagner les commandes des palais et des églises, et atteindre ainsi la suprématie artistique de la Sérénissime. Les rivalités vont s'exacerber...
Une noble rivalité
L'exposition, dont le parcours est divisé en sections thématiques - nus féminins, portraits, scènes bibliques et profanes, nocturnes sacrés, paysages - révèle cette exceptionnelle émulation créatrice. Dès ses premiers tableaux, Tintoret s'impose par son audace et sa facilité d'exécution. Sa technique au pinceau est éblouissante, ses compositions d'une inventivité absolue, ses couleurs nettes et denses. En libérant sa fougue créatrice, le jeune peintre trouve le juste équilibre entre la couleur et le dessin. Quant à Véronèse, c'est le spécialiste des tons éclatants. Il multiplie les explosions de couleurs resplendissantes et gaies, qui brillent comme des lumières. Dans les Cènes qu'il peint, comme «Le Repas chez Simon», l'épisode religieux devient secondaire, les véritables sujets sont les somptueuses fêtes vénitiennes où tout étincelle: soieries, armures, bijoux... C'est le spécialiste des compositions monumentales, comme «Les Noces de Cana», qui est le plus grand tableau du Louvre (resté à l'étage dans la salle des États). On cherche vainement dans ces oeuvres la mesquinerie qui a pu contribuer à leur production. On ne voit que la beauté qui fait oublier les sournoises intrigues. Leur génie aurait-il été aussi grand sans ces rivalités?