6 novembre 2009
Arrivé à mi-parcours de son quinquennat et malgré les réformes engagées, Nicolas Sarkozy, qui avait promis la «rupture», se trouve confronté aux conséquences d'une crise sans précédent.
Le président de la République, élu le 6 mai 2007 par plus de 53% des Français, entamera samedi prochain la seconde partie de son mandat avec de lourds handicaps. Le chômage flirte avec les 10% et devrait encore s'aggraver dans les mois qui viennent, la croissance, qu'il avait promis d'«aller chercher avec les dents», est en berne, la dette publique ne cesse de gonfler, les déficits atteignent des records et même la sécurité, domaine dans lequel l'ancien ministre de l'Intérieur se targuait d'exceller, connaît des loupés.
Une cote qui chute
Après quelques mois d'euphorie dans les sondages, au tout début de mandat, le Président n'a pas depuis réussi à remonter la pente. Sa cote de popularité est demeurée obstinément en dessous des 50%, malgré une présidence européenne, au second semestre 2008, jugée «positive», même par ses opposants, et un changement de style évident. Au «bling bling» des premiers mois a succédé une certaine sobriété, surtout après son remariage, avec Carla Bruni, en février2008. Selon de récents sondages, une majorité de Français (de 50 à 58%) dresse un bilan «négatif» de son action depuis son élection. En novembre, la cote d'approbation de l'action du Président est en chute de six points (39%).
Une «ouverture» qui irrite
Les adversaires de Nicolas Sarkozy, irrités par sa politique d'ouverture, dénoncent sa pratique «trop personnelle» du pouvoir, qui lui fait parfois reléguer son Premier ministre François Fillon au rang de «collaborateur», ses «échecs», voire son «népotisme», comme ce fut le cas lors de la polémique suscitée par la candidature de son fils cadet, Jean Sarkozy, à la présidence de l'Epad. De nombreuses réformes ont pourtant été menées par un président qui avait promis le «changement»: institutions, régimes spéciaux, peines-planchers pour les récidivistes, fusion ANPE-Assedic, autonomie des universités, création d'un grand ministère de l'environnement, revenu de solidarité active (lire ci-dessous). Face à la crise, Nicolas Sarkozy s'est également lancé dans une difficile «moralisation du capitalisme financier», lente à se réaliser. Restent de gros points noirs: «le plan Marshall» promis pour les banlieues est en panne, le chômage des jeunes et des seniors demeure l'un des plus importants d'Europe.
> Le point de vue d'Hubert Coudurier
L'exonération des heures supplémentaires est effective depuis l'été 2007. Le Revenu de solidarité active (RSA) a remplacé le Revenu minimum d'insertion (RMI) le 1erjuin. Ont été réalisées la fusion ANPE-Assedic et la réforme des régimes spéciaux. La durée légale du travail est restée à 35heures avec l'instauration de grandes facilités de dérogations. L'objectif de plein emploi en cinq ans, avec «un taux de chômage inférieur à 5%», n'est plus retenu. N'a pas vu le jour le Contrat unique de travail. Ont été adoptés le bouclier fiscal à 50% ainsi qu'une large exonération des droits de succession, et la déduction de l'ISF des sommes investies dans les PME. La réforme de l'hôpital est sur les rails. Les franchises de soins non remboursées dans la limite de 50euros par an et par assuré social sont effectives. Concernant le droit opposable à la garde d'enfant, il n'y a pas de projet de loi. Sur la couverture de la dépendance pour les personnes âgées et handicapées, un débat est prévu au printemps 2010. Sur le minimum vieillesse et l'allocation adultes handicapés, a été fixé un calendrier de revalorisation de 25% d'ici à 2012. La loi sur le service minimum dans les transports a été allégée: elle améliore surtout l'information et la mise en place d'un plan de transport adapté. La loi sur l'autonomie des universités a été votée. 60% d'entre elles seront autonomes début 2010. Un plan d'urgence de 1,3milliard d'euros a été lancé fin avril pour l'emploi et la formation de 500.000jeunes de moins de 26 ans. Le projet de suppression de la carte scolaire a été assoupli. Le projet de loi sur les mineurs récidivistes de 16 à 18 ans, qui seraient jugés comme des adultes, est annoncé d'ici à l'été 2010, ainsi que le projet sur la réforme de la procédure pénale. Mesure-phare et controversée, le droit du président de la République de s'exprimer devant le Parlement réuni en Congrès a, de l'avis des constitutionnalistes, accentué la présidentialisation du régime au détriment du Premier ministre. Le nombre de mandats du Président a été limité à deux. Les pouvoirs du Parlement ont été renforcés, mais l'opposition conteste l'application. Le référendum d'initiative populaire n'a pas vu le jour. A été créé un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.
L'Elysée et Matignon ont clairement appelé Rama Yade à davantage de solidarité gouvernementale, sans toutefois montrer la porte de sortie à une secrétaire d'Etat très populaire. A 32 ans, la benjamine du gouvernement a irrité François Fillon pour s'être opposée aux arbitrages de sa ministre de tutelle, Roselyne Bachelot, sur le «droit à l'image collective» des sportifs. «On ne peut pas être au gouvernement et en opposition avec la ligne du gouvernement», a réitéré le Premier ministre, dans un entretien au Monde. Nicolas Sarkozy n'a pas davantage apprécié le dernier «caprice» de son ancienne protégée, estimant qu'elle confirmait sa «difficulté à s'insérer dans une équipe, quelle qu'elle soit». Son limogeage n'a toutefois pas été évoqué. «Si elle était écartée, cela écornerait l'image du gouvernement où elle incarne la jeunesse, la diversité et la présence féminine, autant de créneaux où le pouvoir veut envoyer des signes forts», estime le politologue Pascal Perrineau. La majorité compte aussi sur elle pour la bataille des régionales, notamment dans le Val-d'Oise, même si la jeune femme d'origine africaine, élue des Hauts-de-Seine, a renâclé devant un «parachutage ethnique». «Changer Rama Yade avant les régionales (...) ce serait une grave erreur. Elle a donc quelques mois devant elle», a confié un responsable de la majorité. Après une semaine de tempête, Rama Yade a eu droit à des «compliments». Pour le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, elle «apporte beaucoup au gouvernement» et il ne faut «sûrement pas la flinguer».
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