30 octobre 2009
La discussion du budget 2010 donne au Parti socialiste une nouvelle occasion de s'opposer à la politique menée par Nicolas Sarkozy. Michel Sapin, ancien ministre des Finances, et député PS de l'Indre, expose la stratégie de sa formation politique.
En quoi le projet de budget présenté par le gouvernement Fillon vous paraît-il inadapté à la situation du pays?
Nous refuserons de voter ce budget, et pas seulement pour le plaisir de dire non. Il n'y a, dans ce projet, aucune disposition qui soutienne véritablement l'activité économique et en particulier la consommation, qui sera le maillon faible de l'économie française dans les mois à venir avec le chômage et la baisse du pouvoir d'achat qui s'en suivra pour l'ensemble des Français. En terme de dépenses, ce budget ne comporte aucune décision qui permette à la France d'affronter ce qui n'est pas encore la sortie de crise, mais qui est encore la crise.
Concernant la taxe professionnelle, que François Mitterrand qualifiait «d'impôt imbécile», faut-il la remplacer et, si oui, par quoi?
La réforme était nécessaire. L'imbécillité de cette taxe tient à ce qu'elle frappe les industries pourvoyeuses de main-d'oeuvre (et donc directement confrontées à la concurrence internationale). Il fallait une réforme, mais fallait-il pour autant que cela coûte 12milliards d'euros financés par l'emprunt et donc par la dette? Voilà la raison de notre désaccord.
Le gouvernement a obligé les députés de la majorité à revenir sur l'amendement Migaud destiné à taxer les bénéfices des banques. Fallait-il vraiment les taxer?
La France est le seul pays où les banques ne participeront pas à la lutte contre la crise par le biais d'une contribution. Dans d'autres pays, l'État est entré au capital des banques en contrepartie de l'aide qui leur a été accordée. Et, dès lors que les banques se portaient mieux, l'État empochait la différence entre la valeur faible du capital des banques au moment de cette intervention et la valeur plus forte au moment où l'État sortait du capital. La France est le seul pays où les banques ne paieront ni d'une manière ni d'une autre. Il y a là quelque chose de tout à fait scandaleux.
