1 mars 2011
Vous revenez du plus grand sexodrome d'Europe à La Jonquera, en Espagne. Qu'y avez-vous vu?
«Là-bas, on est dans le glauque et le sordide. Il y a deux bordels. Le premier avec environ 200 jeunes femmes et le second avec une centaine. Et il y en a 5 ou 6 autres sur la route de Barcelone, avec à chaque fois entre 40 ou 80 prostituées. Ces lieux, qui ont le statut d'hôtel, sont ouverts de 17h à 5h et en continu le week-end. Aux abords de ces bordels, d'autres jeunes femmes, très jeunes se prostituent à des tarifs moins élevés. Bien souvent, elles louent les cabines des routiers stationnés sur le bord de la route. Il faut aussi savoir qu'à La Jonquera, 90% des clients sont des Français qui viennent de Perpignan jusqu'à Marseille».
Dans le cadre de la mission parlementaire, vous êtes aussi allée en Allemagne, en Suède, aux Pays-Bas... Qu'avez-vous observé?
«Le constat, c'est qu'à chaque fois que la prostitution est organisée par les pouvoirs publics, il y a un afflux de prostituées venant de pays pauvres. À chaque fois qu'on autorise, légalise ou organise le système prostitutionnel, on ouvre grand la porte au trafic d'êtres humains. À l'inverse, dans les quelques pays considérant que la prostitution est une atteinte au droit de la personne, la traite est limitée».
Comment s'organise la prostitution en France aujourd'hui?
«La police estime qu'il y a 20.000 prostituées en France, contre 400.000 en Espagne ou en Allemagne. Aujourd'hui, du fait de la loi sur le racolage passif de 2003, elles sont très peu sur les trottoirs, mais beaucoup sur Internet, puis dans des hôtels et dans des salons de massage. Tout est organisé par les mafias. Elles sont prises en charge et tournent dans les villes en y restant que quelques jours à chaque fois».
D'où viennent ces prostitués?
«Pour au moins 80% d'entre elles, de pays étrangers pauvres. Souvent d'Europe de l'Est ou d'Afrique. On leur fait miroiter un travail, on menace leurs familles restées sur place et on les oblige à rembourser des sommes qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros».
Comment souhaitez-vous voir évoluer la loi ?
«Le client est à l'origine du système et de la traite de la personne. C'est ça la réalité objective. Ce que je souhaite, c'est mettre le client face à ses responsabilités. Notre solution, c'est d'éduquer les jeunes. Fin mars-début avril nous rendrons notre rapport dans lequel nous préconiserons la mise en place d'une législation dissuasive, pour être éducative. L'idée, c'est de dire: ?Non, on n'achète pas le corps de quelqu'un d'autre. Si on le fait, on risque une amende?».
24 mai 2012 à 18h19

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24 mai 2012 à 14h33 - 2 réaction(s)