22 septembre 2009
Après cinq ans de petites phrases et de piques assassines, l'affaire Clearstream est entrée, hier, dans l'arène judiciaire avec une violente attaque du prévenu Dominique de Villepin contre le chef de l'Etat.
Dans une atmosphère survoltée, Dominique de Villepin affiche le masque de la gravité: solennel, il livre sa première charge contre Nicolas Sarkozy et stigmatise son «acharnement» à le voir sur le banc des prévenus de l'affaire Clearstream.
«J'en sortirai libre et blanchi»
L'ancien Premier ministre, costume bleu nuit, chemise blanche et cravate sombre, arrive par une porte dérobée dans la salle des Pas perdus du palais de justice de Paris et vient se poser devant une forêt de caméras et de micros, suivi par sa femme et ses trois enfants. «Je suis ici par la volonté d'un homme, je suis ici par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française. J'en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français», lance-t-il, mâchoire crispée et mains jointes, debout derrière les barrières contenant les caméras. Son épouse, vêtue d'une veste sur laquelle est représentée une colombe et inscrit le mot «paix», l'écoute, légèrement en retrait. L'ancien ministre des Affaires étrangères, qui joue son avenir politique, use de mots solennels, promettant un «combat contre l'injustice (...) et l'abus de pouvoir» en ce «jour anniversaire de la République française», en référence à l'avènement de la Première République, le 21septembre 1792. Dominique de Villepin, qui doit être jugé pendant un mois notamment pour dénonciation calomnieuse, achève sa déclaration sous les applaudissements et entre dans la salle pour rejoindre le banc des prévenus.
«Injurieux»
La gravité de l'ancien Premier ministre tranche avec la cohue qui entoure l'arrivée des autres acteurs de cette affaire rocambolesque. Nicolas Sarkozy, adversaire déclaré de Dominique de Villepin et partie civile dans le procès, est représenté par Thierry Herzog qui arrive, sans un mot. De tels propos sont «injurieux pour la Justice», répondra, quelques heures plus tard, l'avocat du Président à Dominique de Villepin, lors d'une suspension d'audience. Des échanges para-judiciaires qui augurent déjà de la violence du combat à venir. La première audience de cette affaire hors normes a été consacrée aux irrégularités de procédure, mais surtout à la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy (lire ci-dessous). Aujourd'hui se tiendront les premiers interrogatoires sur l'origine des fichiers Clearstream.
Lorient ville. Cour d'assises. 15 jours inédits au tribunal