14 février 2012
Au grand dam des opposants à l'atome, une commission d'experts a appelé, hier, à ne pas fermer prématurément des réacteurs et à prolonger, au contraire, la durée de vie du parc nucléaire français, au-delà de 40ans (comme aux États-Unis). Le rapport de la Commission «Énergies 2050», remis hier au ministre de l'Énergie, Éric Besson, a ainsi dressé un tableau alarmant des conséquences d'une réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75 à 50% vers 2030, telle que le prônent le PS et les Verts.
«Le moins cher»
Concrètement, ce groupe d'experts, dirigé par le professeur Jacques Percebois et Claude Mandil, ex-directeur de l'Agence internationale de l'énergie, estime que des fermetures prématurées feraient grimper les prix de l'électricité et les émissions de CO2, et détruiraient jusqu'à 150.000 emplois. La France doit «s'interdire toute fermeture administrative d'une centrale nucléaire», qui n'aurait pas été décidée pour des raisons de sûreté, a conclu la Commission. Elle appelle également à préparer la construction d'«un petit nombre d'EPR» (réacteurs de 3e génération) pour compenser notamment la fermeture graduelle des centrales les plus anciennes. «Dans tous les scénarios, prolonger la durée de vie des centrales actuelles, c'est ce qui reste le moins cher», a résumé Jacques Percebois. Le gouvernement a, de son côté, jugé confortée sa vision d'un maintien du nucléaire comme «socle» de la production d'électricité. Éric Besson a cependant insisté, hier, sur le fait que la décision de mettre ou pas hors service des réacteurs, au-delà de 40ans, reviendrait à l'Autorité de sûreté nucléaire, seule apte à juger de leur état. Le ministre répondait là à François Bayrou, leader du MoDem, qui avait estimé que ce «ne devrait pas être une décision gouvernementale».
«Manipulation»
D'autres experts se sont toutefois montrés sceptiques. L'économiste Benjamin Dessus, spécialiste des questions d'énergie, a vu dans les conclusions de la Commission une «manipulation» visant à éluder la question des économies d'énergie. Indignation aussi dans les rangs des écologistes. La candidateEELV à la présidentielle, Eva Joly, a estimé qu'investir pour allonger la durée de fonctionnement des centrales reviendrait à «changer le moteur d'une voiture épave plutôt que d'acheter une voiture moderne qui pollue moins». Quant à l'organisation Greenpeace, elle a jugé «malhonnête de faire croire aux Français que l'option nucléaire serait la moins chère».