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Meurtre d'Agnès. "Evaluer la dangerosité ne garantit pas le risque zéro"

21 novembre 2011

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François Fillon provoque une réunion interministérielle dans la foulée du terrible drame du Chaumont-sur-Lignon. Une affaire de récidive qui interpelle les politiques -la gauche appelait ce matin à la multiplication des centres fermés- et l'opinion publique à la recherche d'une parade absolue. Comment évalue-t-on la dangerosité d'un individu? Peut-on améliorer cette évaluation pour tendre vers le risque zéro? Les réponses de Gérard Rossinelli, président de l'Association nationale des psychiatres experts judiciaires (ANPEJ) et de  Roland Coutanceau, expert psychiatre et criminologue. 

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Sur quelles bases est aujourd'hui évaluée la dangerosité d'un suspect?
GR. L'expertise psychiatrique peut évaluer deux types de dangerosité. La dangerosité psychiatrique porte sur l'évaluation de la personne et de ses troubles mentaux. La dangerosité criminologique, notion plus récente, porte sur le risque de récidive. "Il est demandé une sorte de prédictivité. On demande à un expert de cautionner une réponse sociale", notamment depuis la loi sur la rétention de sûreté de 2008. 
RC. Ces deux dangerosités sont souvent à l'origine de "problèmes de compréhension" entre psychiatres et professionnels de la justice, note Roland Coutanceau, expert psychiatre et criminologue. Bien des psychiatres "ne répondent pas à la question de la dangerosité criminologique", car ils refusent d'"assumer cette dimension".
 
Comment évaluer cette dangerosité criminologique?
RC. Le risque de récidive s'appuie sur des causes multiples, liées à l'individu, aux circonstances, au lieu... Les facteurs de risques sont "lisibles dans le mode opératoire d'un premier passage à l'acte", car plus fréquents chez les récidivistes selon les
statistiques, explique M. Coutanceau: la victime inconnue, l'utilisation d'une arme, la séquestration, la victime ligotée ou humiliée, autant d'éléments à considérer comme des "feux jaunes clignotants", dit cet expert. Il ne va pas jusqu'à préconiser, comme certains, l'application en France des "échelles actuarielles" importées du Canada ou des États-Unis, qui
établissent des liens statistiques entre le profil d'un individu et son risque de récidive.
GR. "Certains de nos collègues un peu extrémistes estiment que les logiciels permettraient de résoudre la prédictivité. Scientifiquement, c'est tout simplement faux. Le risque zéro n'existe pas".
RC. "On n'est pas des magiciens", abonde M. Coutanceau, relevant aussi que "90% des adolescents interpellés pour
violences sexuelles ne récidivent jamais".
 
Quelles solutions?
Des dispositifs existent en milieu pénitentiaire pour évaluer la dangerosité et le risque de récidive.
RC. "Le premier défi est de repérer la minorité de sujets à risque sans les stigmatiser, puis d'être particulièrement vigilant dans leur accompagnement", estime M. Coutanceau. Enfin, "il faut chercher comment la société peut, tout en protégeant les libertés individuelles, informer l'entourage du passé de l'intéressé, toujours sans le stigmatiser", dit cet expert, favorable au "secret professionnel partagé", proposé par le ministre de la Justice.
GR. Le premier écueil est celui "d'une dérive du gouvernement ou des parlementaires", estime M. Rossinelli, qui refuse de voir les experts psychiatres, dont le nombre est tombé de 800 à 500 en quelques années, devenir des "boucs émissaires". Il préconise "une évaluation criminologique pluri-disciplinaire", avec des "centres régionaux d'évaluation criminologiques", mais met en garde contre "le risque d'enfermement de tous ceux qui ont commis des déviances sexuelles".

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