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Martinique. Des békés et des gendarmes, "c'est trop" pour le fief de Césaire

7 mars 2009

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Le bastion d'Aimé Césaire a rugi de colère vendredi à Fort-de-France : pendant quelques heures, des békés martiniquais et des gendarmes mobiles venus de métropole ont défié le quartier populaire de Trénelle avant finalement de repartir, les uns abandonnant leurs voitures, les autres sous les quolibets.

Vendredi, la tension est montée d'un cran dans l'île, qui vit depuis un mois sous le régime de la grève et du blocus économique organisés par le "Collectif du 5 février" contre la vie chère, en négociation avec le patronat. Ce dernier avait organisé vendredi une opération Molokoi, autrement dit escargot avec des véhicules, tracteurs et semi-remorques qui convergeaient de "toute la Martinique" vers Fort-de-France, selon Frédéric de Reynal, président de Banamart, premier groupement de planteurs de bananes.
La première tension a été perceptible dès le matin, quand le convoi devait gagner le centre-ville pour revendiquer le "droit de travailler". L'itinéraire devait passer devant la Maison des syndicats, siège du Collectif. 

"Nous sommes confrontés à une provocation patronale, des békés", ces descendants de colons blancs, a dénoncé Philippe Pierre-Charles, membre du Collectif. Finalement, le convoi empruntera la rocade qui contourne la ville. Mais lorsque le 4x4 d'un fils Hayot, du nom d'un des plus riches entrepreneurs békés, a voulu tout de même pénétrer dans Fort-de-France, des jeunes ont barré la route et molesté des gens. Uniquement des békés. 

Pris dans la nasse de la rocade, les chefs d'entreprise ont dû leur sortie à l'intervention des forces de l'ordre, juste à l'endroit où la voie rapide traverse le quartier populaire de Trénelle, qui abrite le siège du Parti progressiste martiniquais (PPM), la place du 22 mai (date de l'abolition de l'esclavage) et des immeubles à flanc de coteau. Entre jets de pierres et salves de lacrymogènes, Jean-Sébastien Zéphir, 25 ans et en création d'entreprise, dénonce ces patrons qui "ont adopté une stratégie de pourrissement pour que ça dégénère et que cela délégitimise la grève et ses revendications". 

"Ils ont poussé le préfet à sévir, ils vont le payer très cher", vitupère Guy Louiset, professeur de musique et figure locale. Pour lui, les "Antillais sont considérés comme moins que rien et le béké (Alain Despointes, mis en
examen pour "incitation à la haine raciale" après avoir affirmé qu'il "voulait préserver sa race", ndlr) a dit tout haut ce que pensent tout bas les technocrates à Paris". Pour JS, commercial de 29 ans, "ça a énervé encore plus la population de voir qu'ils mettaient leurs ouvriers agricoles sur les tracteurs devant alors qu'eux restaient derrière dans leur 4X4". Dont certains ont été endommagés,
un autre incendié. 

"Oser attaquer le fief d'Aimé Césaire !" Médhine Gebré, la bonne cinquantaine, est en colère. "Envoyer des lacrymos sur des immeubles avec des enfants et des personnes âgées, on ne leur pardonnera pas", murmure-t-il agitant un drapeau vert (espoir), rouge (sang versé) et noir (couleur de la diaspora africaine) symbole de la Martinique et de ses luttes. "Le passage des békés plus le passage des gendarmes mobiles, c'est trop pour le quartier" où vit une "jeunesse chauffée à blanc dans une ambiance insurrectionnelle", estime de son côté Raphaël Séminor, conseiller général du canton. Le député-maire Serge Letchimy (PPM, app. PS), natif du quartier et dauphin de Césaire, s'est interposé, négociant d'un côté l'arrêt des heurts, de l'autre le retrait des forces de l'ordre. Qui iront bientôt affronter d'autres manifestants dans le centre-ville.

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