Marine. C'est Toulon qui sera la base des SNA
Coup dur pour Brest, qui espérait, depuis des années, voir tous les sous-marins nucléaires regroupés sur sa base navale. Il n'en sera rien: le ministre de la Défense a tranché. C'est Toulon qui sera le port-base des SNA actuels et des futurs Barracuda.
Brest en rêvait. L'espoir s'est écroulé brutalement. «Hervé Morin a pérennisé la vocation de Toulon à accueillir les SNA», a confirmé hier la Marine (*) et le cabinet du ministre. Les futurs Barracuda rejoindront les sous-marins nucléaires d'attaque en service actif à Toulon.
Raisons économiques et stratégiques
«La base navale de Toulon est retenue comme port-base et port d'entretien majeur des SNA type Barracuda», peut-on lire aussi sur le site du ministère. Mais Brest ne perd pas tout! La ville aura un lot de consolation. Le ministre précise «qu'une capacité d'entretien doit également être maintenue à Brest». On comprendra que pour le bassin brestois, en terme d'emplois, ce n'est pas du tout la même chose. Pourquoi avoir renoncé au transfert des sous-marins à Brest? Pour des raisons économiques déjà, explique-t-on. A l'heure où la Marine doit se serrer la ceinture, il aurait fallu entreprendre des travaux pharaoniques à Brest et l'addition aurait été très salée. Pour des raisons stratégiques aussi. Mettre tous les sous-marins nucléaires à Brest, cela revient, souligne-t-on au cabinet du ministre, à «mettre tous ses oeufs dans le même panier», c'est dire que regrouper sur un port toutes les activités liées aux sous-marins nucléaires, c'était en faire une cible de choix. Pour des raisons opérationnelles encore, le port-base de Toulon a eu la préférence du ministre. Sa situation géographique, explique-t-on, permet aux SNA d'être au plus près des zones d'action, et d'intervenir plus vite sur les théâtres de crise. C'est la déclinaison du Livre blanc pour la Défense: «Le port de Toulon est idéalement situé pour couvrir l'axe stratégique prioritaire, allant de l'Atlantique à l'Océan Indien, via la Méditerranée», précise le texte ministériel.
Un choix politique ?
Chez les marins, on soulignait hier que la décision, sous l'angle militaire, opérationnel et stratégique, tenait en substance la route. Les politiques ne seront pas forcément sur la même longueur d'ondes! Nombre de députés bretons et d'élus brestois se sont battus pour le transfert des SNA à Brest (lire ci-dessous). Les élus de l'opposition pourront souligner que le choix de Toulon est politique: n'est-ce pas Hubert Falco, actuel secrétaire d'Etat chargé de l'Aménagement du territoire, qui est aussi le maire de Toulon? On pourra toujours dire qu'il a bien réussi à défendre son dossier et à sauver le dossier des sous-marins. «Rien de politique dans tout ça», assure-t-on au cabinet d'Hervé Morin.
(*) La Marine dispose actuellement de six SNA de type Rubis en flotte. Les Barracuda devront être six aussi. Le premier doit être livré en 2017, le dernier en 2028. Les SNA actuels, qui auront navigué autour de 35 ans, seront donc progressivement remplacés par les Barracuda
Brest: coup de froid pour un port qui s'essouffle
Cette décision souffle le froid sur la ville de Brest qui attendait ces sous-marins toulonnais comme un véritable ballon d'oxygène.
Alors que le nombre de navires militaires diminue d'année en année à Brest et n'est pas prêt d'augmenter avec l'arrivée des frégates multimissions, véritables «couteaux suisses» de la Marine du troisième millénaire, l'annonce du ministre de la Défense tranche une question largement débattue depuis une dizaine d'années et met KO les velléités des politiciens locaux, qui voyaient une opportunité pour Brest de concentrer l'ensemble des forces sous-marines françaises. Cette décision balaie définitivement les espérances de renforcement du potentiel militaire brestois. Des Brestois qui pourtant fondaient de beaux espoirs depuis l'installation des bureaux parisiens de la Force de dissuasion (Fost) à Brest depuis le début des années 2000.
Tino Kerdraon: «Un choix incompréhensible»
«C'est une catastrophe pour le bassin d'emploi brestois», déplore l'ancien député PS Tino Kerdraon, qui fut membre de la commission de la Défense à l'Assemblée. Il n'avait pas ménagé ses efforts sur le dossier. «A part l'argument des théâtres d'opération plus proches de la Méditerranée, tout jouait en faveur de Brest en matière de logique et d'organisation industrielle. L'expérience et le savoir-faire accumulé de l'Ile Longue était un argument en béton. Les projets d'infrastructures portuaires pour la base navale brestoise étaient importants, en plus de la charge de travail qu'aurait générée l'activité et le plan de l'entretien de ces six nouveaux sous-marins nucléaires.».
Marguerite Lamour: «Pas les plus mal lotis»
La députée UMP Marguerite Lamour, actuellement membre de cette même commission, estime au contraire que Brest est loin d'être la plus mal lotie à la lumière des efforts de réorganisation militaire engagés. «Nous disposons de la plus forte base de défense expérimentale de France et il n'y a pas de diminution du plan de charge ou de moyens pour Brest.»
Patricia Adam: «Brest perd sa force»
Faisant partie de la même commission, la députée PS Patricia Adam, regrette, elle, que les députés UMP (Lamour et Ménard) aient aussi peu défendu les arguments brestois. «Ce n'est un secret pour personne. Brest offrait la solution la plus économique dans le regroupement des forces sous-marines. C'est évidemment une décision politique qui a primé. Brest a déjà perdu son potentiel de construction neuve, le port perd progressivement les capacités qui ont fait sa force. Plus de porte-avions nº2, pas de BPC: on attendait beaucoup de cette nouvelle charge de travail et des infrastructures qu'il aurait fallu bâtir pour accueillir ces six sous-marins.»
4 réactions
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duve...
Brest doit réagir
Brest, ,40 ans que j'ai découvert cette ville
Brest où j’ai réalisé une partie de ma vie et pour rien au monde je n’envisage de la terminer.
J’adore pourtant ma région et ma ville, que je trouve belle malgré tout ce que l’on peut en dire, mais j’ai le sentiment que Brest est une ville en train de mourir.
Elle meurt par manque d’ambition et de vision malheureusement. Les gens qui y vivent y ont toujours vécu. Ils ne connaissent rien d’autre et se contentent d’une nouvelle salle de spectacle ou de regarder le magnifique site du port de plaisance et de commerce totalement sous-exploité et encombré de bâtiments industriels en décomposition. Aucune vision. Que reste-t-il à Brest ? La marine est partie et l’arsenal va fermer. L’industrie est inenvisageable surtout avec l’écotaxe qui va frapper les routes bretonnes. Brest ne pourra pas rivaliser avec les autres villes sur ce point. Ifremer et compagnie ne font vivre qu’une poignée de personnes.
Il reste, il me semble, une situation exceptionnelle, une côte magnifique, une expérience différente et la mer. Alors le tourisme, pourquoi pas. Les gens vont bien en Irlande ou en écosse, et il ne fait certainement pas beau. Mais pour cela, il faut montrer que Brest est une ville qui bouge, qui vaut la peine de s’y déplacer. On s’acharne à peindre les bâtiments en couleurs grises, crème et déprimantes. Je ne sais pas qui est le coloriste de Brest, mais quelle tristesse…
Quant au port, au mon dieux ! Le site est exceptionnel, la rade est un plan d’eau incroyable, et rien n’est fait pour valoriser cela. Des bâtiments accueillant des entreprises ??? Soyons sérieux, il faut créer des logements, des commerces, des zones piétonnes, des cafés et des terrasses. Tout le monde rêve de vivre les pieds dans l’eau à 15 minutes du centre ville. Mais non, des entreprises classées Cévézo, c’est tellement mieux, après tout, on ne peut pas les mettre ailleurs. En plus la plupart des bâtiments ne semblent pas entièrement occupés. Et ces magnifiques grues, ces bâtiments en décomposition… Quel gâchis !! J’ai vécu dans beaucoup de villes différentes et maintenant j’ai vraiment le sentiment que Brest n’a aucune ambition et ne fait qu’additionner de petits projets dont l’utilité semble souvent douteuse. Le nouveau projet à recouvrance semble intéressant mais par manque d’argent aucun pont ne reliera ce nouveau centre et le centre ville. Cela risque donc de rendre le projet moins attractif. Quant au tram, j’avais 35 ans la première fois que l’on en a parlé et j’étais très enthousiaste, mais les brestois avaient dit non. Depuis, Rouen, Bordeaux, Nantes et toute une pléiade de moyennes et grandes villes se sont dotée d’un tram ou l’on modernisé. Brest est encore à la traine.
Le bilan, c’est que moins de gens veulent vivre à Brest, et que les budgets permettant de faire évoluer la ville au même niveau que les villes françaises et européennes de même envergure s’en vont également. Il faut donc vite se secouer, regarder un peu plus loin que l’horizon brestois et oser !! Brest et les brestois doivent enfin oser être fiers d’être brestois. Moi je le suis et je suis fière que quelque soit la nationalité des gens que je rencontre, tous savent où est Brest sur une carte et tous trouvent cette région magnifique. Il suffit des les inviter au voyage.
Ajouté le 23 février 2009 à 11h50
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riwallen
nouvel avenir
Une page est tournée avec la marine nationale ; Brest se doit de développer son formidable potentiel maritime autrement et les atouts ne manquent pas. A la population de forger son avenir,d'exiger du savoir-faire et de l'action de la part de ses élus. D'autres villes se sont reconverties en mieux à travers l'Europe.
Ajouté le 22 février 2009 à 17h11
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cape...
logique !
argumenter des raisons stratégiques et économiques tient la route dans ce choix :
effectivement Toulon est mieux placé que Brest stratégiquement parlant, comme vous l'expliquez, et il est inutile d'avoir fait l'école de guerre pour comprendre.
économique également pour les raisons que vous évoquez, puisque les structures sont déjà existantes, il faudra juste les mettre à jour, le savoir faire est également présent à Toulon et déménager tout ce beau monde : hommes matériels et savoir faire couterait une fortune.
Reste l'aspect politique, qui à mon sens n'est pas neutre, mais c 'est juste la cerise sur le gâteau pour monsieur Falco et je pense qu'il ne faut pas y attacher plus d'importance que cela.
A Brest la force océanique stratégique, à Toulon la force tactique les rôles sont, me semble t'il, bien répartis.
quoi qu'il en soit voila enfin un serpent de mer, qui se termine.
il va donc falloir se pencher sur d'autres projets et les mener à bien. le jour ou les brestois comprendront que leur salut ne viendra pas que de l'arsenal, le jour ou ils comprendront que cette époque est là est terminée(elle l'est depuis le départ des gros bâtiments en 1976) le jour ou ils comprendont que l'avenir à Brest ce n'est pas l'économie d'état, mais la capacité à faire venir des entreprises, à creer des entreprises civiles etc ils auront alors compris que le monde a changé et eux avec.
Brest a du potentiel en terme d'industrie nautique de service nautique etc etc encore faut il le développer, se battre pour l'obtenir en développant une politique cohérente, d'ouverture intellectuelle, et en cessant de revendiquer l'exception brestoise du bout du monde avec ces particularités tant affirmées et ces exceptions qui viennent toujours confirmer la règle.
kenavo
Ajouté le 21 février 2009 à 10h08
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agri...
Brest mal défendue.
Depuis plusieurs annnées les industries militaires navales périclitent. Espérons, sans trop y croire, que le coûteux tramway règlera tous les problèmes.
Brest n'a pas de responsable politique de premier plan et on paie chèrement le désistement de JY Le Drian comme ministre de la Défense.
Dans un autre domaine lié à la Défense, citons le honteux scandale des essais nucléaires . Nos parlementaires n'ont pas suffisamment appuyé ce dossier sensible pour ne pas "agacer" le Président de la République. Il aura fallu l'initiative parlementaire de Christiane Taubira, Paul Giaccobbi, Patricia Adam...pour amener le ministre H Morin à promettre enfin, une loi de reconnaissance et d'indemnisation avant l'été 2009 (cf sa déclaratrion à l'AN le 27 novembre 2008)
Comble de "malchance", le Médiateur de la République saisi par l'ANVVEN basée à Bohars, vient de faire une proposition intéressante en date du 9 janvier 2009, qui va au-delà des modestes demandes présentées par les associations de défense des vétérans. Le ministère de la Défense préparerait en grande discrétion, un texte a minima; une coquille vide. C'est vrai qu'on sait en France, trouver des fonds pour financer tout et n'importe quoi, mais jamais un euro pour dédommager ceux qui sont morts pour avoir doté la France de "l'assurance vie de la Nation" (N Sarkozy à l'Ile Longue, été 2007).
Pourquoi ne pas taxer AREVA sur les juteux contrats passés à l'exportation? Les vétérans ont joué un rôle de cobaye dans le développement de l'énergie électrique d'origine nucléaire.
Ajouté le 21 février 2009 à 08h14