23 octobre 2009 - 8 réactions
Jean Sarkozy, fils cadet du chef de l'Etat, a annoncé, hier soir, qu'il renoncerait à briguer la présidence de l'Epad, établissement public de La Défense, refusant une «victoire entachée de soupçon». Voici les réactions recueillies après son intervention télévisée.
> Le point de vue d'Hubert Coudurier
«Je serai candidat au poste d'administrateur de l'Epad mais, si je suis élu, je ne briguerai pas la présidence» de cet établissement, a annoncé, hier soir sur France 2, Jean Sarkozy, 23 ans, dont l'arrivée programmée à la tête du plus grand quartier d'affaires européen avait soulevé une tempête médiatico-politique. Le fils du chef de l'Etat devrait être élu, aujourd'hui à Nanterre, représentant des Hauts-de-Seine au conseil d'administration de l'Epad par la majorité UMP-NC du conseil général, étape précédant l'élection à la présidence de l'Epad, prévue le 4décembre, en remplacement de Patrick Devedjian, atteint par la limite d'âge.
«J'ai fait le choix de la raison»
«Je ne veux pas d'une victoire qui porte le poids d'un tel soupçon», s'est justifié Jean Sarkozy, en évoquant les accusations de «favoritisme» et de «passe-droit» portées dans cette affaire. «J'ai fait le choix de la raison», a-t-il souligné, après avoir dénoncé une «campagne de manipulation et de désinformation». «Depuis plusieurs jours, il y a beaucoup de choses qui ont été dites, beaucoup d'excès, beaucoup de caricatures, beaucoup d'outrances, mais il y a du vrai aussi», a-t-il dit, ajoutant: «J'ai beaucoup écouté, j'ai beaucoup réfléchi».
Les moqueries dans le monde entier
Alors que les accusations de favoritisme et de népotisme ainsi que les critiques sur sa jeunesse et son inexpérience fusaient de toutes parts, il avait assuré le 14octobre qu'il irait jusqu'au bout et ne retirerait pas sa candidature. Le Président Sarkozy avait lui-même confié qu'il ne «céderait pas à la pression médiatique», qu'il ne «lâcherait pas» avant d'expliquer le 16octobre qu'à travers son fils, c'est lui qui était visé. Jean Sarkozy s'est tout de même défendu: «Ma candidature était pleinement légitime». «J'ai beaucoup appris dans cette épreuve», a-t-il assuré. Le président du groupe UMP-NC au conseil général des Hauts-de-Seine a reconnu avoir consulté Nicolas Sarkozy. «Si la question que vous me posez, c'est: est-ce que vous en avez parlé au Président, non. Est-ce que j'en ai parlé avec mon père, oui». «Il est comme tous les pères et je suis comme tous les fils. Et naturellement, dans des moments qui sont difficiles, nous parlons ensemble.»
Ambitions politiques intactes
Même s'il assure qu'il ne «court pas après les honneurs», Jean Sarkozy a toutefois prévenu qu'il n'avait pas perdu pour autant sa «vocation politique». «Je mènerai des combats dans les années qui viennent devant les électeurs», a-t-il dit, sans préciser la nature de ses ambitions. Le porte-parole adjoint de l'UMP, Dominique Paillé, a salué «le courage et l'abnégation de Jean Sarkozy». «Je suis convaincu que les Français ont pu vérifier son sens de l'intérêt général, sa stature et son talent.» Selon Benoît Hamon, porte-parole du PS, «le président de la République a demandé à son fils de renoncer à une fonction pour laquelle, manifestement, il n'était pas prêt» et relevait «du favoritisme évident».
Le journal Le Monde, du vendredi 23 octobre, rapporte que, si Jean Sarkozy a renoncé à briguer la présidence de l'Epad, c'est avant tout pour ne pas froisser l'électorat de son père. En effet, selon le quotidien, l'Elysée commande de nombreuses enquêtes d'opinion, où "Jean Sarkozy est un sujet majeur de mécontentement parmi les électeurs UMP".
Jean-Christophe Fromantin. Le maire DVD de Neuilly-sur-Seine : "Les deux dernières semaines m'ont rappelé la campagne de (David) Martinon à Neuilly pendant les municipales de 2008". "Comme la candidature de David Martinon, celle de Jean Sarkozy n'avait pas de sens, il n'y avait pas de projet dans les débats. Il était temps d'arrêter ce cirque qui n'avait aucun sens, ni logique ni fondement". "Nous avons assisté à une polémique surréaliste. Tout s'est focalisé sur un homme, mais, critiques ou soutiens, personne n'a parlé du projet".
Hervé Marseille. Le conseiller général des Hauts-de-Seine (Nouveau Centre) : "Ce candidat dont on disait qu'il était trop jeune, qu'il n'avait pas assez d'expérience, a donné là une belle preuve de maturité, en disant qu'il avait tiré des conséquences, et qu'il ne voulait pas voir la situation empirer". Il était face "à une interdiction médiatique d'être candidat".
Thierry Solère. Vice-président UMP du Conseil général des Hauts-de-Seine et proche de Jean Sarkozy: "Il y a une partie de l'opinion publique, manipulée par l'opposition, qui réagissait mal à sa candidature à la présidence de l'Epad. Donc, il a fait preuve de maturité et de sa capacité à écouter l'opinion, et il a pris ses responsabilités". "Nous, conseillers généraux des Hauts-de-Seine avons fait confiance à Jean Sarkozy. Il est légitime, en tant qu'élu du département. Mais on a asisté depuis plus de dix jours à une campagne de dénigrement contre Jean Sarkozy".
Marine Le Pen (FN). La vice-présidente du Front national (FN),
Marine Le Pen, a affirmé que Nicolas Sarkozy avait compris que son "attitude de mépris et de cynisme" ne "pouvait plus durer", après l'annonce du renoncement de son fils au poste de président de l'Epad. "Je crois que Nicolas Sarkozy commence à se rendre compte que son attitude de mépris et de cynisme à l'égard de l'indignation légitime qui avait saisi le peuple ne pouvait plus durer".
"Il recule sur la nomination de son fils. Cela démontre que quand les Français se font entendre, ils peuvent influer sur un pouvoir qui se prend pour monarchique", a-t-elle ajouté.
Brice Hortefeux. Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, a affirmé que Jean Sarkozy, en renonçant à briguer la présidence de l'Epad, a pris "une décision courageuse et d'apaisement".
Selon lui, "on ne pouvait imaginer" que la candidature du fils cadet du chef de l'Etat à la présidence du plus important quartier d'affaires d'Europe créerait "une polémique de cette nature". Il y a eu des "mensonges", du mépris, de l'arrogance et de la stupidité", a-t-il ajouté. Brice Hortefeux, qui est également le parrain de Jean Sarkozy, a également rappelé que "ce n'était en rien une nomination" mais une élection, à la tête de l'Epad.
Martin Hirsch. Le Haut commissaire à la Jeunesse interrogé par RTL ce matin, a jugé que la renonciation de Jean Sarkozy à la présidence de l'Epad avait "un certain panache" et "clôt un épisode qui occultait" notamment sa politique. "Je pense qu'il a renoncé dans la dignité, ça avait un certain panache" et "je pense que ça clôt un épisode qui occultait beaucoup d'autres choses", a déclaré M. Hirsch.
Il a noté que dans cette affaire, certains ont "feint de découvrir que la politique est une affaire de famille en France comme dans beaucoup d'autres pays".
Selon le Haut commissaire, cette candidature de Jean Sarkozy "télescopait la politique de la jeunesse: c'est il y a trois semaines qu'un programme pour la jeunesse a été pris, qui s'adresse justement à celles et ceux qui sont fils de personne, qui a été pris par le président de la République", qui "lui-même a mis tout son poids face à des gens qui pensaient que c'était peut-être pas la
peine d'agir".
Isabelle Balkany. La vice-présidente UMP des Hauts-de-Seine a déclaré "n'être pas certaine qu'il faille reculer" devant "la haine", après l'annonce de Jean Sarkozy qu'il ne briguerait pas la présidence de l'Etablissement public d'aménagement de la Défense (Epad). "Je suis déçue parce qu'il ne sera pas le président de l'Epad et je trouve que nous nous privons d'un président formidable, d'ailleurs il a en administré la preuve hier soir, la preuve de la force de ses convictions, de son talent et
de sa maturité", a déclaré Mme Balkany sur Europe 1 au lendemain de l'intervention télévisée du fils cadet du chef de l'Etat. Elle a dénoncé de la part de la gauche "non seulement une campagne de manipulation mais un déferlement de haine comme je n'ai jamais vu dans ce pays" contre Jean Sarkozy.
"Je ne sais pas si j'aurais eu la même réaction" que Jean Sarkozy, a toutefois estimé l'élue du conseil général des Hauts-de-Seine qui ne lui avait pas ménagé son soutien.
Alors qu'on lui demandait si le chef de l'Etat risquait d'être fragilisé par le renoncement de son fils, elle a répondu : "Quelque part je le crains".
Frederic Lefebvre. Le porte-parole de l'UMP a estimé que Jean Sarkozy avait "fait preuve de maturité" en renonçant à briguer la présidence de l'Epad. "Je crois que les millions de Français qui l'ont écouté ont compris pour quelle raison la majorité UMP-Nouveau centre du département était derrière lui et considère qu'il a parfaitement la légitimité, la maturité, il en a fait la preuve ce soir (NDLR, hier soir), pour être candidat", a déclaré M.
Lefebvre sur France 2. "Simplement, il ne voulait pas une candidature sur laquelle pèse le soupçon, et le soupçon de favoritisme", a ajouté M. Lefebvre, qualifiant la campagne qui a été menée de "pas ragoutante, c'est le moins que l'on puisse
dire".
«Je mènerai des combats dans les années qui viennent devant les électeurs.»
