19 septembre 2009 - 3 réactions
Sénateur centriste de la Mayenne, Jean Arthuis, qui préside la commission des Finances du Sénat, propose un bouleversement de notre système fiscal, et prône la suppression de l'ISF. Il juge aussi injuste le bouclier fiscal.
Vous préconisez la suppression de l'impôt sur la fortune. N'est-ce pas iconoclaste?
Dans les circonstances actuelles, la France a perdu une partie de son potentiel de croissance. Or, la compétitivité ne s'accommode plus de la complexité que nous avons distillée au fil des années en matière sociale, fiscale et réglementaire. Nous avons un certain nombre de réformes à faire. En matière de fiscalité sur le revenu, l'ISF est un tabou de la République. Les observateurs de bonne foi, de gauche comme de droite, reconnaissent pourtant qu'il s'agit d'une singularité française nocive. Je pense qu'il est temps d'arrêter. On voit bien aujourd'hui que la France est le seul pays à pratiquer cet impôt qui a suscité des délocalisations d'activités, des délocalisations de patrimoines et qui nous a plongés dans une vraie hypocrisie fiscale.
Pourquoi vous attaquez-vous par ailleurs au bouclier fiscal?
À défaut d'avoir réformé ou abrogé l'ISF, on a inventé le bouclier fiscal. Je l'ai voté, et je m'en mords les doigts. Je pensais que le bouclier s'appliquerait aux revenus réels. En fait, il s'applique aux revenus fiscaux, c'est-à-dire à la base imposable après qu'on a déduit de la base imposable un certain nombre d'abattements, et notamment tout ce que permettent les niches fiscales. Et, comme par ailleurs, il y a des revenus qui ne sont pris en compte que partiellement (par exemple, les dividendes sont imposés après un abattement de 40%), quelle est la justice dans tout cela? On a essayé de corriger cela dans la loi de Finances de 2009, mais on a ajouté de la complexité à la complexité. Aujourd'hui, il faut avoir le courage de renoncer au bouclier fiscal, qui est un aménagement de circonstance destiné à contourner l'ISF. Et dès lors que cela entraînerait 3,5milliards d'euros de perte de recettes fiscales, j'institue une tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu à 45%.
Qu'attendez-vous de l'emprunt sur lequel travaille la commission Juppé-Rocard?
Je suis perplexe, parce que l?État emprunte chaque jour 700millions d?euros pour combler le déficit, à quoi s?ajoutent 110milliards d?emprunts antérieurs qui viennent à échéance. L?État devra donc emprunter cette année 250 à 260milliards d?euros. Si ce n?est pas du grand emprunt, cela y ressemble beaucoup. Je me dis que si on lance un grand emprunt pour procéder à de grands investissements, cela veut dire que jusqu?à maintenant on n?a pas ciblé ces grands investissements. Ce grand emprunt aurait du sens s?il s?agissait d?un emprunt civique, si la France, confrontée aux difficultés nées de la crise, faisait appel à ceux qui ont de l?argent en leur demandant, à défaut de lever des impôts supplémentaires, de prêter de l?argent. Il s?agirait d?argent que ceux qui en disposent mettraient à la disposition de l?État pour franchir ce moment difficile à des conditions d?intérêt plus intéressantes pour l?emprunteur, à savoir l?État et la collectivité nationale, que le marché.
«On a inventé le bouclier fiscal. Je l'ai voté, et je m'en mords les doigts.»
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