28 janvier 2010
Pour la première fois, le ministère de l'Intérieur a reconnu, hier, que le nombre de gardes à vue, au coeur d'un âpre débat en France, s'est élevé à 800.000 en 2009, soit davantage que les 600.000 recensées dans les chiffres officiels.
Vivement contestées
Sur France-Info, le porte-parole du ministère, Gérard Gachet, a ainsi répondu directement au journaliste Mathieu Aron, qui, dans un livre paraissant aujourd'hui, «Gardés à vue» (Les Arènes), écrit que 300.000 gardes à vue ont été «oubliées» dans les statistiques officielles. Selon lui, le chiffre total des gardes à vue en France en 2009 est de 900.000, les chiffres officiels de 600.000 - annoncés le 14janvier - ne prenant pas en compte les gardes à vue pour des délits routiers, ce que Gérard Gachet a reconnu, ni ceux de l'Outre-mer. «Il y a deux comptabilités distinctes» des gardes à vue, a fait valoir le porte-parole du ministère. L'outil statistique de la délinquance fera «mieux ressortir» à l'avenir ces chiffres, a promis Gérard Gachet, niant toute «dérive» des gardes à vue en France ou tout «chiffre noir». Et pourtant les gardes à vue sont de plus en plus contestées tant sur leur nombre que sur leurs modalités. Une présence accrue de l'avocat en garde à vue est vigoureusement réclamée par les barreaux français, en vertu d'une récente jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme. Hier, les avocats se sont montrés déterminés à poursuivre leur combat pour une plus grande présence de la défense pendant la garde à vue, à l'occasion notamment de la réforme constitutionnelle entrant en vigueur au 1ermars.
«Déjà beaucoup trop»
«Je suis très inquiet qu'on nous cache les chiffres depuis des années et que de 600.000, on arrive à un tel chiffre. C'était déjà beaucoup trop mais là, c'est encore pire», a réagi Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire). «Ça veut dire qu'il y a de plus en plus de gardes à vue injustifiées dans ce pays», a renchéri Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature (SM). «L'usage des gardes à vue, et leur banalisation, est liée à la ?culture de la performance?» de la police, a expliqué de son côté le sociologue Sebastian Roché.