France télécom. Yonnel Dervin raconte sa tentative de suicide
«Ils m'ont détruit!»: deux mois après sa tentative de suicide, Yonnel Dervin, technicien à France Télécom parle de ses souffrances, raconte qu'«il broie toujours du noir». Un témoignage bouleversant.
8septembre 2009. «L'air vaguement gêné, mon ?manager? m'annonce ma mutation d'office vers une voie de garage.» Rétrogradé! Après 30 ans de services. Lui qui était bien noté! «C'est un peu délicat à te dire mais... tues arrivé aux limites de tes capacités. Je pense qu'à ton âge, tu ne progresseras plus beaucoup.» Le travail de sape avait déjà commencé, mais cette fois, c'est le coup de poignard...
«Je sors le couteau...»
Nuit du 8 au 9septembre. Insomnie. Ces mots qui tournent et retournent dans sa tête: à 49 ans, «atteint mes limites!» Arrêter de penser... La solution: en finir. Mourir. Le scénario est élaboré «au millimètre près», explique Yonnel. «Je vais me tuer demain dans l'enceinte de France Télécom. Comme cela, tout le monde comprendra que c'est la boîte, la boîte seule qui m'a cassé». 9septembre. 8h30. Le manager présente le plan de réorganisation. Yonnel prend la parole. Il dit qu'il a pris une décision. Qu'il va la mettre à exécution. «Je sors le couteau de ma veste, le saisis à deux mains et, rigoureusement, comme je l'avais prévu, le plante de toutes mes forces dans mon abdomen.» Il s'écroule. 20novembre 2009. Dans un café parisien Yonnel Dervin raconte. La voix est calme. Les mains tremblent un peu. «J'avais décidé de partir. Je ne suis pas parti. Je n'ai pas réussi mon coup.» Physiquement, explique-t-il, «ça va». La tête, c'est autre chose. «Je suis dans une souffrance difficilement explicable.» Il ne le cache pas: il broie toujours du noir. Il est suivi par un psychiatre. Il a besoin, dit-il, de parler. Il a écrit aussi ce bouquin-thérapie.
«Nous faire craquer»
Il parle avec passion de ce métier de technicien, de la fierté d'entrer aux PTT, de la solidarité, du service public. Tout va basculer avec l'ouverture du capital, c'est la logique de l'argent qui va primer. Il raconte comment ce «rouleau compresseur» s'est mis en marche, sa descente aux enfers, le stress, les vexations, le management «à la hussarde», et l'objectif des responsables: «Nous faire craquer pour nous faire partir!». Le sentiment de n'être qu'un pion et un jour de n'être qu'un «bon à rien». Yonnel Dervin veut témoigner pour ceux qui ne se sont pas loupés, pour leurs proches qui sont restés. Pour que ses patrons reviennent «à plus d'humanité».
«Ils m'ont détruit!», le rouleau-compresseur de France Télécom, 17,50euros aux Editions Michel Lafon.
1 réaction
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fonctionnaire
A Yonnel Dervin
On est des pions depuis le jour où on a passé le concours externe d'entrée dans la fonction publique (PTT pour moi aussi). En ce qui me concerne, j'ai eu la chance de le comprendre très tôt, (à mon retour de congé maternité, c'est à dire il y a plus de 25 ans). J'étais appréciée et très bien notée, et cela n'a pas empêché, sans en avoir été avertie, de constater qu'on m'avais changé de service pendant mon congé maternité (dans la même direction). La raison professionnelle étant qu'on avait plus besoin de moi dans cet autre service. Bien que cette raison de redéploiement des effectifs puisse être justifiable, il n'en reste néanmoins pour moi, une totale surprise le jour où je suis retournée dans mon ancien service sans être au courant de quoi que ce soit. J'étais toute contente de retrouver mes anciens collègues pour retravailler avec eux. C'est seulement ce jour là que j'ai appris que je ne travaillais plus dans ce service. J'ai quand même un peu mal réagit à cette annonce, ce qui a provoqué de l'étonnement et la réponse suivante : « Ça ne change rien pour vous puisque ça n'allonge pas votre temps de trajet ». La grande désillusion actuelle à France Télécom, c'est d'avoir fait croire aux agents de FT qu'ils étaient considérés en tant que personnes et pas en tant que lignes excel dans les colonnes coûts. Grâce à ma mésaventure d'il y a plus de 25 ans, j'ai pu très tôt ne pas me faire d'illusion sur la place que j'y occupais, cela quelque soit l'appréciation de ma hiérarchie sur mes compétences. Savoir très tôt que je n'y étais qu'un pion m'a permis de je jamais croire que la reconnaissance de mes compétences pourraient me mettaient à l'abri d'un transfert sur des activités où je n'en avais aucune. C'est cela qui m'a permis aussi de partir sans regret dès que j'ai trouvé une opportunité intéressante ailleurs. Il ne faut pas se détruire à cause du travail, et il ne faut pas croire que le peu de considération date de la privatisation. Dire cela, ça donne un coupable tout fait et ça permet d'oublier que l'état ne s'est pas soucié du devenir de ses fonctionnaires lorsqu'il a privatisé France Télécom. En laissant à la nouvelle entreprise privée « FT/Orange » le soin de se débrouiller toute seule pour concilier la concurrence avec ses effectifs en surnombre par rapport aux autres opérateurs : bien sûr, cette nouvelle entreprise a mal traité le problème en ne voyant que les lignes comptables sans intégrer que sous ces lignes, il y a des êtres humains, et surtout des salariés qui ont tout donné pour leur employeur en s'illusionnant d'un possible retour par rapport à l'insertissement qu'ils y avaient apporté afin de redresser les comptes mis dans le rouge par un certain M Michel Bon. Tout ça est une réalité, cependant, il ne faut pas se détruire à cause de cela, ça n'en vaut pas la peine. Et il faut savoir que les compétences, ça ne se perd pas. Donc, si on n'en veut plus là, il faut les apporter ailleurs et être en bonne santé pour sa famille et tout ceux qui nous sont chers.
Ajouté le 21 novembre 2009 à 15h09