10 avril 2010 - 4 réactions
Une enquête a été ouverte, jeudi, suite au rapport de l'inspection du travail concernant une série de suicides à France Telecom, transmis, en février, au parquet de Paris. Ce rapport dénonçait la «mise en danger de la vie d'autrui», non retenue dans le champ de l'information judiciaire, et le «harcèlement moral» dont seraient victimes des salariés du fait des méthodes de gestion du personnel. L'enquête devrait être confiée à un juge d'instruction du pôle de santé publique de Paris qui reste à désigner.
«Harcèlement managérial»
L'inspection du Travail avait pointé, en particulier, dans son rapport, le «harcèlement managérial» dont «sont victimes les fonctionnaires, mis sur la touche, incités à changer de métier ou à quitter l'entreprise». Elle avait analysé 14 cas de «suicides, tentatives de suicides et de dépression pathologique» liés, selon elle, à la politique globale du personnel mise en oeuvre lors des restructurations depuis 2004.
«La direction alertée à plusieurs reprises»
Dans une lettre à Sud-PTT, l'inspectrice du travail, Sylvie Cattala, avait notamment rapporté que la direction de France Telecom avait été «alertée à de nombreuses reprises», entre2005 et2009, sur l'existence de «risques psychosociaux pouvant être graves» au sein de l'entreprise. De son côté, le syndicat avait déposé plainte, en décembre, contre le groupe France Telecom, son P-DG de l'époque, Didier Lombard, son directeur des ressources humaines, Olivier Barberot et son ancien directeur délégué, Louis-Pierre Wenes. Outre le harcèlement moral, l'information judiciaire ouverte par le parquet concerne également le chef «d'insuffisance du document d'évaluation des risques dans l'entreprise». Si la responsabilité pour harcèlement moral de France Telecom comme personne morale devait être retenue, il s'agirait d'une première en France pour une entreprise. Par ailleurs, «sept ou huit» autres enquêtes préliminaires sont en cours en France, ouvertes à Paris et dans d'autres juridictions, sur des cas de salariés faisant état de harcèlement moral, selon une source judiciaire. Toutes devraient être centralisées à Paris. A Besançon, une information judiciaire a été ouverte, en mars, pour «homicide involontaire» à la suite du suicide d'un salarié de France Telecom en août2009. Il s'agissait de la première information judiciaire ouverte après cette vague de suicides.
35 suicides entre2008 et2009
En2008 et2009, le nombre de suicides de salariés de France Telecom s'est établi à 35, selon direction et syndicats. Selon l'observatoire du stress et des mobilités forcées, créé par la CFE-CGC et Sud-PTT, onze salariés se sont suicidés depuis janvier.