Facs. Le risque de désaffection [Video]
Quel impact auront les grèves et les blocages sur les inscriptions en fac? A l'heure où les élèves de terminale confirment leurs voeux pour l'an prochain, les premiers chiffres indiquent que l'université pourrait pâtir de ce mouvement.
Ça semble très clair quand on discute avec les familles, on sent bien une forte appréhension pour s'inscrire à l'université. Le risque de ne pas pouvoir valider une année ou d'avoir un diplôme dont la valeur pourrait être mise en cause inquiète forcément.» Ces propos sont ceux d'Alain Collas, le proviseur du lycée Dupuy de Lôme à Lorient. Tous les chefs d'établissements ne partagent pas ce sentiment mais difficile de nier, quelle que soit l'opinion que l'on peut avoir sur les grèves et sur les responsabilités des uns et des autres dans leur prolongation, qu'elles n'auront pas de conséquences sur les inscriptions.
5.500 étudiants de moins à Rennes 2
«Les parents ne veulent plus inscrire leurs enfants dans une université où un semestre par an est perturbé»: président de Rennes2, l'université fer de lance de la contestation, Marc Gontard a été l'un des premiers à s'inquiéter des répercussions des blocages sur l'image de son université. Une université qui a déjà perdu plus de 5.000 étudiants ces trois dernières années. Cette désaffection va-t-elle s'amplifier et gagner d'autres universités? Pour l'instant, les seuls éléments dont on dispose pour répondre à cette question ce sont les voeux d'inscription émis par les lycéens sur le service «admission post-bac». Pour les 12 académies qui étaient déjà dans ce système l'an dernier -ce n'était pas le cas de Rennes- et pour lesquelles les comparaisons sont donc possibles avec 2008 les tendances semblent assez nettes: les lycéens sont 12% de moins à avoir placé la licence en premier voeu sur leur liste.
10% de plus pour les classes prépa et IUT
Pour l'académie de Rennes, les seules comparaisons possibles avec 2008 concernent les voeux pour les classes préparatoires, les BTS et les IUT. Pour ces filières, les chiffres font apparaître une tendance assez nette: 10% de demandes en plus. «C'est forcément au détriment des inscriptions en licence», souligne un proviseur. Des chiffres qu'il faut, toutefois, prendre avec précaution car ils peuvent encore évoluer, les lycéens ayant jusqu'au 6juin pour modifier l'ordre de leurs voeux. «Les filières littéraires sont les plus touchées mais cela aura aussi des répercussions sur les filières scientifiques», explique le même proviseur. Vice-président de l'UBO, Thierry Michot prend acte de ces chiffres mais fait le pari que l'université brestoise, moins touchée que d'autres par la crise, ne s'en tirera pas trop mal. Peut-être aussi en attirant des étudiants qui, dans des circonstances normales, auraient plutôt opté pour Rennes. «Lors des portes ouvertes organisées en mars nous avons accueilli des étudiants de la zone de Rennes que nous n'avions pas d'habitudede recevoir».
Faire peur?
Vice-président de l'UBS, Frédéric Bedel n'est, lui, pas inquiet. «Il faut attendre, tout ça est très complexe. On ne peut pas encore se prononcer sur les causes de tel ou tel phénomène». Etant entendu que la crise économique peut aussi expliquer certains choix. Certains députés sont moins prudents et font circuler des chiffres plutôt fantaisistes, en tout cas bien supérieurs à ceux cités plus haut. «Est-ce un message pour faire peur?», s'interroge un proviseur. Histoire de faire payer à l'université son opposition à la réforme.
«Les parents ne veulent plus inscrire leurs enfants dans une université où un semestre par an est perturbé.»
- Marc Gontard président de Rennes2
4 réactions
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melo87
Incompréhension.
Trop d'étudiants n'ont pas le sens de la mesure dans la protestation perpétuelle et les réclamations diverses et variées.En gros, une année d'études représente 180 jours de travail sur 365.Comment l'Etat peut-il permettre a un petit nombre de contestataires d'empêcher le plus grand nombre d'étudier dans le temps très mesuré qui ouvre les études annuelles.?J'ai 71 ans .A l'époque nous devions juste passer le certif a 14 ans avant d'aller travailler chez un patron 12 a 14 heures par jour..La chance des études universitaires n'était pas pour nous,mais ouverte a tous aujourd'hui.Il faut croire que l'intelligence des jeunes es-blocages de 2009 n'arrive pas a la hauteur de cette compréhension ,d'autant qu'ils n'ont même plus nos 28 mois de service militaire a faire.
Ajouté le 14 mai 2009 à 17h21
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gb
Quelle tristesse !
J'ai manifesté et fait grève à la fac en 1976 (Ah M. SOISSON et Mme SAUNIER SEÏTE!..) et je comprends tout à fait qu'on puisse ne pas être d'accord avec une réforme quelle qu'elle soit. Et la protestation et la révolte sont l'apanage de la jeunesse et la preuve de sa vitalité.
Mais jamais au grand jamais il ne serait venu à l'esprit de l'un de nous (même parmi les plus engagés) de faire perdre une année universitaire aux étudiants et à leurs familles. J'étais boursier et vivais en cité U (au BOUGUEN à BREST...) où nous vendions l'Huma Dimanche. Mes idées ont changé ou évolué...mais pas sur l'essentiel : le respect d'autrui. L'ultra minorité qui bloque RENNES 2 j'aurais bien aimé, moi fils de marin pêcheur et d'ouvrière d'usine, la rencontrer, d'abord pour voir l'origine sociale de ceux qui la composent et ensuite pour leur demander s'ils ont déjà travaillé pour payer leurs études et aider leurs parents. Je suis triste et en colère, triste vraiment, à l'heure où la vie est si dure pour beaucoup, de voir ces jeunes tourner le dos au principe de solidarité et d'entraide, mépriser la détresse de ceux qui n'auront pas les moyens de refaire une année, ou dans le meilleur des cas faire le choix délibéré de dévaloriser leur diplôme. Nous disions déjà que les gauchistes (spontex, maos et autres) étaient en réalité des petits bourgeois qui se gargarisaient de mots importés. Les étudiants au champ nous disaient-ils ! et bien moi j'y étais, pour payer mes études ! Les choses ont beaucoup changé bien sûr. Mais ce qui me frappe c'est l'individualisme forcené de ces bloqueurs qui ont manifestement oublié que la force des idées et des convictions ne donne jamais le droit du mépris, ni de leurs semblables ni de ce que les anciens (dont leurs parents) ont sacrifié en labeur pour construire le monde où nous vivons. Quelle tristesse !
Ajouté le 14 mai 2009 à 16h35
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lili
Prise de conscience
Ce n'est pas plus mal que les lycéens se rendent compte que l'insertion professionnelle de ses diplômés n'est pas une priorité pour la fac (en tout cas jusqu'à Master2).
Attention ce n'est pas une critique, c'est un constat. Au petit jeu des comparaisons, il est certain q'une personne titulmaire d'un DUT s'en sortira mieux qu'une personne titulaire d'une licence ou d'un master. Alors, message aux lycéens, les études ne sont pas une fin en soit et elles ne garantissent pas votre avenir si vous ne vous posez pas les bonnes questions, à savoir non pas qu'est ce je veux faire (démarche vide de sens), mais qu'est ce qui embauche? et ensuite au millieu de tout cela qu'est ce qui pourrait me plaire? Cela ne sert à rien de passer 4-5 ans dans une fillière version voie de garage (sciences humaines ou filières purement fac) pour aller après galérer dans la vraie vie parce qu'il n'y a pas de place en adéquation.
Ajouté le 14 mai 2009 à 13h35
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jeanot
Il faut sauver l'université
La plupart des universités se sont enlisées pendant des semaines dans un mouvement de grève et de blocus visant à faire obstacle à la mise en place d'une réforme de l'enseignement supérieur. Observons en premier lieu que la majorité des grévistes appartient aux établissements de Lettres et Sciences humaines. Les étudiants des universités de médecine, de Droit, de sciences, des IUT, se sont très peu investis dans le mouvement, voire l'ont ignoré. Quant aux Grandes Ecoles, aux classes préparatoires, aux classes de BTS, aucun phénomène de grève n'y est apparu. Ces unités sont pourtant partie intégrante du monde universitaire. Leurs étudiants manqueraient ils à ce point de sens "politique" au point d'avoir renoncé à toute critique de la réforme de l'enseignement supérieur ? En réalité, pas de "langue de bois", les Facultés de Lettres et Sciences humaines sont malheureusement devenues depuis quelques années soit une orientation "par défaut" de certains étudiants à la recherche de leur voie, soit, plus grave, les "sanctuaires" d'une minorité d'éléments bien éloignés de toute préoccupation estudiantine et de tout dessein en rapport avec un parcours universitaire. A la moindre occasion, ces établissements ont alors ont tôt fait de se transformer en tribunes d'expression de contestations du "système", souvent fort éloignées de revendications proprement universitaires.
Le résultat est dès lors affligeant, puisque les étudiants désireux de poursuivre un cursus de lettres ou d'humanités, qui peut, quoi que l'on en dise, se révéler parfaitement "professionnalisant", se voient à présent, de manière récurrente, pénalisés dans leur parcours.
A Brest, le Président de l'Université de Brest avait déclaré s'être toujours montré ferme à l'égard des "bloqueurs". En paroles certainement, il faut lui en donner acte. Mais quid des résultats concrètement ? Les "bloqueurs" on fait fi de ses propos comminatoires réitérés et ont maintenu le blocus pendant des semaines en toute impunité. Mais notons qu'à l'occasion de son agression, le Président en a appelé pour sa part et d'ailleurs en toute légitimité, aux autorités de Police et de Justice pour faire constater et obtenir réparation de son préjudice. Or en tant que Personne morale, la Faculté des Lettres et Sciences humaines n'a t'elle pas de même été bafouée et outragée par des grèves, occupations et blocus illicites et dès lors n'est t'il pas dans le rôle de son tuteur et Président de la défendre auprès des instances appropriées lorsqu'elle se trouve ainsi flétrie, comme il l'a fait pour sa propre personne ? Dès lors que les "bloqueurs" s'étaient placés ainsi dans l'illégalité la plus patente, des mesures de levée du blocus de manière ferme ne s'imposaient-elles pas ?
Mais ce n'est donc que la lassitude qui aura eu raison du mouvement. Pour certains, trop tard hélas. Pour d'autres, comme à Brest, l'année est sauvée "in extremis". Mais les autorités de l'Université ont failli à leur tâche de préservation des droits élémentaires de l'expression démocratique et de liberté de travail. Sombres perspectives si une fermeté initiée dans la légitimité n'est pas de mise dans l'hypothèse de futurs désordres procédant du même esprit. L'Université mais surtout les Unités d'enseignement de Lettres et Sciences humaines sont déjà réputées constituer des lieux peu qualifiés pour y mener des études offrant des ouvertures professionnelles. Mais en ajoutant le désordre et l'anarchie à une réputation déjà entamée, ces établissements semblent définitivement catalogués par nombre d'étudiants et de leurs parents comme à proscrire pour toute prétention à y conduire des études sérieuses. Triste réalité pour ces "temples" de la culture française qui n'acquerront, si ce n'est déjà fait, que l'image de lieux propices aux dérives antagonistes à toutes les valeurs humanistes qu'ils avaient pourtant vocation originelle à transmettre.
Ajouté le 14 mai 2009 à 06h43