23 mai 2009 - 1 réactions
Le dépôt des listes de candidats aux européennes s'est achevé hier. En attendant la composition finale qui devrait être connue lundi, retour sur les deux eurodéputés bretons sortants. Premier acte: le Finistérien UMP Ambroise Guellec.
Quel bilan faites-vous de ces cinq années au Parlement européen?
D'abord je dirais que le Parlement européen est beaucoup monté en puissance pendant cette période. Je faisais partie de la commission du développement régional, ce que l'on appelle l'aménagement du territoire en France. J'ai beaucoup entendu le discours selon lequel il faut être les plus compétitifs. C'est le discours de la Commission. C'est très bien mais je ne sais pas si ça parle à tout le monde. Il faut en plus une politique de solidarité, de cohésion économique et sociale. Le Parlement est très attaché à cela et il l'a montré.
Y a-t-il encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre cette cohésion territoriale?
Il reste des disparités entre les régions et à l'intérieur des régions. C'est ravageur pour l'idée européenne. Exemple: grâce à l'Europe, Prague a retrouvé son statut de ville prospère et riche mais, dans le même temps, à 150km, le niveau de vie est divisé par cinq ou six. Tout ça est facteur de tensions brutales.
Et la Bretagne?
C'est l'Europe qui lui a permis de se développer et de vivre. Les gens le savent. C'est pour ça qu'ici l'on croit plus à l'Europe qu'ailleurs. Mais simplement il faut que ça dure. En Bretagne, le désenclavement reste un problème. Dans le dossier ferroviaire, la bagarre a été acharnée face à la Commission. Mais ce que l'on a obtenu est un cas unique. Quand on a de vrais besoins et que l'on sait les faire valoir, l'Europe ne peut pas s'asseoir dessus.
Comment expliquez-vous alors que l'Europe ait autant de mal à se faire connaître?
On sait qu'il faut des compromis pour aboutir. C'est très satisfaisant pour le travail législatif mais, à partir de là, il est très compliqué de faire valoir les enjeux, de les expliquer. Si l'on veut que l'Europe rentre mieux dans les têtes, il faut que les enjeux politiques apparaissent plus clairement. La règle du jeu n'est pas suffisamment élaborée, surtout à 27. C'est pour cela qu'il est important que le Traité de Lisbonne entre dans les faits.
A tous ceux qui n'ont pas envie d'aller voter, que leur dites-vous?
Je leur dirais qu'en cette période de crise le vote est d'autant plus important. Qu'est-ce qui se serait passé s'il n'y avait pas eu l'euro? C'est quand les choses ne vont pas bien que l'Europe est extrêmement utile. C'est pour ça que je pense que le taux de participation sera plus élevé qu'on ne le dit.
Le débat sur le traité constitutionnel m'a beaucoup marqué. Je me suis extrêmement impliqué à la fois dans le référendum interne au PS et dans le référendum national. Ce débat a profondément divisé les socialistes français. Ensuite, c'est l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, une étape décisive dans la réunification du continent comme si le dernier grand conflit se terminait. Prenons, par exemple, la fameuse et très contestée directive Bolkestein sur la libéralisation des services: c'est le Parlement qui l'a largement transformée. Autre exemple, la directive sur les substances chimiques. Jusque-là, quelqu'un qui s'estimait malade devait en faire la preuve; aujourd'hui, c'est l'entreprise qui doit faire la preuve que le produit n'est pas nocif. ??a change tout et ça ébranle toute l'industrie chimique. Sur le temps de travail, le Parlement a dit, malgré l'opposition de plusieurs pays: on ne doit pas dépasser 48heures par semaine. C'est très important car cela va permettre une harmonisation des conditions de travail sur l'ensemble du continent. Sur la période 2006-2013, au titre des fonds régional et social, elle a bénéficié de 434millions d'euros dont 100millions pour la ligne à grande vitesse. On a plus que l'on croyait même si c'est moins qu'avant. Ce n'est pas qu'un problème de communication. La légitimité de ceux qui parlent d'Europe n'est pas d'abord européenne. Ce sont des ministres, des fonctionnaires. Et puis l'Europe n'a pas d'administration dans les ??tats. Du coup, elle est difficile à appréhender. Pourtant elle a un rôle très important dans beaucoup de domaines comme la protection du consommateur, la recherche, l'environnement, la politique agricole... Je suis obligé de faire un peu de politique. Il faut essayer de mettre encore un peu plus de social dans le Parlement car vous ne le trouverez pas dans la Commission et le Conseil. C'est d'autant plus important qu'un des grands dossiers, qui va occuper le prochain Parlement, sera la relance de l'activité.
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