21 janvier 2012
Une canne, un béret et une robe de bure: le visiteur reconnaîtra aisément les objets emblématiques de l'Abbé Pierre dans le lieu consacré à sa mémoire qu'Emmaüs ouvrira demain à Esteville (Seine-Maritime) où le fondateur de l'association est enterré.
L'appel de l'hiver 54
C'est une grande maison de briques rouges accessible par un chemin de terre, où le clinquant est banni et la récupération reine. Le visiteur longe d'abord, dans la cour, un mur d'images représentant des tentes, des cabanes et des bidonvilles, qui illustrent le combat de toujours de l'Abbé Pierre pour le logement. Puis, il pénètre dans l'espace muséographique. «Nous voulons montrer la grande simplicité de son existence mais aussi le foisonnement d'idées et le grand dynamisme qui l'animait», explique Philippe Dupont, directeur des lieux. Le parcours commence alors par une évocation du fameux appel à «l'insurrection de la bonté», au cours de l'hiver 1954, («Mes amis, au secours, une femme vient de mourir gelée...»), se poursuit avec un panorama de l'activité d'Emmaüs à travers le monde et s'achève devant la petite chambre que l'Abbé Pierre a occupée une partie de sa vie. «Ici j'ai fait mon nid», assurait-il. L'aménagement plus que sommaire est resté tel qu'il était du temps de l'abbé, adepte, selon ses mots, du «style Louis-caisses»: des planches en guise d'étagères pour contenir ses innombrables livres, un bureau en contreplaqué mal rangé, des photos jaunies dispersées sur les murs, une petite télé...
Toujours un lieu d'accueil pour les jeunes
L'ouverture de ce lieu de mémoire, qui a coûté 1,2million d'euros et a été réalisé grâce au travail de plusieurs communautés Emmaüs, n'interrompra pas l'activité de cette maison consacrée à l'accueil d'une vingtaine de jeunes en très grande difficulté. «Ce sera un lieu de mémoire mais aussi un lieu de vie où les jeunes hébergés participeront à l'animation», précise Philippe Dupont.
Il venait s'y ressourcer
Cette bâtisse, donnée en 1964 à Emmaüs par Georges Lanfry, un entrepreneur en bâtiment de Rouen, abrita une communauté de chiffonniers et le secrétariat international de l'Abbé Pierre avant de devenir, en 1972, une maison de retraite pour les vieux compagnons, puis, en 1999, ce centre d'accueil pour jeunes. L'Abbé Pierre venait se reposer et se ressourcer dans ce lieu où il recevait ministres, artistes ou grands patrons qui souhaitaient le rencontrer.