9 septembre 2009
Le fossé continue de se creuser entre régions, où les médecins sont inégalement répartis. Des praticiens moins nombreux et vieillissants: l'Ordre s'inquiète de cet alarmant constat.
Des médecins moins nombreux et très inégalement répartis sur le territoire: c'est le sombre tableau de la démographie médicale qu'a dressé l'Ordre des médecins dans son Atlas 2009, publié hier.
La Bretagne dans la moyenne
Au 1erjanvier 2009, la densité des médecins en activité en France métropolitaine s'est établie à 290,3 médecins pour 100.000 habitants contre 300,2 en 2008. Et le fossé continue de se creuser entre régions. La Picardie est parmi les moins bien loties, avec 238 médecins pour 100.000 habitants, tandis que Provence-Alpes-Côte-d'Azur (375) concentre toujours le plus de praticiens. La Bretagne, avec 306 médecins pour 100.000 habitants (activité totale), se situe dans la moyenne. Les médecins en activité «régulière», chiffre excluant les remplaçants, (199.736) «baissent pour la première fois, de 2%», souligne le président de l'Ordre, Michel Legmann, qui prévoit un «grave problème pour des spécialités en crise», comme la gynécologie. La première raison du déclin est connue: il s'agit du numerus clausus - le nombre d'étudiants admis en deuxième année de médecine - qui avait chuté de 8.500 en 1971 jusqu'à 3.500 au début des années 1990, avant d'être relevé progressivement. Mais «ce n'est que d'ici à douze ans que sortiront les médecins issus du numerus à 7.500», remarque l'Ordre, qui évoque parallèlement le vieillissement du corps médical, avec un âge moyen de 51 ans, et des départs à la retraite massifs ces prochaines années.
Les jeunes s'expatrient
L'augmentation des étudiants «ne résout rien», ajoute par ailleurs l'Ordre, qui s'inquiète de voir de nombreux jeunes s'écarter de la médecine de soins. «On en voit aussi de plus en plus aller exercer dans d'autres pays comme le Canada, où les conditions d'exercice sont meilleures», observe Michel Legmann. En France, «la médecine n'est plus attractive», juge-t-il et il déplore notamment les contraintes administratives et l'encadrement considéré de plus en plus strict de la médecine libérale par les pouvoirs publics. L'augmentation du nombre de «médecins remplaçants» (désormais 10.000) témoignerait aussi d'une réticence à s'installer. Pour l'Ordre, «les mesures d'incitation ou de coercition destinées à favoriser le retour des médecins dans les zones sous-dotées ne se révèlent pas efficaces». Quelque 20% des nouveaux inscrits sont par ailleurs étrangers, roumains pour 38%. Là encore, ils ne ne s'installent pas dans les zones déficitaires, mais en Ile-de-France et en région Paca.
Parmi les 5.000 nouveaux médecins qui se sont inscrits à l'Ordre au cours de l'année 2008, un millier vient de pays étrangers, portant le nombre de praticiens étrangers exerçant en France à un peu plus de 9.000. L'Ordre des médecins s'inquiète de la qualité de leur formation, en particulier pour les Roumains, qui ont représenté l'an dernier près de 40% des nouveaux inscrits étrangers. «Un médecin roumain gagne 400euros: s'il vient ici, il multiplie par dix, voilà l'explication», lance le président du Conseil national de l'Ordre des médecins, Michel Legmann, soulignant aussi «la tradition de francophonie existant en Roumanie». Le président de l'Ordre met en cause le système européen de reconnaissance de l'équivalence des diplômes, «basé sur le nombre d'années d'études». «Il faudra quand même, sans faire obstacle à l'Europe, se pencher sur la question du contenu, parce qu'on a eu des déboires», met en garde Michel Legmann. L'Ordre a en outre repéré «un certain nombre» de faux diplômes. Même s'ils sont présents dans presque toutes les spécialités médicales, les médecins roumains exercent pour la plupart comme généralistes, et près de 89% sont salariés, précise l'Atlas 2009 publié hier.
