4 novembre 2009 à 14h12 - 10 réactions
Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a "lancé l'idée d'un couvre-feu ciblé sur des mineurs délinquants" de moins de 13 ans, hier soir, à Paris, lors des "rencontres de Beauvau" organisées avec des élus de la majorité présidentielle. Une proposition qui fait vivement réagir, syndicats de police et de la magistrature la juge inapplicable, Martine Aubry a estimé pour sa part, sur RTL, qu'on "se moquait du monde".
"La part des mineurs (dans la délinquance) a augmenté de près de 5% en un an, pour atteindre 18%", a assuré le ministre, en ajoutant que cette délinquance des mineurs était également "de plus en plus violente, avec l'apparition d'armes blanches et d'armes létales".
La délinquance est de plus en plus jeune et se féminise
Elle est par ailleurs "de plus en plus jeune et elle se féminise", a-t-il souligné. Dans ces conditions, "je suis de plus en plus partisan d'une mesure qui aurait le mérite de la simplicité, de la lisibilité et de l'efficacité: qu'un jeune de moins de 13 ans qui aurait déjà commis un acte de délinquance ait une interdiction de sortie nocturne s'il n'est pas accompagné d'un adulte", a-t-il dit.
Un sociologue démonte les arguments du ministre
A cette affirmation, un sociologue interrogé par France Info , démonte un à un les arguments du ministre.
Le sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS explique notamment que, quand Brice Hortefeux maintient que la part des mineurs dans la délinquance aurait progressé de "5 % en un an pour atteindre 18 %", il explique que ce chiffre concerne en fait la part de mineurs mis en cause par la police et la gendarmerie, et non la progression de la délinquance des mineurs. De plus, ce taux de 18 % serait constant depuis cinq ans. Il aurait même
baissé au cours des dix dernières années, pour preuve, en 1998, la proportion de mineurs interpellés était de 22 %.
Les mineurs ne représentent que 8,6 % des condamnés en 2007
"Mieux, selon d’autres chiffres publiés par le ministère de la Justice, les mineurs ne représentent que 8,6% des personnes condamnées en 2007 (dernier chiffre publié), soit moitié moins que selon les statistiques policières. Les mineurs de moins de 13 ans, visés par la proposition du ministre de l’Intérieur, représentent par ailleurs moins de 0,3% de l’ensemble des personnes condamnées par la justice en France. On est loin des hordes sauvages dénoncées par Brice Hortefeux", ajoute le sociologue.
Il ne s'agit "pas d'une décision, c'est une réflexion"
De son côté, Brice Hortefeux spécifie qu'il ne s'agit "pas d'une décision, c'est une réflexion". Il a toutefois "posé la question: est-il normal qu'un mineur de 12 ou 13 ans qui a déjà commis des délits puisse se promener tout seul, à la nuit tombée ? Cela alimente les bandes, la violence et les trafics de drogue".
Les filles seraient aussi visées
Les garçons ne seraient pas seuls visés par cette mesure, si elle était mise en pratique, dans la mesure où "sont apparues des bandes de filles", a-t-il constaté. "Les filles sont de plus en plus impliquées dans les violences, leur part a augmenté de 10% en un an dans les crimes et délits commis par des mineurs", a observé M. Hortefeux. Ce sont particulièrement les membres des "bandes violentes" qui ont retenu son attention.
48% des des membres d'une bande violente sont des mineur(e)s
Selon les statistiques policières "48% des personnes identifiées comme membres d'une bande violente sont des mineur(e)s", a relevé le ministre de l'Intérieur. En outre, a-t-il avancé, "ces mineurs délinquants sont de plus en plus jeunes: sur les 2.500 personnes formellement identifiées" à ce jour "comme faisant partie d'une bande violente, 11% ont moins de 13 ans".
Si ce "couvre-feu" entrait en application, il s'agirait d'une mesure administrative, puisqu'il s'agirait de "permettre au préfet de décider de l'interdiction de sortie (du) mineur une fois la nuit tombée", a envisagé le ministre de l'Intérieur.
Martine Aubry, première secrétaire du PS. On "se moque du monde" alors que les effectifs de la police sont en baisse, et a souhaité le retour de la police de proximité. "Ce ne sera jamais que le 23e texte sorti par le gouvernement sur la sécurité (depuis 2002). "Ce que je crois, c'est que la sécurité est un problème global, c'est un problème de prévention", "un problème de sanctions" et "un problème de moyens notamment en hommes pour régler les problèmes", a poursuivi la maire de Lille interrogée par RTL.
Les syndicats de police. "C'est inapplicable", a déclaré à l'AFP Nicolas Comte, secrétaire général de l'Union SGP-FO/Unité police (1er syndicat de gardiens de la paix) "car le gouvernement s'est engagé dans une diminution des effectifs" de police. Alliance (deuxième syndicat de gardiens), en évoque lui aussi une "réduction d'effectifs" et une "surcharge de missions" de police. "C'est une mesure de bon père de famille qui va rassurer la population" mais "il faut nous donner les moyens", a surenchéri auprès de l'AFP Patrice Ribeiro, secrétaire général-adjoint de Synergie (deuxième syndicat d'officiers de police).
Syndicat de la magistrature. La présidente du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) Emmanuelle Perreux a dit aujourd'hui que la proposition était "totalement inapplicable".Et d'ajouter qu'il s'agit "d'une politique tout à fait démagogique qui désigne ces enfants comme des boucs émissaires". Hélène Franco, qui a été juge des enfants pendant sept ans au tribunal de Bobigny, a qualifié la proposition d'"incantatoire et de démagogique "."Comment reconnaître les enfants délinquants dans la rue?", demande-t-elle.
Frédéric Lefebvre (UMP). Répondant à Martine Aubry, le porte-parole de l'UMP, a qualifié de "non assistance à enfant en danger" la réaction de Martine Aubry."Chacun sait que des jeunes mineurs sont de plus en plus impliqués dans la délinquance et dans les phénomènes de bandes".
Les Verts. De leur côté, les Verts ont qualifié le gouvernement "d'irresponsable et aux abois" avant d'ajouter qu'il "dégainait dans tous les sens" à l'approche des élections régionales. Pour eux, les solutions résident dans la "police de proximité", "la prévention" et "l'arrêt de la fragilisation de l'Education nationale".
Le FN. Le FN a qualifié mercredi d'"écran de fumée" la proposition de Brice Hortefeux d'un couvre-feu pour les mineurs délinquants de moins de 13 ans, dénonçant un "gadget" qui démontre la "totale impuissance" du gouvernement.
Pierre Moscovici (PS). Le député PS a déclaré qu'il en avait "marre" des "manipulations" de Nicolas Sarkozy pour "chercher les voix du Front national". "Il y en a marre. C'est une manipulation par semaine. Un jour, c'est le couvre-feu, la veille, c'est l'identité nationale. Ils sont dans une dérive qui les amène à faire à peu près n'importe quoi".
Lannion. Élus. Défenseurs du tribunal et en attente d'un sous-préfet