24 septembre 2009
Daniel Cohen, historien et économiste, publie «La prospérité du vice» un livre dans lequel il met en perspective l'histoire économique et politique qui ont conduit les sociétés occidentales à la tragédie et aux crises à répétition.
En quoi la crise de 2007 est-elle différente de celle de 1929?
Cette fois, les autorités en ont compris la nature et n'ont pas commis les erreurs de 1929. C'est la raison pour laquelle on a pu sauver le système financier, alors qu'on l'avait laissé faire faillite dans les années 30; on a sauvé par ailleurs le commerce international alors qu'on avait choisi la voie du protectionnisme au moment de la crise de 29. Enfin, contrairement aux années 30, on a soutenu la demande. Un an plus tard, même si tout reste très fragile, on peut dire que les gouvernements ont fait le job. Autre différence de taille, si cette crise répète celle de 1929 dans les enchaînements macroéconomiques, elle est en réalité la première de la mondialisation. Ce qui frappe, c'est que personne n'avait anticipé le degré d'interdépendance de nos économies. On voyait bien que nous étions dans un monde financièrement, commercialement, psychologiquement très intégré, mais on n'avait pas vu l'intensité de cette intégration. La faillite de Lehman a ainsi été mal calculée parce qu'on n'avait pas prévu que la faillite d'une seule banque pouvait faire s'effondrer le commerce mondial. Or, c'est ce qui s'est passé.
On assiste à une prise de conscience de la nécessité d'une révolution environnementale. Cette prise de conscience a-t-elle une chance d'être suivie d'effets?
Tout à fait. Les gens voient désormais qu'il y a une contradiction grandissante entre la généralisation à l'ensemble de la planète de notre civilisation occidentale - une civilisation axée, vertébrée par la croissance économique, une société du toujours plus - et la limite d'un monde fini en termes de ressources écologiques. Paradoxalement, la crise financière a hâté cette prise de conscience. Le public fait un lien entre la crise financière et la crise systémique. On peut parier qu'une réaction va se produire, mais on ne peut être certain qu'elle va avoir lieu. Chacun sait ce qu'il faut faire, mais on voit les débats qui ont fait rage à l'occasion de la taxe carbone. On voit par ailleurs un Obama très vert, au moins en parole, mais il doit assumer d'autres choix, comme celui de la réforme du système de santé américain. Tout cela montre qu'il y a encore beaucoup d'incertitudes. Mais nous pressentons aujourd'hui que nous convergeons vers une civilisation unique. Nous n'avons dès lors plus le droit de nous tromper.
Malgré la crise, la situation économique ne cesse de s'améliorer. Est-ce de nature à faire triompher la démocratie partout dans le monde?
Ce n'est pas lié. L'Inde est la plus grande démocratie du monde, et ce pays compte parmi les plus pauvres. Des pays, parmi les plus riches, comme l'Arabie saoudite ne sont pas des démocraties. L'idée selon laquelle la prospérité serait un index suffisant pour établir qu'un pays passe de la dictature à la démocratie me paraît très aléatoire. On a tendance à considérer que la mondialisation serait un mécanisme tendant à faire converger tous les Etats vers notre modèle politique. Je montre dans mon livre que cela est malheureusement beaucoup plus complexe. La Prospérité du vice, de Daniel Cohen, éditions Albin Michel.
«Personne n'avait anticipé le degré d'interdépendance de nos économies.»
