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Crise. Sarkozy : de nouvelles mesures de rigueur annoncées après le G20

28 octobre 2011

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Convaincre les Français que la catastrophe a été évitée, leur expliquer la crise et les préparer à de nouvelles mesures de rigueur : c'était les principaux enjeux de l'intervention de Nicolas Sarkozy, jeudi soir à la télévision. Mais pas les seuls : le chef de l'Etat, au plus bas dans les sondages, entendait aussi se poser en garant du modèle social français dans la perspective de la présidentielle 2012. Il a ainsi annoncé qu'avec une prévision de croissance revue à 1%, de nouvelles mesures de rigueur seraient prises. Et annoncées dans une dizaine de jours. Il souhaite aussi plus de convergence avec l'Allemagne. Quant à sa candidature à 2012, Nicolas Sarkozy ne se prononcera que "fin janvier, début février".

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"Hier, on a pris des décisions importantes qui ont évité la catastrophe", a souligné Nicolas Sarkozy au début de son intervention. Rappelant, à propos de la Grèce : "Ni Mme Merkel ni moi n'étions en fonction lorsqu'on a décidé de faire rentrer la Grèce dans l'euro. Disons les choses comme elles sont : ce fut une erreur".
"Si la Grèce tombait en faillite", a expliqué le chef de l'Etat, "c'est la totalité de la zone euro qui risquait en cascade d'être emportée". Et, "Si l'euro explosait hier soir, c'est toute l'Europe qui explosait".
Il souligne que "la Grèce doit faire des efforts, les gens doivent payer des impôts, la fraude fiscale doit être combattue. Nous n'avons pas d'autre choix" que de lui faire confiance."

Si la France et l'Allemagne n'avaient pas été du même pas, "l'Europe n'aurait pas résisté", explique encore Nicolas Sarkozy. Il annonce, au passage, que des commissaires européens veilleront à ce que les engagements de la Grèce soient tenus. "Pour l'instant, précise le chef de l'Etat, les prêts de la France à la Grèce non seulement n'ont rien coûté mais ont rapporté 200 millions d'euros d'intérêts". La crise grecque a coûté 100 milliards aux banques, "et si la Grèce tient ses engagements, cela ne nous coûtera rien."

Les conséquences de la crise de la dette pour la France : "Depuis une trentaine d'années, en gros, aucun budget n'a été voté à l'équilibre", rappelle Nicolas Sarkozy. Qui explique qu'il a donc fallu emprunter sur les marchés." A tel point que le remboursement des intérêts s'élève cette année à 49 milliards d'euros". Insistant sur le fait que, contrairement à de nombreux pays européens, la France bénéficie d'un taux à 3%. Et est l'un des 5 pays à bénéficier d'un triple A. Le problème, insiste-t-il, ce n'est pas les agences de notation, c'est que "nous dépensons trop et qu'il faut travailler plus"'.

Mais l'Allemagne, elle, bénéficie d'un taux à 2,3%. Pourquoi ? "Parce que quand en 1983, on a expliqué aux Français qu'on pouvait passer de la retraite à 65 ans à la retraite à 60 ans, les Allemands faisaient le chemin inverse. Et quand en 2001, on a fait cette chose étrange, les seuls dans le monde, les 35 heures, qui ont ruiné la compétitivité du pays, dans le même temps, M. Schroeder faisait l'inverse".

A propos des banques : "Les marchés financiers en 2008 ont fait n'importe quoi : il n'y a aucune raison que les contribuables soient mis à contribution pour les erreurs des marches ou des banques". Il estime que les banques ont choqué les Français par leur bonus. Il veut que "les pratiques du passé s'arrêtent".

Nicolas Sarkozy énumère des mesures qui seront prises vis à vis des banques dans le cadre de la recapitalisation décidée la nuit dernière. "La Banque de France aura pouvoir de sanction et de contrôle" sur elles et "le gouverneur veillera à ce que la pratique des bonus et des rémunérations rentre enfin dans une pratique normale".

Séparer les activités des banques, dépôt et affaires ? Il dit qu'il a toujours été "septique" sur cette séparation. Le président rappelle la "catastrophe" des nationalisations en 1981. "Vous pouvez avoir confiance dans la solidité de vos banques", dit-il aux épargnants français.

Pourquoi faut-il aider la Grèce ? "Nous sommes interdépendants", souligne Nicolas Sarkozy. "Je dis aux Français : regardez ce qui se passe quand des pays n'ont pas fait quand il fallait les réformes qu'il fallait". Et il rappelle l'opposition qu'il a rencontrée lors de sa réforme des retraites. Il revient sur la décision des socialistes de faire passer la retraite de 65 à 60 ans. "Ce sont les générations suivantes qui le paient". Sa réforme, elle, "a protégé les Français". S'il n'y a pas eu de baisses de salaires en France, contrairement aux voisins européens, c'est "grâce aux mesures qui ont été prises".

Crise de la dette : les conséquences pour la France
Nicolas Sarkozy revient sur les pays émergents qui ont eu une stratégie commerciale agressive. "Nous n'avons pas voulu regarder la réalité en face". Mais il ne veut pas passer d'un excès à l'autre : "si vous voulez garder votre modèle social (santé, emploi, retraite), il faut accepter de prendre les mesures courageuses", comme cotiser plus longtemps pour la retraite : "l'affaire des 35 h a été une folie payée par les ouvriers et les salariés les moins payés car il y a eu des délocalisations et pressions sur les salaires".

"La ligne stratégique est claire : le travail, l'innovation, l'investissement, la formation". Nicolas Sarkozy rappelle sa mesure sur les heures supplémentaires.

Réduction de notre déficit : le chef de l'Etat défend sa mesure de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux : "entre 1990 et 2007, il y a eu plus d'un million de fonctionnaires en plus, ce n'est pas raisonnable. J'en ai supprimé 150.000 sur la durée de mon mandat."

"Moins d'assistanat, et plus d'investissement, c'est la martingale". La France et l'Allemagne vont se rapprocher "pour aller ensemble à la conquête des marchés".

"Il n'est pas possible, dans un monde ouvert, de continuer à recevoir des produits de pays qui font du dumping monétaire et social", estime Nicolas Sarkozy. Il souligne qu'à son avis, "le protectionnisme, c'est une très mauvaise chose", et "il n'est pas question de barrières douanières". En revanche, il veut aller vers la réciprocité. Il souligne aussi qu'il va "falloir changer notre politique commerciale vis-à-vis d'autres parties du monde". "L'Europe ne peut plus être la grande naïve" des échanges commerciaux. 

Budget de la France : Il annonce que la prévision de croissance pour le budget est revue à 1% pour l'année prochaine, comme l'Allemagne. Il faut trouver 6 à 8 milliards d'économie. Il annoncera les mesures dans une dizaine de jours.

Pour compenser la révision à la baisse de la croissance, il va demander à son gouvernement de prendre des mesures mais en nombre limité et à condition qu'elles renforcent la compétitivité. "Nous annoncerons des mesures après le G20", c'est-à-dire dans une dizaine de jours. Il est contre l'augmentation généralisée de la TVA, ce qui serait "injuste" : "ça pèserait sur le pouvoir d'achat des Français".

"Le budget de l'année prochaine sera le premier de l'histoire de la République qui diminuera. L'objectif, c'est de diminuer la dépense publique." Donc, il faut plus de fonctionnaires qui sortent qu'il n'en entre.

Il s'explique sur des propos qu'il a tenus sur les fonctionnaires, dont il a auparavant souligné la compétence et l'honnêteté. Mais il souhaite aussi  "que la solidarité n'aille pas à ceux qui ont le plus de capacité de nuisance". Nicolas Sarkozy rappele qu'il n'a pas cédé à la rue pour les retraites et les universités. "Ceux qui réclament le plus" ne sont pas forcément ceux qui en ont le plus besoin. Il insiste cependant sur la revalorisation du salaire des enseignants : "des enseignants moins nombreux mais plus payés et plus respectés."

Convergence avec l'Allemagne : le président évoque une harmonisation sur les impôts sur les sociétés, les taux de TVA, la fiscalité du patrimoine... Le début d'une sorte de fédéralisme ? "Il n'y a pas assez d'intégration économique dans la zone euro, entre les 17, et trop entre les 27".
Le président de la République souhaite que la France et l'Allemagne soient "au coeur de l'Europe le poids lourd de l'économie". "Nous allons faire converger, Madame Merkel et moi, l'économie allemande et l'économie française".

Nicolas Sarkozy souhaite aller vers une réindustrialisation. "La rupture de compétitivité dans tous les secteurs ? Les 35 h", accuse-t-il de nouveau.

Les Chinois ? "S'ils veulent placer leur argent dans l'euro, c'est qu'ils ont confiance dans l'euro".
Nicolas Sarkozy estime que l'indépendance de l'Union européenne "ne sera en rien remise en cause" par des investissements chinois dans la zone euro.

Les affaires : Nicolas Sarkozy est ensuite interrogé sur l'actualité française. Et notamment les soupçons de financement illégal de la campagne de Balladur.  "Je trouve particulièrement odieux qu'on utilise la douleur de familles au service d'intérêts politiciens, de magouilles et, pour tout dire, dans la volonté de salir les gens". Il s'indigne et rappelle toutes les affaires "qui se sont terminées par des non-lieux". "La transparence, je suis d'accord, la calomnie, non". Il estime que Nicolas Bazire est "profondément honnête", et que de sa mise en cause dans le volet financier de l'affaire Karachi "il ne sortira rien".

Sa candidature en 2012 ? "Vous vous êtes des commentateurs,vous commentez, moi, les Français m'ont désigné, je suis un acteur, je dois agir". Il ne veut pas réagir aux sondages et à sa baisse de popularité. "J'ai un travail de Président à faire. Je dois protéger les Français." Etre candidat et président ? "En ce moment, non, ce n'est pas possible. La question sera tranchée fin janvier début février." "M. Mitterrand, lorsqu'il a été candidat en 1988, il l'a été quelque part au mois de mars. M. Chirac, lorsqu'il a été candidat en 2002, l'a été en février", a rappelé le chef de l'Etat.

>> Présentation de l'émission

"Pédagogie et décryptage" : selon un proche du chef de l'Etat, ce devrait être la ligne directrice de l'intervention de Nicolas Sarkozy pour son "grand retour" médiatique, après huit mois de discrétion.

Quelques heures après la conclusion d'un accord européen présenté comme "décisif", le président de la République sera à 20 h 15 sur TF1 et France 2. Pendant plus d'une heure, installé dans son "bureau d'été" de l'Elysée, il répondra en direct aux questions de Jean-Pierre Pernaut et d'Yves Calvi.

La majorité salue la contribution "décisive" de Sarkozy
Comme il l'a fait dès aujourd'hui, au petit matin, Nicolas Sarkozy devrait d'abord insister sur l'importance de l'accord conclu à Bruxelles. Objectif : convaincre les Français que la "catastrophe" a été évitée.
"Nous avons adopté les éléments d'une réponse globale, d'une réponse ambitieuse, d'une réponse crédible à la crise que traverse la zone euro", a-t-il résumé.
Sa majorité ayant assuré dans la matinée le service après-vente en insistant, à l'instar de François Baroin, sur la contribution personnelle "décisive" du président français.

Sapin s'inquiète que l'Europe aille "faire la quête en Chine"
Mais ce soir, les journalistes l'interrogeront peut-être, aussi, sur les reproches de la gauche, par exemple d'avoir cédé face aux exigences de la chancelière allemande Angela Merkel. Ou d'être allé "faire la quête en Chine", comme s'en inquiétait le député PS Michel Sapin.

Quelles conséquences pour la France ?
Le sommet, et après ? Au-delà des décisions prises par les chefs d'Etat cette nuit à Bruxelles, Nicolas Sarkozy est très attendu, à présent, sur les inévitables retombées "françaises" de la crise de la dette. Sur fond de montée en flèche du chômage, le gouvernement a déjà fait savoir qu'il réviserait prochainement sa prévision de croissance pour 2012. Et ouvert la porte à un nouveau plan de rigueur. Augmentation de la TVA, réduction des dépenses sociales ? Le débat divise déjà la majorité.

Se poser en rempart avant 2012
Quels seront les choix du gouvernement pour conserver le fameux "triple A" de la France ? Le chef de l'Etat, ce soir, devrait expliquer l'importance des enjeux, mais a priori, il ne devrait pas annoncer pas les réponses concrètes qu'il compte y apporter.
Mais, englué dans les profondeurs des sondages à un peu plus de six mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy entend bien se poser en garant du "modèle social français". "Je suis persuadé que les Français savent que le monde est dur et qu'on ne peut pas s'exonérer de la réalité", avait-il souligné encore cette semaine lors d'un déplacement dans l'Aude.

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