30 septembre 2009
Le grand jour pour Dominique de Villepin. Pour la première fois depuis le début du procès Clearstream, l'ancien Premier ministre va s'expliquer à la barre.
> Un procès ravageur pour la droite, par Hubert Coudurier
Après avoir dénoncé au premier jour du procès, entouré de sa famille, «l'acharnement» de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin, le seul des cinq prévenus à entrer dans la salle d'audience par une porte dérobée, est pour l'instant resté très discret au cours des débats.
Toujours élégant et souriant, l'ancien Premier ministre est assis à l'extrême gauche du banc des prévenus, près du faussaire présumé Imad Lahoud. Attentif aux débats, il ne cesse de prendre des notes et ne relève que rarement la tête. Mais pour lui, le grand jour approche: il sera soumis aujourd'hui au feu roulant des questions du président Dominique Pauthe, du procureur et des avocats des parties civiles.
Que lui reproche la Justice? Dominique de Villepin est renvoyé en correctionnelle pour complicité de dénonciation calomnieuse et d'usage de faux, ainsi que pour recel de vol et d'abus de confiance. Il «s'est délibérément engagé, aux côtés d'Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, dans un processus frauduleux», ont estimé les juges d'instruction Jean-Marie D'Huy et Henri Pons dans leur ordonnance de renvoi.
«Rivalité politique»
Selon eux, ce serait «dans un contexte de rivalité politique avec Nicolas Sarkozy» que l'ancien Premier ministre aurait «donné pour instruction» à Gergorin de transmettre à la Justice les fichiers dont il connaissait «l'origine frauduleuse et la fausseté», le tout «en manifestant à plusieurs reprises son souci de ne pas apparaître». Des accusations qualifiées d'«absurdes» par Dominique de Villepin.
Une telle démarche était facilement «traçable» et ne pouvait rester secrète, selon lui. Mais les juges ont notamment appuyé leur thèse sur les auditions de Gergorin, un ancien proche de Villepin: l'ancien vice-président d'EADS affirme l'avoir rencontré à plusieurs reprises entre avril et juillet2004 et reçu pour consigne de communiquer les listings à la Justice.
Les carnets du général Philippe Rondot, saisis au cours de l'enquête, ont également fourni de la matière aux enquêteurs en faisant par exemple état, dans un compte rendu de la réunion du 9 janvier 2004 dans le bureau de l'ancien ministre des Affaires étrangères à laquelle participait Gergorin, d'une «fixation» sur Nicolas Sarkozy.
«Complice» par abstention
Le parquet de Paris avait, dans un premier temps, considéré que les indices pouvant lier Dominique de Villepin à cette manipulation étaient insuffisants pour le renvoyer devant un tribunal. Mais finalement, il a jugé que l'on pouvait lui reprocher de ne pas avoir empêché la poursuite des envois des fichiers à la Justice, alors qu'il en connaissait le «caractère mensonger» depuis juillet 2004. Cela en fait aux yeux du parquet un complice «par abstention» de cette dénonciation calomnieuse présumée.
