25 novembre 2011 - 3 réactions
On dit qu'il est souvent très difficile pour une femme battue de partir de chez elle, de quitter son bourreau. Est-ce aussi ce que vous ont dit celles que vous avez rencontrées?
Oui. J'ai compris que si elles restent, c'est qu'elles ne savent pas comment partir. Contrairement à certains clichés, ce n'est pas par amour qu'elles restent ou parce qu'«elles aiment ça». C'est difficile et compliqué de dire: je m'en vais. Il y a le loyer que l'on paie à deux ou le crédit qu'il faut rembourser. Certaines m'ont dit que si elles sont restées longtemps à subir les coups de leur compagnon, c'est aussi pour les enfants. Jusqu'au jour où elles comprennent que les enfants sont en fait totalement impliqués dans les violences et qu'il faut partir pour eux.
Toutes les couches sociales sont-elles concernées?
Oui, mais les femmes de la bourgeoisie ne passent jamais par les assistantes sociales. Elles sont, en fait, plus isolées que les autres. Dans les beaux quartiers, les histoires que j'ai pu entendre sont souvent plus dures . Beaucoup de familles maintiennent la femme dans sa situation parce que c'est la réputation de la famille qui est en cause. «Tu ne peux pas faire ça, c'est quand même le père de tes enfants». Alors souvent elles se réfugient chez une cousine ou une soeur pour échapper aux coups.
La prise en charge des femmes battues s'améliore-t-elle?
Oui. Les campagnes d'information ont des effets positifs et la police est de mieux en mieux formée, même si une femme peut encore être mal reçue dans un commissariat. J'ai même pu constater qu'entre la police et les associations féministes, cela fonctionne bien. Les personnes qui participent à la prise en charge de ces femmes sont très professionnelles.
On dit que c'est très long pour une femme battue de se reconstruire... .
C'est effectivement un long parcours. Au début, elles sont cassées, en miettes. Dans le foyer où j'étais, j'ai pu constater toute l'importance d'un atelier comme l'atelier couture. C'est très beau ce qui se passe entre elles. Voilà des femmes qui n'ont cessé d'entendre qu'elles étaient nulles et qui, tout d'un coup, mettent la chemise qu'elles viennent de confectionner. Elles ne sont pas ce qu'on leur a dit. Cela les aide beaucoup à se reconstruire.
Comment faire pour que les violences conjugales diminuent?
C'est une question d'éducation. Il faut arrêter d'enseigner des valeurs brutales. Et il faut cesser de vendre aux petites filles le prince charmant. Il faut leur apprendre l'autonomie. Elles réussiront mieux leur histoire d'amour si elles sont plus autonomes.
Y a-t-il des signes qu'un homme puisse devenir violent?
Ne pas voir qu'un homme est dominant, ça peut arriver à n'importe quelle femme. Mais quand un homme commence à manger l'espace de sa compagne, à contrôler ses fréquentations, ses allées et venues, qu'il disjoncte parce qu'elle rentre à la maison avec dix minutes de retard, ce sont là des signes du début de l'emprise.
23 mai 2012 à 16h35
23 mai 2012 à 11h31