17 décembre 2010
«C'est un scandale. On ferme le robinet.» Jacky Lorant, le gérant d'Émeraude Solaire, une PME malouine spécialisée dans le photovoltaïque, ne décolère pas. Ce moratoire de trois mois, c'est un coup dur. Sachant une baisse du tarif de rachat inévitable, Jacky Lorant n'avait pas pris de vacances l'été dernier pour engranger les commandes. Mais ce qu'il n'avait pas vraiment anticipé, c'est ce moratoire. Une vraie surprise. «On a travaillé pour rien. C'est 60% de nos projets qui sont aujourd'hui gelés», constate, très amer, le chef d'entreprise.
«On ne pourra rien signer pendant trois mois»
Aujourd'hui, plus question d'embaucher les 15 à 20 personnes prévues pour justement faire face à l'augmentation de l'activité. «Il n'y aura pas de licenciement, mais on ne pourra pas recruter.» L'entreprise continuera à fonctionner avec ses 22 salariés actuels. Pour les commerciaux, les trois mois qui viennent risquent d'être difficiles et financièrement délicats. «Ils ne pourront rien signer pendant trois mois parce que l'on ne sait pas comment les clients seront remboursés.» Pour le gérant d'Émeraude Solaire, ce moratoire, c'est l'arrêt de mort de certaines entreprises. «Celles qui n'ont pas un peu de boulot devant elles auront vraiment du mal à passer ce cap. Compte tenu des délais d'instruction des dossiers, il va se passer huit mois avant que certaines recommencent à poser des panneaux», pronostique-t-il.
«Ça rapportait plus que la bourse»
Ce chef d'entreprise n'était pourtant pas contre une baisse du tarif du rachat dans la mesure où le prix des panneaux a baissé. C'était aussi un moyen de freiner la spéculation. «C'était tellement juteux que certains gros investisseurs ont bloqué des milliers de mètres carrés. Ça rapportait plus que la Bourse.» Reste que les principales victimes de ces mesures ne seront sans doute pas les gros investisseurs. «Ce qui n'est pas normal, c'est que ce sont surtout les petits agriculteurs, ceux qui installent 50kilowatts, qui risquent de faire les frais de ces mesures. Pour eux, c'était un complément de revenu.»