29 septembre 2009 - 3 réactions
Privé de toute marge de manoeuvre par la crise, le gouvernement a choisi de présenter un budget 2010 en déficit record, 8,2% du PIB. Un niveau jamais enregistré qui gonflera encore un peu plus une dette déjà préoccupante.
> Les socialistes affûtent leurs arguments
Après les sourires convenus sur la photo de famille, le retour aux dures réalités. Le G-20 s'en est tenu aux symboles (bonus, paradis fiscaux) et aux dotations au FMI. Il a omis les déficits et la dette, nouveau cancer des pays riches.
Un ménage endetté aux trois-quarts
Or, la crise n'attend pas et renverse tout. Le nombre des chômeurs dépassera 57millions dans l'OCDE en 2010. Incroyable mais vrai, la dette publique mondiale atteindra 36.000milliards de dollars en fin d'année. Dans ce contexte, l'annonce, par François Fillon, d'un déficit de 140milliards d'euros pour 2009, qu'il espère ramener à 115milliards l'an prochain, pose question.
140milliards: imaginons un ménage, endetté aux trois-quarts, et qui doit emprunter la moitié de ses besoins de fonctionnement de l'année. Nous y sommes. La France, il est vrai, n'est pas un ménage et c'est pour éviter un collapsus mondialisé que tous les grands pays, sans exception, ont injecté de l'ordre de 2.000milliards d'argent public pour soutenir l'économie en déroute après la chute de Lehman Brothers.
Montagne de dépenses
Dans un monde frappé par la récession - et qui ne produit donc plus de richesse - cette montagne de dépenses publiques, cette frénésie hyper-keynésienne, ne pouvait évidemment qu'accroître le déficit et creuser la dette. Ce n'est surtout pas le moment de retirer le tapis des aides publiques, avertit le G-20 ! Sarkozy et Fillon en sont convaincus.
Moyennant quoi, notre impasse budgétaire atteint 8,2% (*) du PIB en 2009 et, peut-être autant en 2010, à des années-lumière de feu l'orthodoxie de Maastricht, qui fait toujours rêver une Angela Merkel. La France d'avant la crise était le cancre budgétaire de la classe européenne. La voici surpassée par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis où les déficits publics flirtent avec les 12%! A quel saint se fier?
On joue sur les mots
Présentant sa loi de finances 2010, le tandem Sarkozy-Fillon prétend, bien entendu, que le budget est le meilleur possible, compte tenu des circonstances. En 2009, on a donc «laissé filer les déficits afin de lutter contre la récession.» En 2010, le Premier ministre parie sur la «reprise» et met l'accent sur la compétitivité des entreprises. Comment redresser la barre? Alors qu'explose le déficit de la Sécurité sociale (24milliards cette année, au moins 30, l'an prochain), Nicolas Sarkozy refuse d'augmenter les impôts. Façon, on l'a compris, de jouer sur les mots.
Dans la tenaille
Car d'ici à 2012, les chiffres se feront de plus en plus têtus. Avec 1.400milliards de dettes, la France est déjà dans la tenaille. Le seul paiement des intérêts de cette dette coûte déjà plus que ne rapporte l'impôt sur le revenu (environ 50milliards). Le cumul 2009-2012 des déficits publics devrait gonfler la facture de près de 400milliards, pendant que les recettes se font rares du fait du chômage, de la décroissance, de la baisse de l'impôt sur les sociétés..., et des nouvelles dépenses sociales. Sans oublier le grand emprunt. Quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites, raillait le sapeur Camember.
(*) Pire que les 6,7% prévus par l'OCDE (lire ci-dessous)
