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Affaire Strauss-Kahn. Une connivence médias-politiques qui déplaît

27 mai 2011 - 10 réactions

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Le sociologue Michel Wievorka, directeur à l'École des hautes études de sciences sociales, analyse les conséquences de l'affaire Strauss-Kahn sur la société française. Celle-ci attend notamment un débat sur la moralisation de la vie politique.

Strauss-Kahn change de résidence surveillée
Les images de sa prison dorée
Des éléments qui fissurent le dossier de la plaignante ?

Un événement comme l'affaire DSK a-t-il une répercussion sur la perception de la classe politique par l'opinion ?

Une énorme répercussion. Cela a une valeur cathartique : cela dit d'un seul coup des choses brutales qui taraudaient déjà notre société. Cela alimente l'idée que le comportement privé ne doit pas être totalement contradictoire avec le comportement public; on attend une certaine moralité des acteurs politiques et aussi un discours sur la moralisation de la vie politique.

On a remarqué que beaucoup de politiques ont défendu DSK et l'ont considéré comme une victime. N'est-ce pas le signe que la classe politique française vit dans une sorte de bulle ?
Je n'irai pas jusque-là. Mais je pense que cela a effectivement donné l'image d'un réflexe («Ce n'est pas possible qu'un des nôtres ait commis une chose pareille»), le réflexe d'une élite où on se protège les uns les autres. Cela a donné l'image d'une connivence qui n'est pas simplement politique, mais aussi médiatique.

On reproche beaucoup - parfois de façon hypocrite - aux médias d'avoir occulté ce que les journalistes savaient. N'y a-t-il pas là le risque d'une dévalorisation encore accrue des médias ?
Je pense qu'un événement pareil exerce une pression sur les médias pour qu'ils traitent de sujets qui, jusqu'ici, n'entraient pas - pour de bonnes et de mauvaises raisons - dans leur propos. Il sera légitime désormais que des journalistes enquêtent sur la vie privée des acteurs de la vie politique. Cela va exercer, paradoxalement, une pression pour, d'un côté, davantage de morale dans la vie publique et, d'un autre côté, plus de connaissance de la vie privée, qui peut être, elle, immorale.

Pensez-vous que l'on va vers plus de transparence, à l'anglo-saxonne ?
Il y a une demande de transparence et d'enquêtes, ce qui ne veut pas dire qu'il y en aura davantage. On ressent dans l'opinion le sentiment qu'il y a quelque chose d'insupportable dans le fait que les journalistes ne disent pas ce qu'ils savent parce qu'ils sont en connivence avec les acteurs politiques et les communicants, et qu'ils cachent un certain nombre de choses. Tout cela crée l'image de pratiques dont les gens ne veulent plus.

On constate, en France, mais aussi dans la plupart des pays européens, une poussée du populisme. Une affaire comme celle-là est-elle de nature à renforcer ce courant populiste ?
Bien sûr ! Le populisme fonctionne sur l'idée que les gens qui sont dans le système sont de connivence, qu'ils fonctionnent la main dans la main. C'était naguère «la bande des quatre» de Jean-Marie Le Pen. C'est l'idée du «tous pourris». Cette idée trouve évidemment de quoi s'alimenter avec les événements récents.

Quelle devrait être la réponse des politiques aux reproches qui leur sont faits à l'occasion de cette affaire ?
La première réponse doit être de demander la vérité. Cette vérité passe avant la sympathie, les amitiés et les connivences antérieures. S'il s'avère que DSK est coupable, le rôle des politiques est de dire très nettement qu'ils ne peuvent accepter de tels crimes et le machisme qu'ils révèlent. Il faut aussi accepter d'aborder de front certains enjeux et, en particulier, les politiques doivent dire comment ils voient, eux, la relation entre le privé et le public. Je trouve très important que l'on ouvre des débats, et, par exemple, un débat à propos de ces politiques qui vivent avec des journalistes.

  • Propos recueillis par Philippe Reinhard

la défense de DSK dit disposer d'éléments qui pourraient fissurer le dossier de la plaignante

Les avocats américains de Dominique Strauss-Kahn ont assuré, hier, être en possession d'informations susceptibles d'«entamer gravement la crédibilité» de la femme de chambre guinéenne, qui accuse l'ancien directeur général du FMI d'agression sexuelle et de tentative de viol. Dans une lettre adressée au procureur de Manhattan, MesWilliam Taylor et Ben Brafman se plaignent de fuites émanant de la police de New York sur l'affaire auprès des médias et disent redouter que leur client ne puisse jouir de son droit à un procès équitable.

L'ex-directeur du FMI dans une maison cossue

L'ancien directeur du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a déposé ses valises, hier soir, dans sa nouvelle résidence surveillée dans le sud-ouest de Manhattan, au 153de la rue Franklin. Il s'agit d'une maison de 600m² située à Tribeca, un quartier très en vogue, où d'anciennes usines et hangars ont été transformés dans les années 90 en immeubles de lofts. Selon un site de transactions immobilières, la maison de ville compte quatre chambres, une douche à jets multiples, un jacuzzi, une salle de cinéma et des équipements de luxe. Le loyer payé par Dominique Strauss-Kahn avoisinerait les 50.000dollars mensuels. (Diaporama sur www.letelegramme.com)

Le Finistérien urvoas interpelle les services de police

Le député du Finistère Jean-Jacques Urvoas, responsable au PS des questions de sécurité, vient d'adresser deux courriers aux autorités policières après que Le Monde eut rapporté qu'une note de police relative à la vie privée de Dominique Strauss-Kahn avait été rédigée avant la présidentielle de 2007. Dans la première lettre envoyée au directeur adjoint du cabinet du ministre de l'Intérieur, le député strauss-kahnien demande si cette note a bien existé et, si oui, «ce qu'il est advenu du document». Dans le second courrier, adressé au patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), il demande s'il «existe une équipe dédiée aux "enquêtes réservées" au sein de la DCRI».
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10 réactions

  • Ben voyons !
    Incompréhensible !
    Ne penserions-nous pas que les "élus" de la république et les "nommés" aux postes responsables se devraient d'être irréprochables ? Trouvons-nous normal que des prévenus et/ou leurs avocats forment (ou déforment) l'opinion publique au sortir des prétoires et autres lieux, par voix de presse interposée ? N'est-ce pas là la preuve d'une presse "passe-plat", d'une presse "aux ordres" qu'il nous faut dénoncer ? Les discours politiques de la presse ; les discours journalistiques des politiques n'amènent il pas le citoyen à perdre confiance dans l'information et à reporter sa réflexion aux frontières de ce qui fait notre démocratie ? Les personnalités politiques se doivent, à mon sens, d'être irréprochables et intègres et c'est en ce cela qu'ils sont respectables et respectés. L'affaire DSK est dans ce sens une honte pour le monde politique comme pour le monde en général.
    Ajouté le 27 mai 2011 à 10h19
  • Job Lakebars
    Toujours d'actualité...
    Je pensais que ça n'avait plus lieu, mais si : http://www.rue89.com/2011/05/26/laffaire-dsk-sinvite-au-diner-du-siecle-et-termine-au-poste-206025 A lire aussi : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/DENORD/20132 Où se trouve la frontière entre connivence, collusion et corruption ? Il serait temps que les journalistes, les vrais, s'indignent eux aussi.
    Ajouté le 27 mai 2011 à 10h47
  • Job Lakebars
    Toujours d'actualité...
    Je pensais que ça n'avait plus lieu, mais si : http://www.rue89.com/2011/05/26/laffaire-dsk-sinvite-au-diner-du-siecle-et-termine-au-poste-206025 A lire aussi : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/DENORD/20132 Où se trouve la frontière entre connivence, collusion et corruption ? Il serait temps que les journalistes, les vrais, s'indignent eux aussi.
    Ajouté le 27 mai 2011 à 10h23
  • Job Lakebars
    Une place au soleil ?
    Le populisme, c'est décidément le mot à la mode en cette période. On chasse le "populiste" comme on chassait le communiste du temps de MacCarthy. En attendant, comment peut-on douter de la connivence qui règne dans le monde des média français ? A voir l'affluence au diner mensuel dit "du Siècle" qui se tient (ou qui se tenait) chaque dernier mercredi du mois à l'hôtel Crillon à Paris et qui regroupe le gotha du monde politico-journalistico-industriel français, on est parfaitement en droit de se poser des questions sur ce que l'on nous fait avaler à la télé, à la radio et dans les journaux... Existe-t-il encore vraiment un journalisme d'investigation désireux de faire bouger les choses dans notre pays ou finalement doit-on penser que ce que veulent ces personnes, c'est juste une place au soleil ? Mon opinion est déjà faite... et je ne voterai pas Marine pour autant... Pour info : http://www.bakchich.info/Le-diner-du-Siecle-avec-Dati-Chain,12265.html
    Ajouté le 27 mai 2011 à 09h42
  • esdras2
    Gauche.
    jacobin75. L'énorme déficit public de la France a son origine première dans le gaspillage et la gestion calamiteuse du budget de l'Etat par Mitterrand et ses ministres, pour la plupart incompétents. Avant la fin de son mandat, la France était en quasi faillitte et l'on dû faire appel à l'Arabie Saoudite pour renflouer les caisses. Jamais la France ne s'en est relevée. N'excusons pas toutes les turpitudes de la Gauche socialiste française, sous prétexte qu'elle est "de gauche" (encore que je ne sache plus très bien ce que cette expression représente aujourd'hui).
    Ajouté le 27 mai 2011 à 12h17
  • CHA29BZH
    Pas de conivence @JACOBIN75???
    Si nos politiques de tous bords n'avaient pas de connivences avec les médias et les entreprises, les affaires sortiraient d'avantage... A croire que nos politiques lavent plus blanc que blanc... Quand aux déficits, tous les partis y participent (au niveau national mais également local). Si @JACOBIN75 peut m'indiquer le nombre de communes, villes et départements qui n'ont pas de déficits, merci de le faire... la liste doit être courte...
    Ajouté le 27 mai 2011 à 10h38
  • LEON22
    " Réponse à Jacobin75 "
    Qui a fait voter une loi d'amnistie sur les financements illégaux de parti politique ? Réponse un gouvernement socialiste sous la monarchie Mittérand !
    Ajouté le 27 mai 2011 à 12h24
  • melo87
    Politiquation ?
    Cette affaire DSK ,va montrer a la France,au moins une bonne chose.Le pouvoir incontournable de l'argent face a une situation donnée.Il est certain que le poids de millions de dollars qui permet de se PAYER les meilleurs avocats du pays,voir du monde, ,fait pencher la balance de la justice ,quoi qu'on en dise ,sur l'égalité des chances.Nous allons donc suivre l'évolution de ce combat de pot de terre cuite contre le pot en or massif,qui nous a dèja démontré qu'on pouvait sortir d'un cul de basse fosse avec 6 millions de d'$ pour se loger plus a l'aise d'un un appartement élyséen a 50000 $ mensuel.Quand aux émoluments des 'Chers Maitres" on n'ose en imaginer le chiffre de peur d'en avoir le vertige.On se demande dés lors,qui vient faire la politique la dedans.
    Ajouté le 27 mai 2011 à 10h31
  • Jacobin75
    En vrac
    @ trident : vous mélangez des choses très différentes, vous en oubliez d'autres qui sont capitales, au nom d'un parti pris sarkozyste qui est très largement minoritaire en France... Le lynchage médiatique actuel de DSK ne doit pas cacher le silence qui continue à propos d'autres hommes (ou femmes) politiques, pas forcément du même bord... Vous prêtez au parti socialiste des intentions machiavéliques indignes en oubliant soigneusement tous ceux qui, à droite, bénéficient ou ont "bénéficié des largesses de la république" (sic) depuis des dizaines d'années.. et finalement votre conclusion contredit entièrement vos propos : "les élites médiocres et la dette publique", qui en est responsable si ce n'est la droite française qui est au pouvoir de façon quasiment continue depuis 60 ans en France ? et particulièrement depuis 2007 !
    Ajouté le 27 mai 2011 à 09h48
  • trident
    Punition.
    La connivence entre les médias et les politiciens est flagrante même si chacun s'en défend.Tout ce monde cohabite, fricote et profite de la situation. En cachant les vices de DSK, la presse a rendu un fier service à N Sarkozy dont on peut penser qu'il va vers une réélection jouée d'avance. D'ailleurs, il se dit que favoriser DSK pour le FMI était l'envoyer en enfer à cause de ses vilains penchants sexuels. Bien joué Sarko! Chapeau l'artiste! Quant au pitoyable PS, il a joué le favori des sondages, en se fichant bien des suites d'une éventuelle élection de DSK. Seule la conquête du pouvoir importe pour que les petits courtisans sans compétence réelle, puissent bénéficier des largesses de la République. Aucune "élite" de Solférino n'a osé déclarer que DSK était vulnérable et donc inapte à la fonction de Président. Notre classe, dite des "élites" est bien médiocre. La dette publique l'atteste.
    Ajouté le 27 mai 2011 à 09h02

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