28 septembre 2009 à 12h02 - 3 réactions
Un huissier s'est présenté ce matin à l'Elysée, pour y délivrer à Nicolas Sarkozy une assignation à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris, pour atteinte à la présomption d'innocence. Le procès Clearstream entre dans sa deuxième semaine avec trois nouvelles journées d'audiences des parties civiles, dont le point d'orgue est attendu mercredi avec l'audition de l'ancien premier Ministre Dominique de Villepin et des parties civiles. Aujourd'hui, ce sont cinq parties civiles qui s'estiment "oubliées" qui se sont succédées à la barre.
Après le lapsus de Nicolas sarkozy qui avait qualifié mercredi de "coupables" les prévenus au procès et l'appel de Dominique de Villepin à une plus grande "réserve" présidentielle, les débats sont de retour dans l'arène judiciaire. De lundi à mercredi, le débat judiciaire devrait se poursuivre tant derrière les portes capitonnées de la 11e chambre, qu'à l'extérieur du Palais, où la rivalité des deux hommes devrait continuer à inonder les médias.
Les explications attendues mardi et mercredi
Ce lundi devrait être relativement calme, notamment en raison de l'absence d'Imad Lahoud, qui a prévu de célébrer la fête juive du Grand Pardon (Yom Kippour). Il sera de retour dés mardi en compagnie de son ex-patron Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS.
Les interrogatoires de mardi et mercredi devraient permettre de voir un peu plus clair dans l'affaire Clearstream. Mardi, Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud, tous deux soupçonnés d'avoir falsifié les listings, seront une nouvelle fois confrontés. La semaine dernière, les deux hommes ont déjà pris la parole. Alors que Lahoud a affirmé avoir été "la chose" de son patron, Gergorin a assuré de son côté n'avoir été que le "pigeon" du jeune mathématicien.
Quant à Dominique de Villepin, que l'accusation soupçonne d'avoir collaboré à la machination, il sera entendu mercredi, mais pourrait intervenir dès mardi.
Villepin assigne Sarkozy en justice
Lemonde.fr rapporte qu'un huissier s'est présenté aujourd'hui à l'Elysée, pour y délivrer à Nicolas Sarkozy une assignation à comparaître devant le tribunal de grande instance de Paris, pour atteinte à la présomption d'innocence. Le dépôt de cette plainte avait été annoncé mercredi dernier après la diffusion, sur TF1 et France 2, des propos du président de la République qui affirmait : "Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel."
"Une atteinte extrêmement grave"
Dominique de Villepin a jugé que ces propos étaient une "atteinte aussi flagrante qu'extrêmement grave" à sa présomption d'innocence. Il rappelle dans le texte d'assignation que "tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable" et que les propos de Nicolas Sarkozy sont donc "l'affirmation brutale de la culpabilité des prévenus dans le procès Clearstream". En outre, les avocats de M. de Villepin ajoutent que l'heure de diffusion - les journaux télévisés de 20 heures - et les fonctions de Nicolas Sarkozy, président de la République et, à ce titre, garant de l'indépendance de la justice, "confèrent à cette atteinte une intensité exceptionnelle".
Une démarche pour alimenter le débat
L'issue judiciaire de cette démarche est d'ores et déjà connue : l'immunité pénale dont bénéficie le chef de l'Etat rend impossible toute poursuite à son encontre pendant la durée de son mandat. Le tribunal ne peut que constater l'immunité et renvoyer l'examen de cette plainte à l'échéance d'un mois après la cessation des fonctions présidentielles de M. Sarkozy. La démarche des avocats de Dominique de Villepin a en réalité pour but d'alimenter le débat sur le problème que pose, selon eux, la constitution de partie civile du chef de l'Etat.
Cinq parties civiles se sont succédées à la barre
Cinq parties civiles "oubliées" se sont relayées aujourd'hui à la barre du procès Clearstream pour rappeler qu'il n'y avait pas que Nicolas Sarkozy qui avait pâti de cette "monstrueuse calomnie". François Fillon avait d'ailleurs qualifié hier Nicolas Sarkozy de "victime principale".
"C'est une liste à la Prévert, il n'y manque que le raton-laveur", avait déclaré durant la procédure Alain Chouet, ancien responsable à la DGSE, à propos des listings Clearstream. Ceux qui les ont falsifié ont ajouté un assemblage hétéroclite de noms d'industriels, d'oligarques russes, d'hommes politiques ou encore d'agents des services secrets, en passant par une mannequin et une chanteuse de variété.
D'où une question lancinante dans la bouche des victimes : "Pourquoi moi?" "Je me suis retrouvé dans ce bottin international de la corruption et je ne sais toujours pas pourquoi", a ainsi témoigné le fondateur du site d'information Mediapart Edwy Plenel, seul journaliste cité dans les listings.
Pour les anciens de Thompson, l'affaire Clearstream porte la signature de Gergorin
Pour les anciens de Thomson, devenu depuis Thales, la vérité saute aux yeux : l'affaire Clearstream porte "la signature" de l'ancien vice-président d'EADS. "A l'origine de ces dénonciations ne pouvait se trouver que Jean-Louis Gergorin", a ainsi raconté l'ancien patron de Thomson, Alain Gomez, qui a dit reconnaître le "modus operandi" de son adversaire : "Détruire un individu en assassinant sa personnalité sociale".
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