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France

Affaire Clearstream. À la Justice d'arbitrer

20 septembre 2009 - 6 réactions

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Cinq ans après la révélation de l'affaire Clearstream, le tribunal de Paris va tenter à partir de demain de démêler le vrai du faux et d'arbitrer entre un chef d'État, Nicolas Sarkozy, et un ancien Premier ministre, Dominique de Villepin.

De quelle vérité va bien pouvoir accoucher le procès Clearstream qui s'ouvre demain, pour un mois, devant le tribunal correctionnel de Paris? Dans cette affaire qui éclabousse la crème des services secrets, du parti au pouvoir et de l'industrie aéronautique et militaire, le prévenu Dominique de Villepin joue son avenir politique.

Lettres anonymes et comptes occultes

En mai 2004, le juge d'instruction van Ruymbeke reçoit la première de quatre lettres anonymes mettant en cause une centaine de personnalités. Parmi elles: des mafieux russes, les principaux acteurs de l'affaire des frégates de Taïwan (précisément instruite par van Ruymbeke, qui ne parvient plus à enquêter en raison du secret défense qu'on lui oppose), quelques journalistes et stars du show-business, des membres des services de renseignement, et des politiques. Dont Nicolas Sarkozy, désigné sous la partie la moins connue de son patronyme : de Nagy-Bocsa. Ces personnalités apparaissent sur des listings d'une banque internationale luxembourgeoise, chargée de faciliter les transactions financières, notamment entre banques: Clearstream. Elles auraient bénéficié d'un système de corruption et de blanchiment d'argent, sur des comptes occultes à l'étranger. Une instruction est ouverte.

Tout était faux

En novembre2005, l'enquête conclut sans équivoque que toutes les accusations sont fausses. Les listings ont été trafiqués. Qui se cache derrière cette tentative de manipulation qui se révèle, finalement, grossière? Une deuxième enquête débute. Fin 2008, elle désigne trois principaux responsables présumés, poursuivis pour des faits allant de la dénonciation calomnieuse au faux et usage de faux.

Jean-Louis Gergorin, le corbeau

À l'époque des faits, Jean-Louis Gergorin, énarque et polytechnicien, est l'homme clé du géant mondial de l'aéronautique EADS. Il en est le vice-président. «C'est un esprit extrêmement brillant. Les courtisans font la queue pour le rencontrer», résume une source proche du dossier. Après avoir farouchement nié être le corbeau, Jean-Louis Gergorin reconnaît finalement avoir transmis les listings à la Justice. Selon l'instruction, il savait en outre que ceux-ci étaient bidons, au moins au moment des deux derniers envois au juge. L'instruction est enfin et surtout persuadée que c'est lui qui a piloté les falsifications. Il aurait échafaudé son plan, en mêlant à leur insu les services secrets, pour couvrir l'affaire grâce au secret défense. En cas d'éventuelle enquête, il aurait ainsi pensé bloquer toute investigation. Contexte: la mort brutale de son patron, Jean-Luc Lagardère, en février2003, a profondément ébranlé cet homme de l'ombre, fin stratège, passionné par le petit monde de l'espionnage. Il est persuadé que Jean-Luc Lagardère est mort empoisonné par des mafieux russes, sur ordre de ses rivaux Alain Gomez, P-dg de Thales, et Philippe Delmas, vice-président d'Airbus. Son obsession du complot, sur fond de rivalités industrielles, était notoire.

Imad Lahoud, le falsificateur présumé

Le mathématicien Imad Lahoud, ancien trader déchu qui affirme avoir notamment géré les fonds de Ben Laden, est celui qui, selon l'instruction, a falsifié et fourni les listings à Jean-Louis Gergorin. Imad Lahoud avait tout pour plaire: ce séducteur est issu d'une illustre famille libanaise, dont plusieurs membres ont occupé les plus hauts postes des services secrets et de l'armée. Son frère Marwan est un des spécialistes français de l'industrie de l'armement. Sa belle-famille est tout aussi prestigieuse: beau-père inspecteur des Finances, ancien directeur de cabinet du Premier ministre Jacques Chirac, dont il est proche. Imad Lahoud a aussi travaillé pour le gratin de la haute finance, chez Merril Lynch notament. Sa force de persuasion, sa capacité d'adaptation et son sang-froid sont, dit-on, redoutables. Contexte: en 2000, il est mis en cause dans une affaire d'escroquerie et d'abus de confiance. Après l'euphorie, la réussite et la prospérité, c'est la déroute. En 2002, il est mis en examen et incarcéré pendant trois mois et demi. À sa sortie, il veut retrouver son ancien train de vie. Il contacte son frère Marwan, brillant polytechnicien, qui dirige une des filiales les plus sensibles d'EADS (missiles). C'est ce dernier qui lui fait rencontrer Gergorin. Imad Lahoud lui fait part de ses «connaissances» sur le financement occulte des réseaux terroristes (quand il était trader). Gergorin l'introduit dans le petit monde des services de renseignement et lui donne tous les moyens (poste et salaire avantageux à EADS).

Dominique de Villepin, l'intrigant ?

L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin est accusé d'avoir donné comme instruction à Jean-Louis Gergorin de transmettre à la Justice les faux listings, en connaissance de cause. Dans l'ordonnance de renvoi, on peut lire : «Cette instruction était susceptible, dans un contexte de rivalités politiques intenses (NDLR: présidentielle de 2007, passif du combat fratricide Balladur-Chirac de 1995), d'aboutir à l'élimination du rival politique que représentait M.Sarkozy».

  • Hervé Chambonnière

Qui manipule qui ?

Il dit avoir transmis les listings «en toute bonne foi», persuadé d'avoir mis au jour un système de corruption et de blanchiment qui aurait servi, selon lui, à prendre le contrôle de son groupe, EADS, et à déstabiliser toute l'industrie de Défense française. Il dit également avoir agi «à la demande» de son vieil ami Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, sur instruction du président , qui a démenti toute implication. Il est à noterqu'un grand nombre des personnes dénoncées dans les faux listings a été un jour ou l'autre en conflit avec .Il affirme avoir agi à la demande de . Précisément, il aurait ajouté le nom de en février ou mars2004, dans le bureau d' (débarqué un mois plus tôt de son poste de directeur des RG), à la demande de «et sous la connaissance de ». Quelle crédibilité accorder à Lahoud? Aucune. Le dossier révèle la - longue - liste de ses mensonges et revirements.Il dénonce «l'instrumentalisation de la Justice au profit d'une seule partie civile, aujourd'hui président de la République» et crie au « politique». Il nie absolument tout. Même les évidences. Si de nombreuses accusations ne reposent que sur la parole des uns - contre la parole des autres - et de forts soupçons, les quelques éléments matériels déterminants l'accablent particulièrement. Tout démontre qu'il rencontrait régulièrement et secrètement (une voiture du ministère de l'Intérieur allait le chercher), qu'il connaissait , qu'il a d'ailleurs tenté de couvrir (instruction pour mettre fin à une garde à vue), qu'il a caché des faits à la DST à qui il venait pourtant de confier une enquête, et qu'il n'a pas transmis les conclusions négatives de cette enquête à la justice... À sa décharge, on peut cependant s'étonner du revirement du Parquet de qui, en quelques mois, est passé d'une «insuffisance de charges» à son encontre à la conviction, affichée publiquement, qu'il avait été «l'un des bénéficiaires collatéraux, mais parfaitement conscient» de cette intrigue. À la lecture de l'ordonnance de renvoi, on ne peut aussi que s'étonner de la faiblesse de certaines charges, reposant sur des «démonstrations» hâtives, voire bancales.Certains acteurs de l'affaire affichent la conviction qu'il a profité de la machination. Au courant du complot qui se tramait contre lui, aurait laissé faire, pour mieux ensuite porter l'estocade et tuer politiquement son rival . Au pénal, les trois principaux prévenus encourent des peines pouvant aller jusqu'à cinq de prison et une forte amende. En pratique, avec un casier judiciaire vierge, leur probabilité d'être incarcéré est faible (sursis). En revanche, ils s'exposent aux très fortes demandes de dommages et intérêts que ne manqueront pas de demander les 42 parties civiles.
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Points de repères

Le procès de l'année.
Un ancien Premier ministre, le numéro 3 d'EADS et un ancien trader déchu sur le banc des accusés. Quarante-deux parties civiles, dont Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux... Et une flopée de témoins appelés à la barre: l'actuelle ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, l'ancien chef du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin, l'ancien patron de la DST, Pierre Bousquet de Florian, le général Rondot, ancien conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales, l'ancien patron des RG, Yves Bertrand...

Deux lampistes également poursuivis.
Que fait le journaliste Denis Robert sur le banc des prévenus? Les juges d'instruction lui reprochent d'avoir obtenu les listings de comptes Clearstream originaux (non trafiqués) en ayant «pleinement conscience» de l'origine frauduleuse de ces documents, transmis par un auditeur financier stagiaire ayant travaillé pour Clearstream : Florian Bourges. Ce dernier est poursuivi pour vol et abus de confiance. Denis Robert échoue en correctionnelle pour recels. «On me reproche d'avoir fait mon métier de journaliste et d'avoir voulu me défendre contre Clearstream », proteste l'intéressé. Il faut rappeler que Denis Robert enquêtait depuis des années sur cette banque, dont il a affirmé dans plusieurs livres qu'elle était «la plus grande lessiveuse d'argent sale au monde». Pour se défendre et prouver sa bonne foi, il avait fourni à de nombreux journalistes et personnalités les fameux listings. Ceux-ci ont atterri entre les mains d'Imad Lahoud, aujourd'hui accusé de les avoir trafiqués.

À lire.
L'enquête très fouillée et documentée de Frédéric Charpier: «Une histoire de fous. Le roman noir de l'affaire Clearstream» (éditions du Seuil). Les dernières «révélations» d'Yves Bertrand : «Ce que je n'ai pas dit dans mes carnets...» (éditions Fayard).

6 réactions

  • NiceRendezVous.FR
    Selon que vous serez ...
    Combien de politiciens ont été comdamnés à de la prison ferme ? La plupart du temps, même pour de grosses fautes, ces personnalités publiques s'en tirent avec de simples surcis ; alors même si Monsieur de Villepin est coupable ... (???) Pour les petits justiciables, il en est tout autre. Selon que vous serez puissant ou misérable, etc etc ... (NRDV Nicerendezvous.Fr)
    Ajouté le 21 septembre 2009 à 10h25
  • tommyboy
    Affaire clearstream
    Ce film est basé sur des interviews radiophoniques de Dominique de Villepin concernant l'Affaire Clearstream. Les images ont été réalisées en 2006 lors d'une visite sur l'île de la Réunion de l'ancien Premier Ministre. http://www.dailymotion.com/user/Art-Marron/video/xajpvj_clearstream_news
    Ajouté le 20 septembre 2009 à 15h13
  • tommyboy
    Affaire clearstream
    Ce film est basé sur des interviews radiophoniques de Dominique de Villepin concernant l'Affaire Clearstream. Les images ont été réalisées en 2006 lors d'une visite sur l'île de la Réunion de l'ancien Premier Ministre. http://www.dailymotion.com/user/Art-Marron/video/xajpvj_clearstream_news
    Ajouté le 20 septembre 2009 à 14h06
  • tommyboy
    Affaire clearstream
    Ce film est basé sur des interviews radiophoniques de Dominique de Villepin concernant l'Affaire Clearstream. Les images ont été réalisées en 2006 lors d'une visite sur l'île de la Réunion de l'ancien Premier Ministre. http://www.dailymotion.com/user/Art-Marron/video/xajpvj_clearstream_news
    Ajouté le 20 septembre 2009 à 13h12
  • kilistilipikili
    Sarkozy peut-être trop sûr de se faire justice?
    Et si l'affaire Clearstream n'allait pas tout à fait dans le sens que le président avait prévu? Un petit dessin ou un lien pour le dire:
    Ajouté le 25 septembre 2009 à 18h34
  • melo87
    L'embrouillaminis.
    Par delà embrouillaminis Clearstreamien,dont il faut dire que la plupart des Français s'en tapent complètement,on doit souligner le tremplin avancé a monsieur De Villepin pour les élection de 2012 .Beaucoup de gens de droite verraient le beau Dominique en chef d'Etat de bonne prestance, pour faire oublier Nicolas l'emprunteur qui est entrain de nous coller une ardoise qu'on est pas prêt d'effacer. Donc pub gratuite pour le candidat De Villepin ,d'autant qu'il est a croire que dans cette affaire ,la montagne va accoucher d'une souris.
    Ajouté le 20 septembre 2009 à 10h18
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