18 février 2012 - 2 réactions
Voilà une démission qui fait désordre outre-Rhin et embarrasse la chancelière Angela Merkel. Le président de la République allemande, Christian Wulff, accusé de corruption, a annoncé sa démission, hier. La fonction de président est essentiellement honorifique, mais, en tant qu'autorité morale, elle jouit d'un grand prestige.
«Confiance affectée»
La «confiance» de mes citoyens est «affectée», a expliqué Christian Wulff, lors d'une allocution télévisée retransmise en direct depuis le Château de Bellevue, le siège de la présidence, à Berlin. Il a reconnu «des erreurs» tout en assurant n'avoir rien fait d'illégal. «Pour cette raison, il ne m'est plus possible d'exercer mes fonctions», a-t-il déclaré solennellement. Le parquet de Hanovre (nord) s'était saisi de l'affaire en réclamant, jeudi soir, au Bundestag (chambre basse du Parlement) la levée de l'immunité - une première dans l'histoire de la République fédérale - après des soupçons de prévarication (*).
Série de scandales
À 52 ans, le plus jeune président allemand faisait figure de conservateur moderne, mais un peu terne, jusqu'à ce qu'une série de scandales ne le propulse sur le devant de la scène médiatique. La presse lui reprochait notamment d'avoir occulté un prêt, profité de vacances gratuites à l'étranger chez de riches entrepreneurs. Christian Wulff était depuis mi-décembre sous la pression des médias et de l'opposition, accusé d'avoir profité de sa position à la tête du Land de Basse-Saxe (2003-2010) pour obtenir de multiples avantages financiers, puis d'avoir tenté d'étouffer ces affaires. Début janvier, il avait refusé de démissionner. Avec la levée de son immunité, confirmée par le ministère de la Justice, Christian Wulff encourt désormais des poursuites.
La chancelière veut un candidat de consensus
En tout cas, cette démission crée un nouveau casse-tête pour la chancelière allemande, qui, en juin2010, avait déjà eu du mal à trouver un locataire pour le Palais de Bellevue, après la démission surprise de Horst Köhler. Angela Merkel a dû annuler, in extremis, une rencontre en Italie, hier, avec le Premier ministre Mario Monti, pour des consultations sur l'euro. Elle a aussitôt annoncé la tenue de discussions avec les partis d'opposition allemands, les sociaux-démocrates (SPD) et les Verts, «pour proposer un candidat commun pour l'élection du prochain président de la République». Comme le prévoit la Loi fondamentale (Constitution), l'intérim sera assuré par le président du Bundesrat (chambre haute du Parlement), Horst Seehofer. Les députés du Bundestag et les représentants de la société civile choisis par les Länder formeront une assemblée ad hoc, qui a 30 jours pour élire un nouveau président.
*
Le terme de prévarication n'est pas présent dans le code pénal français, qui réprime, en revanche, explicitement la concussion, mais uniquement pour les personnes exerçant une fonction publique.

23 mai 2012 à 16h37 - 1 réaction(s)
20 mai 2012 à 10h56
20 mai 2012 à 09h40